De la comédie haïtienne.

Au Parlement haïtien, se joue ce que Françoise Giroud a appellé « la comédie du pouvoir». Les acteurs n’ont pas la trempe de Languichatte, d’Hervé Denis ni de François Latour. Il est évident que la mise en scène n’est pas signée de la très grande Mona Guérin, dirigeant une pléiade de talents qui ont tenu le public en haleine pendant douze longues années avec son feuilleton «Woy, les voilà»! Frédéric Surpris, Daniel Marcelin, Sophia Désir ou Jessifra, Ricardo Lefèvre, Magali Denis, entre autres, ne figurent certainement pas sur la liste des contributeurs au spectacle de mauvais goût que nos parlementaires offrent à notre pays…

Nous savons de quoi sont capables ces metteurs en scène et acteurs qui ont l’habitude nous faire pouffer de rire en nous mettant plein les yeux à travers leurs œuvres ou celles qu’ils ont mises en scène. Gaëlle Bien-Aimé, de la nouvelle génération de comédiens et comédiennes, n’est pas non plus évidemment derrière les rideaux du Parlement. Mais c’est certain que Gaëlle, «en riant», ne manquera pas de mettre en scène les laideurs de nos «honorables», avec toute la candeur et la succulence a laquelle elle nous a habitué dans ses récentes sorties…

Si les salles se font rares et que le théâtre et les spectacles se donnent désormais sur la scène multifonctionnelle du Karibe Convention Center; ou en plein air dans l’un de nos hôtels; ou en salle fermée dans l’une de leur enceinte, le lieu de prédilection du spectacle aujourd’hui, c’est le parlement haïtien. Sur la scène du Sénat ou sur celle de la Chambre des Députés, nous savons voir une bousculade impossible parce que la même affiche est programmée en même temps sur les deux podiums, avec les mêmes acteurs. Ici, il faudrait recourir aux pouvoirs du Vaudou pour voir les interpellés «dedouble» en bon créole, pour ne pas entrer en contravention avec l’une ou l’autre chambre!

Nous sommes en Haïti, et nous, comme spectateurs vaccinés, nous savons que dans la faune politique haïtienne, on ne recule devant aucune situation ridicule. Haïti, pays spécial où personne ne meurt de mort naturelle et comme nous parlons du parlement, nous entendons aussi que nos morts, à l’instar de Jésus Christ, peuvent ressusciter à tout moment… Haïti, c’est surtout le pays certifié, où le ridicule n’a encore tué personne…

Nos parlementaires ne représentent qu’eux-mêmes, ils ne se soucient d’aucune forme ni d’aucune manière. Ils ne s’embarrassent même pas des prévisions de leurs propres règlements internes… Ils se foutent pas mal du qu’en dira-t-on, car les opinions des uns et des autres, les critiques des «hableurs» des médias et des réseaux sociaux n’envoient pas au marché. Ce sont les détenteurs du pouvoir corrompus et corrupteurs qui seuls, font grossir les comptes en banque, à partir des enchères qui montent dépendamment de la situation et de l’objectif visé. Oui, ici, «gen brass»… L’opinion publique, on n’en a rien à faire, on est payé pour ça, on accomplit notre mission, «point barre»! « Pa vinn ranse la», la seule préoccupation, c’est le résultat attendu par le commanditaire… Quant aux conséquences, ils n’en ont cure, le job est fait, même si après, le commanditaire imprévoyant paie les frais quand la colère de la rue provoque les habituels «kouri». Nos acteurs du parlement auront de façon aveugle jeté la République dans ses tourmentes habituelles… D’ailleurs, les antécédents sont là pour leur donner bonne conscience. Ils n’hésiteront pas à évoquer Maurice Sixto qu’ils feront dire: « se pa premye vè ki kraze nan gouvènman»… Le tour est joué…

Quant à savoir si ce faisant, on ouvrait une boîte de Pandore? Qui parmi nos «honorables» agissants se fout de Pandore, cette vierge parfaite, création à valeur ajoutée de tous les dieux et de toutes les déesses de la mythologie grecque dont ils n’ont d’ailleurs jamais entendu parler…

Mais, avant l’ère actuelle en Haïti, où l’alchimiste se proposait pour nous sortir du sous-développement, d’élaborer une mixture miracle, combinaison de l’eau, de la terre, du soleil sous l’impulsion des hommes, «moun yo», Pandore était issue d’un mélange de la terre et de l’eau, et sa boîte secrète, contenait tous les maux de la terre…

Ce qu’il s’agit de savoir aujourd’hui, la boîte de Pandore ayant été ouverte, est-ce que ceux qui n’ont pas su résister à la tentation, échapperont aux maux que son couvercle a libérés… Est-ce que, comme dans la boîte de Pandore, l’espérance, cette fois-ci aussi, y est restée enfermée? Ya-t-il une issue pour Haïti?

Il n’est que d’attendre le nouveau spectacle bientôt à l’affiche au parlement, pour que continue «la comédie du pouvoir» sans que le peuple, une fois de plus, comme d’habitude, n’en soit acteur et sujet conscient…

Hérold Jean-François, 18 mars 2019, Extrait du Journal Le Nouvelliste, Haiti

Le texte original a été diffusé ce lundi 18 mars à l’émission Point du Jour sur Radio IBO, 98.5 Stéréo

https://lenouvelliste.com/public/index.php/article/199349/de-la-comedie-haitienne

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