De l’utilité des réformes diplomatiques.

 Le Premier ministre, Jack Guy Lafontant et le Ministre des Affaires Etrangeres en tête-à-tête avec le ministre des Affaires étrangères, Antonio Rodrigue.

Le Premier ministre, Jack Guy Lafontant et le Ministre des Affaires Etrangeres
en tête-à-tête avec le ministre des Affaires étrangères, Antonio Rodrigue.

Au point où en sont aujourd’hui les relations internationales, un pays ne peut se permettre de ne pas soigner sa diplomatie. En fonction, bien sûr, du type d’«investissement» qu’il entend prioriser, qu’il soit d’ordre politique, économique, culturel, touristique, et j’en passe.

Pour s’en convaincre, il suffit de se reporter à deux attitudes gouvernementales récentes face aux États-Unis d’Amérique: celle adoptée par la Russie annonçant pour octobre prochain le renvoi de 755 diplomates américains, en représailles aux sanctions votées par le congrès de ce pays, pour sa présumée ingérence dans sa dernière élection présidentielle, et celle du Canada qui renforce de préférence son équipe, en prévision du renouvellement de l’ALENA, accord de libreéchange nord-américain, prévu pour le 16 août 2017 à Washington.

Dans le cas de la Russie, il s’agit de politique pure, car Vladimir Poutine place sa déclaration dans le cadre de «mesures de rétorsion» annoncées, advenant une position inappropriée de Donald Trump qu’il considérerait comme un «provocateur». Sachant les courantes décisions à l’emporte-pièce de ce dernier, il préfère mettre la charrue avant les boeufs. Cependant, il reste que la question n’est pas seulement d’ordre politique, mais aussi d’ordre socioéconomique interne, compte tenu des nombreux citoyens russes travaillant comme diplomates américains. Cela va de soi, Poutine doit y réfléchir.

S’agissant du Premier ministre canadien, Justin Trudeau, il place les intérêts commerciaux de son pays au premier plan. Selon Radio-Canada, non seulement il a créé un nouveau poste d’ambassadeur adjoint aux États-Unis, mais il a aussi nommé des spécialistes en commerce, triés sur le volet parmi les meilleurs experts de son pays, pour représenter ce dernier dans des conseils généraux à Atlanta, San Francisco et Seattle. Cette même source rapporte que le Premier ministre canadien envisage d’ouvrir de nouveaux consulats dans d’autres régions des États-Unis.

En ce qui concerne particulièrement la ministre des Affaires étrangères du Canada, Mme Chrystia Freeland, responsable de la renégociation de l’ALENA, le 16 août prochain, elle a créé un comité spécial pour la conseiller sur tous les aspects de cet important accord commercial impliquant son pays, les États-Unis et le Mexique. Son objectif principal, rassembler l’équipe la plus compétente en matière de commerce et de négociation trilatérale, pour protéger et promouvoir les intérêts du Canada.

Chez nous, en Haïti, l’expression «Open for business» était de mise au cours de ces dernières années. Dans la ville de Québec, au Canada, devant un parterre de politiciens et d’hommes d’affaires, l’ex-ministre du Tourisme, Stéphanie Balmyr Villedrouin, projetait, à grand renfort d’images touristiques, une Haïti ouverte au monde, désireuse de se frayer une place sur la carte touristique internationale. C’était bien beau. La diaspora haïtienne au Canada applaudissait des deux mains. Dommage, le terme «business» en Haïti a toute une autre connotation. Par déformation professionnelle, je serais tenté de faire un dessin pour l’illustrer dans sa pire forme, mais ce serait défoncer une porte ouverte, car le commun des mortels en connait bien la définition la plus courante : faire des affaires louches financièrement. D’ailleurs, l’expression «Voler l’État n’est pas voler» est devenue la seule «pensée morale» affichée intuitivement sur nos tableaux d’écoles.

En effet, une réforme dans la diplomatie haïtienne, peut vouloir dire – comme nous l’avons vu avec les États-Unis et le Canada – repenser au mieux sa politique extérieure ou améliorer ses relations commerciales. C’est sans nul doute aussi, comme l’entendait Stéphanie Balmyr Villedrouin, « redorer l’image du pays sur le plan touristique et culturel ». Mais, faut-il bien que les acteurs appelés à jouer ces rôles soient à la hauteur de leurs tâches et jouissent d’une bonne réputation.

Mérès M. Weche, Le National Haiti

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