Diplomatie et culture : ce que les diplomates haïtiens devraient savoir.

La Constitution

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« Convaincue que les activités, les biens et services culturels, ont une double nature, économique et culturelle, parce qu’ils sont porteurs d’identités, de valeurs et de sens, ils ne doivent donc pas être traités comme ayant exclusivement une valeur commerciale », comme le mentionne le préambule introduisant le document de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, au cours de la Conférence générale de l’UNESCO réunie à Paris du 3 au 21 octobre 2005 pour sa 33e session les diplomates haïtiens devraient pouvoir profiter de ce cadre international pour conjuguer à tous les temps les principaux éléments de la culture nationale dans leur fonction au quotidien, avec ou sans l’existence actuelle d’une politique publique en matière de « diplomatie culturelle » pour Haïti. N’est-ce pas que la culture est une chance pour Haïti.

Dans une enquête réalisée entre 2013 et 2015 autour du thème « Aménagement culturel des ambassades et consulats d’Haïti dans le monde », dans les principales missions diplomatiques et postes consulaires d’Haïti, se trouvant à Paris, à Bruxelles, à New York, en Floride, à Orlando, à Taipei, à Santo- Domingo et à Cotonou entre autres, moins de trois employés sur dix disposent d’une formation validée ou d’une compétence confirmée dans un des domaines et métiers culturels.

Diplomatie haïtienne et état des lieux de la culture

Dans la majorité des cas, pris entre l’ignorance et le rejet de leur origine, ils sont nombreux les employés de la diplomatie haïtienne en poste à l’étranger, qui ont une connaissance limitée dans l’abécédaire de la culture haïtienne. Une compréhension erronée du concept de l’intelligence culturelle et une vision pas assez articulée et argumentée en termes de diplomatie culturelle, qui prend sa source dans l’histoire du pays, sa culture, ses expressions, sa vision du monde et sa religion originelle qu’est le vaudou.

Quels sont les ouvrages de référence sur l’histoire, la culture, le vaudou, la sociologie, la géographie dont disposent toutes les bibliothèques des ambassades d’Haïti ? Existe-t-il une certaine uniformité dans ces choix et une politique de renouvellement et d’actualisation de ces documents ? Quels sont les ouvrages sur l’histoire, l’économie, la géopolitique et la diplomatie qu’il faudrait lire avant de prendre un poste dans un pays en Europe, en Amérique du Nord ou en République dominicaine ?

Au cours des visites réalisées dans les locaux de l’échantillon des ambassades et consulats d’Haïti retenu, il a été observé de nombreuses oeuvres d’art comme des tableaux, des sculptures et autres objets décoratifs, qui rappellent si bien certains des produits artistiques et d’artisanat de peu de qualité, que l’on retrouve dans des rues de la capitale et dans les marchés de la contrefaçon. Ce qui confirme certainement l’ignorance la plus totale de la majorité des membres qui composent le personnel de ces ambassades et consulats d’Haïti, sur le choix et la qualité des biens, des produits et des services culturels qui devraient participer à la valorisation et le rayonnement de la culture nationale, dans sa diversité.

Diplomatie culturelle haïtienne : entre méconnaissance, indifférence et indigence

Toujours, dans le cadre de cette recherche, qui fait suite à la formation en diplomatie commerciale organisée par l’Organisation des États Américains (OEA), qui s’inscrit comme le premier travail à date sur l’inventaire sur les collections des biens, des produits et services culturels, ainsi que sur l’agenda culturel des missions d’Haïti, plusieurs autres points en matière de gestion, de médiation et de partenariat culturels ont été abordés.

Il n’existe dans ces administrations, aucun système de veille, de collecte de données, de revue de presse spécialisée ou d’intelligence, en dehors des invitations formelles qui se partagent entre les acteurs politiques, diplomatiques et philanthropiques, qui permettrait aux autorités d’identifier les multiples opportunités de toutes sortes dans les différents domaines. À part le choix informel ou la nomination d’un ou plusieurs responsables d’une section ou cellules culturelle, le plus souvent ce sont des femmes qui portent ce fardeau vide de la culture, sur la base avant tout de leur élégance, leur sensibilité aux choses esthétiques, que sur la base de connaissances et des compétences réelles, dont elles disposeraient. Autant rappeler, selon le rapport, qu’il existe un besoin énorme de formation et/ou de ressources humaines qualifiées pour porter les arts, le patrimoine et la culture « Made in Haïti » sur les marchés internationaux.

Les principales bibliothèques, les ouvrages et les documentations ont été visités. La décoration appropriée et symbolique à chaque espace autant que la qualité esthétique et technique des oeuvres d’art qui composent les collections de ces missions diplomatiques ont été passées en revue. La gestion des archives administratives comme principale source d’enrichissement en permanence de la diplomatie, suivie de l’agenda culturel des principaux ambassades et consulats d’Haïti, en Amérique, en Europe, en Afrique et en Asie a été prise en compte à travers les observations et le questionnaire.

Diplomatie et culture : entre constat, conscientisation, compétence et comparaison

On pourrait se questionner sur le nombre d’anciens étudiants formés à l’École nationale des arts (ENARTS), qui travaillent comme conseiller, agent ou chargé culturel dans la diplomatie haïtienne ? Dans quel sens ces derniers participent-ils à l’élaboration, l’exécution et le suivi autour de l’agenda culturel ? À ne pas négliger non plus, l’éventuel apport de ces professionnels de la culture dans le classement, la conservation des oeuvres d’art et des collections de livres et autres pièces patrimoniales qui souvent se détériorent en silence, dans les locaux des ambassades, des missions et consulats d’Haïti.

Dommage qu’on n’apprend de manière formelle les notions du Vaudou à l’école en Haïti. Ce qui offrirait au pays, non pas l’occasion de former des générations de hougan et mambo, mais de préférence, de disposer une nouvelle classe d’hommes et de femmes qui soient capables de parler de leur culture sans se dénigrer ni s’accrocher aux faces cachées et occultes de leur origine.

Diplomatie et culture : un passage obligé pour replacer Haïti sur la carte du monde

Et si on rappelait à nos représentants à l’étranger, qu’Haïti est très loin de rivaliser des pays comme l’Égypte, le Mexique, la Chine, le Taiwan, le Brésil, la France, les États-Unis, et tant d’autres pays, civilisations et ethnies au Moyen-Orient, en Asie et en Océanie, en ce qui concerne le culte des morts, les superstitions, les arts divinatoires, les sacrifices religieux, les sociétés secrètes et les autres pratiques les plus occultes, mais souvent indispensables pour dans les traditions pour garder en vie les secrets et les mythes, et pour sanctionner les fautifs.

Les dirigeants et les diplomates haïtiens, devraient certainement miser sur le fait, qu’Haïti, en paraphant la « Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles », s’est engagé à reconnaitre que : « La diversité culturelle crée un monde riche et varié qui élargit les choix possibles, nourrit les capacités et les valeurs humaines, et qu’elle est donc un ressort fondamental du développement durable des communautés, des peuples et des nations ».

Ce ne sont pas des artistes, des artisans et créateurs qui manquent au pays de BIC, de Jean Jean Roosevelt et de Tifane. Les œuvres reflétant le plus souvent l’imaginaire collectif sont souvent retenues dans les meilleurs classements dans le monde. Les nombreux prix et distinctions de toutes sortes reçus par nos écrivains comme Gary Victor, de Yanick Lahens, René Depestre et tant d’autres de plusieurs générations confirment la fertilité de la créativité. À part le Compas direct et la musique racine qui ne peuvent percer sur le marché caribéen et celui de l’Amérique du Nord, les talents et les créateurs continuent d’assurer fidèlement, fièrement et dignement leur rôle d’ambassadeur de la culture nationale, cette culture qui représente la seule carte de visite valable et crédible dont dispose le pays sur la scène internationale.

Dominique Domerçant, Le National Haiti

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