80e anniversaire du massacre de 1937.

Professeur Watson Denis, Directeur Exécutif du Centre Challenges.

Professeur Watson Denis, Directeur Exécutif du Centre Challenges.

Pour marquer les 80 ans du massacre en 1937 des Haïtiens en République dominicaine, sous le régime dictatorial de Rafael Léonidas Trujillo Molina, le Centre Challenges, en partenariat avec C3 Éditions, organise les 11 et 12 octobre 2017 une conférence internationale qui s’inscrit dans le cadre d’un devoir de mémoire de responsabilité citoyenne. Organisée sur le thème «1937-2017 : Remémoration du 80e anniversaire du massacre des Haïtiens en République dominicaine, histoire, mémoire et devoir de mémoire», ces deux journées de réflexions ont réuni une dizaine d’experts haïtiens, dominicains et américains.

Coordonné par le professeur Watson Denis, directeur exécutif du Centre Challenges, ce symposium international a pour objectif de rappeler aux générations futures les faits qui ont réellement en lien, comment et pourquoi le massacre des Haïtiens en 1937, une communauté ethnique vivant dans un pays étranger limitrophe, a eu lieu. Cette conférence vise aussi à expliquer le massacre des Haïtiens en République dominicaine à la lumière de la politique, de l’économie, de la migration, de la culture (question raciale et ethnique) et des capacités techniques et administratives des forces armées dominicaines par rapport à Haïti ; d’examiner l’évolution d’Haïti sur le plan politique, économique et social par rapport à la République dominicaine de la fin du XIXe siècle jusqu’en 1937 ; d’analyser l’attitude du peuple haïtien et le comportement du peuple dominicain lors des événements entourant le massacre ; d’analyser le comportement des autorités haïtiennes avant, pendant et après le massacre ; de présenter les témoignages de quelques survivants et survivantes du massacre et de leurs descendants ; de soulever la problématique de la mémoire du massacre à travers les représentations, les légendes et les contes relatifs au massacre ; de faire prendre conscience aux tenants du pouvoir d’État en Haïti de mieux gérer la cité et de construire la nation sur des bases solides d’intégration socioéconomique et de relèvement national.

De remarquables personnalités ont fait des interventions au cours de la première journée. On peut citer l’historien Michel Hector; les Drs Rachèle Doucet, Robin Derby, Élie Thélot; les professeurs Watson Denis et Eddy Jérôme Lacoste ainsi que le journaliste Hérold Jean-François, et la représentante de C3 Éditions Jemimah Labossière. Prenant la parole au lancement, le professeur Michel Hector, président d’’honneur de la Société haïtienne d’histoire et de géographie, a fait un survol historique des relations haïtiano-dominicaines, particulièrement du massacre des Haïtiens. Toutefois, il a fait mention de la volonté hégémonique de Trujillo en 1937 qui ne visait pas uniquement Haïti mais aussi d’autres pays comme le Venezuela.

Pour sa part, le Dr Robin Derby, historienne et professeur d’histoire à l’Université de Californie, Campus de San Francisco, dont les interventions étaient axées sur le thème «Le massacre comme terreur de l’histoire», a souligné que les origines historiques du racisme anti haïtien en République dominicaine ont une dimension socioculturelle et politique du malaise dominicain ou du mal-être du mulâtre dominicain.

« La question anti haïtien est utilisée en République dominicaine comme une identité langagière surtout à Santo-Domingo. A part l’aspect politique, la question est aussi d’ordre historique. Ce malaise ou mal-être n’est pas seulement un problème dominicain. Il s’agit plutôt d’un problème haïtiano-dominicain dont la solution réside dans la capacité des élites haïtiennes à construire l’État-nation et à lancer leur pays sur la voie du développement économique et social », indique le Dr Robin Derby.

Consacrant sa présentation au comité de mémoire de 1937, créé en 2007, le Dr Rachèle Doucet confie que ce symposium est un moyen de susciter une prise de conscience vis-à-vis de la situation des relations haïtiano-dominicaines. Présentant les activités positives du comité pour les dix ans, elle a fait savoir que cette conférence internationale est une occasion permettant aux jeunes Haïtiens d’être sensibilisés aux questions des relations entre les deux pays. Elle a aussi annoncé que le comité travaille à la construction d’un mémorial dédié à la mémoire des victimes de ce massacre. « Cette conférence est une très bonne initiative du Centre Challenges pour discuter des relations haïtiano-dominicaines », dit-elle, soulignant que ce symposium est d’une grande importance pour susciter des débats positives de la société en vue de trouver des solutions concrètes.

Quant au professeur Watson Denis, le mois d’octobre ramène le 80e anniversaire de ce massacre. Il y a nécessité de remémorer ce massacre et de faire comprendre aux générations présentes et futures la portée et la signification de cet acte à la fois horrible et humiliant pour le peuple haïtien. Selon lui, c’est aussi une manière éloquente de manifester un désaccord patriotique avec ce qui s’est passé et de prendre des dispositions pour que ces hostilités meurtrières ne se reproduisent plus à l’avenir.

Le massacre des Haïtiens commis en octobre 1937, sous le régime dictatorial de feu le président dominicain Rafael Leonidas Trujillo Molina, qui a coûté la vie à au moins 20 000 compatriotes haïtiens et considéré comme un génocide, a été condamné par la communauté internationale. De son côté, le peuple haïtien s’alarma et pleura dans sa chair, le gouvernement haïtien protesta et dénonça le carnage. Mais l’État haïtien était handicapé dans ses démarches ; il ne pouvait sauver l’honneur national. La République d’Haïti, dans toutes ses différentes composantes, l’État, la société, la nation et le peuple haïtien en général, continue de subir les contrecoups de cet événement inouï qui témoigne du glissement peu à peu du pays sous le poids de l’hégémonie dominicaine. Tout compte fait, le massacre des compatriotes haïtiens en 1937 en République dominicaine a dramatiquement changé le cours des relations haïtiano-dominicaines.

Le Nouvelliste, Haiti

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