Ces épées de Damoclès qui menacent nos élus

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Les élections ne sont pas encore achevées, le Parlement demeure incomplet, des élus n’ont pas encore prêté serment que déjà nos parlementaires sont dans la tourmente.

Le sénateur élu Guy Philippe a été arrêté puis transféré aux Etats-Unis d’Amérique, ce jeudi. Le candidat au Sénat pour le département du Centre Wilfrid Gélin a vu son élection suspendue parce qu’il « fait l’objet d’une enquête administrative » de la part du Conseil électoral.

Guy Philippe est accusé d’être impliqué dans le trafic illicite de stupéfiants entre Haïti et les USA. Le sénateur élu n’est pas comdamné et peut à tout moment reprendre son mandat si ses affaires avec les Américains finissent bien.

Il est reproché à Wilfrid Gélin d’avoir été condamné et fait de la prison aux Etats-Unis dans le passé. L’élu en suspens ne sait pas quand il pourra devenir sénateur ou retourner à ses occupations premières.

Dans les deux cas, ce n’est pas la justice haïtienne qui en a après ces élus. Ce sont leurs démêlés avec les autorités américaines qui entravent leur marche vers l’immunité et les avantages mirifiques offerts aux parlementaires en Haïti.

Depuis 1986, et le départ au milieu de la nuit de Jean-Claude Duvalier, on ne compte plus les avions  américains qui, en bout de piste, récupèrent ou ramènent en Haïti anciens dictateurs, présidents en disgrâce, criminels recherchés ou condamnés en fin de peine. Dans la majorité des cas, cela arrange les deux pays.

Personne ne sait en vertu de quel accord, de quelle convention ou loi Guy Philippe a été extradé aux Etats-Unis. La convention de 1904 sur l’extradition ratifiée par les deux Etats ne traite pas des affaires de drogue. L’accord entre les Etats-Unis et Haïti signé le 17 octobre 1997 non plus. A tort, on associe le président René Préval aux facilités de déportation des recherchés pour affaire de stupéfiants l’accord d’octobre 1997 ne traite que du trafic illicite de drogue par mer. C’est avant tout par courtoisie que les autorités des deux pays coopèrent depuis des années dans la lutte contre la drogue.

Pour ce qu’il est du cas Wilfrid Gélin, personne ne peut dire pourquoi un délit commis aux Etats-Unis ou ailleurs dans le monde est imputable en Haïti. Ni si une condamnation qui n’était ni afflictive ni infamante dans un autre pays doit avoir ce caractère en Haïti.

Sitôt le Parlement en session ou la prochaine administration en fonction qui va prendre en main l’agenda parlementaire pour essayer de mettre un peu d’ordre dans le flou législatif qui entoure ces questions en Haïti ? Comment va-t-on intégrer dans nos lois le fait que les Haïtiens de plus en plus ont une double vie, une en Haïti et une autre dans un pays étranger où ils peuvent ne pas être la même personne dans les deux territoires, ni adopter les mêmes comportements ?

Mardi, lors de son message à la nation comme président élu, Jovenel Moïse a promis de l’ordre, de la discipline et le respect des institutions. Le président élu a du pain sur la planche. Il doit même avant d’être président en fonction évacuer avec ses avocats le dossier pendant à l’UCREF qui le concerne.

Des élus qui ont maille à partir avec la justice, cela n’est pas de bon ton pour la stabilité.

La femme de César doit être au-dessus de tout soupçon. Nos responsables politiques aussi. Nos institutions doivent y veiller avant que les étrangers ne fassent la police à notre place.

Frantz Duval, Le Nouvelliste Haiti.

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