Boomerang.

Gary Victor, Editorialiste.

Gary Victor, Editorialiste.

À Pedernales, les Dominicains lancent un ultimatum à nos compatriotes pour vider les lieux. Au Chili, le vent semble tourner et commence à poindre le refus de la présence en si grand nombre d’Haïtiens en quête d’emploi. On craint en République dominicaine surtout des actes de violence. On va monter à l’assaut comme d’habitude, dans la presse, dans les réseaux sociaux, de la République dominicaine. Tout pays est souverain en matière de politique migratoire, dans le respect, bien sûr, des lois et des conventions internationales. Mais, dans tout ce qui se passe depuis des années, il y a toujours ce refus dans notre opinion publique de démasquer les véritables responsables de cette situation afin de prendre collectivement les décisions qui s’imposent. Il semble plus facile de dénoncer les pratiques des étrangers que de se rendre compte de notre état délétère, de notre décomposition permanente tandis que nous continuons à ânonner que nous sommes un grand peuple. Laissons nos ancêtres le dire. Mais au vu de la situation de notre pays, se cantonner à certaines attitudes n’est que le reflet d’une folie qui malheureusement s’incruste en profondeur.

Nos compatriotes fuient le pays parce qu’il n’offre rien. Ils fuient aussi parce que, comme dans un jeu de boomerang, la faiblesse de leur instruction pour ne pas dire l’absence d’instruction tout court, la misère ne leur permet même pas de prendre une décision au moment crucial du vote pour placer à la tête de l’appareil d’État une équipe capable de s’atteler à changer les conditions de vie de la population. Des groupes, des maffias perpétuent un État kleptomane, “kokorat”, création de l’instinct pratiquement génocidaire de ces affranchis qui ne pensaient qu’à remplacer les colons français. Cette population que les nouveaux maîtres haïssent n’a de valeur à leurs yeux que si elle peut servir de bétail ou si elle peut envoyer un pécule au pays de l’étranger étant, pécule qu’on peut rafler au passage et qui peut devenir un véritable pactole si le nombre de ceux qui quittent est grand.

Si ceux qui partent ont une valeur monétaire pour nos rentiers, le problème aussi c’est qu’ils trainent avec eux l’absurde négation de l’humain que leur a inculqué notre système politique. Chez nous, une fois les riches réfugiés dans leur nid, l’extérieur peut fonctionner en plein chaos. Le bruit par exemple est partout. N’importe qui peut faire du bruit, gêner son voisin sans que celui-ci ne pense même pas à protester auprès d’une autorité, de toute manière inexistante. Le tapage nocturne n’est pas un problème chez nous. Alors le bruit et le tapage ou pense pouvoir l’exporter. Les conditions insalubres de logement, les problèmes sanitaires qui semblent laisser indifférents nos dirigeants, une grande partie de notre population ne connait que ce modèle. On vit sa misère ici. On l’exporte aussi. L’ignorance de la masse, voulue par nos stratèges de l’absurde, nous détruit chez nous, mais, aussi chez les autres. Cette ignorance crasse nous engloutit et nous revient à la figure comme un boomerang qu’on n’est même pas capable d’attraper.

Il y a plus d’une dizaine de milliers d’étudiants haïtiens dans les universités en République dominicaine. Il n’y a pas une dizaine d’étudiants dominicains dans les universités haïtiennes. Quelles universités haïtiennes ? On pourrait parler aussi de ce qu’on a fait de l’argent du PetroCaribe ici et en République dominicaine. Des constatations effarantes, il y en a plein qu’on peut faire, qui montrent comment il est urgent, comme on le dit dans notre bon créole, « pou n sispann ranse ».

Gary Victor, Le National Haiti.,.,.,.,http://www.lenational.org/boomerang/

Comments are closed.