Avons-nous appris la leçon ?

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Une semaine après avoir reçu le rapport de la Commission indépendante d’évaluation et de vérification électorale (CIEVE), le Cconseil électoral provisoire (CEP) a communiqué officiellement le calendrier électoral. Près d’un an après le premier tour de la présidentielle, du second tour partiel des législatives et des élections municipales, les Haïtiens sont attendus une nouvelle fois aux urnes le 9 octobre prochain pour reprendre certaines élections et poursuivre d’autres

Le 25 octobre 2015, une élection présidentielle a été organisée dans cinq pays, en Amérique latine et en Afrique. Une semaine plus tard, tous les résultats étaient communiqués. En Haïti, les cartes sont encore à battre ou à rebattre, avec notamment la reprise du premier tour de la présidentielle. Des parlementaires hostiles à la Commission indépendante d’évaluation et de vérification électorale tremblent. Certains rouspètent à longueur de journée. Le CEP va se pencher sur les dossiers de 42 d’entre eux. Une nouvelle raison de s’agacer davantage, surtout si l’on a été mal élu ou admis au second tour des législatives, parfois à la suite d’une décision qui n’a rien à voir avec la loi prise par des tribunaux électoraux…

Loin d’être surprenantes, les recommandations du rapport de la CIEVE n’ont fait que confirmer (une nouvelle fois) les irrégularités qui ont entaché le scrutin du 25 octobre. Pendant plusieurs mois, des groupements politiques n’ont cessé de traîner leurs sympathisants dans les rues pour dénoncer les résultats de ces élections qui resteront dans les annales des scrutins en Haïti pour le fort pourcentage de votes des  « zombis ».

On a gaspillé des dizaines de millions (près de 100 millions) de dollars pour organiser des élections que l’on devra reprendre un an après. Le CEP de M. Pierre-Louis Opont est peut-être le premier responsable de cette gabegie, mais est-il le seul ? Malgré des alertes, une frange de la communauté internationale, qui finance les élections, n’a cessé de faire comme si tout allait bien, que tout s’était bien passé. Cet entêtement a débouché sur l’élection de Jocelerme Privert à travers l’accord du 6 février. Qu’est-ce qui a été vraiment respecté dans cet accord, sinon la mise en place de la CIEVE ô combien importante pour assurer la suite du processus électoral.

Avec la campagne électorale qui débute le 23 août prochain, on s’apprête à vivre une fin d’été mouvementée pour une seconde année de suite. Quasiment un an de crise électorale dont l’issue pointe son nez peu à peu. « Le pays ne peut se permettre de se réveiller en janvier 2017 sans des autorités légitimes, élues à tous les postes disponibles, à la présidentielle, le Parlement complété, les collectivités territoriales complétées. C’est un devoir, c’est une exigence et personne ne peut se permettre de prendre le pari et le risque de ne pas organiser ces élections en janvier 2017. » Cette déclaration est du président provisoire de la République Jocelerme Privert, qui participait au VIIe Sommet de l’AEC à La Havane, à Cuba. M. Privert, dont le mandat arrive à terme le 14 juin prochain, mesure probablement l’ampleur de cette crise au cas où des élections ne seraient pas tenues pour retourner à l’ordre constitutionnel.

Avec le calendrier électoral détaillé publié par le CEP, la machine est déjà en branle. Tous les 54 candidats confirmeront-ils leur candidature ? Les alliances conjoncturelles vont-elles se rompre pour faire place aux acteurs spécialistes du solo ? Les acteurs ont-ils tiré toutes les leçons de cette crise ? Par exemple, la leçon de savoir bien gérer nos ressources financières ; la leçon d’apprendre à punir les fraudeurs ; la leçon de savoir accepter la défaite ; la leçon d’apprendre à respecter les règles du jeu ; la leçon de savoir organiser des élections en toute transparence. Ce serait un pas. Un grand pas dans ce long processus d’apprentissage démocratique si de notre année électorale perdue nous apprenions comment ne pas en perdre une autre.

Valery Daudier,  Editorial du Nouvelliste

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