Extrader Guy Philippe et déporter un haïtien de la France et d’ailleurs, ont-ils leur plein pouvoir?

Guy Philippe appréhendé par la Brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants

Guy Philippe appréhendé par la Brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants

Ils (les occidentaux) ont le pouvoir d’extrader comme ils ont le pouvoir de déporter grâce  ou à cause des accords  avantageux/désavantageux que nos dirigeants haïtiens signent avec ceux-là qui deviennent nos interlocuteurs privilégiés (Washington, Paris, Santo Domingo et j’en passe). D’ailleurs, je pense que dans cette affaire d’extradition qui défraie la chronique, le combat ne doit pas se limiter à défendre un individu à cause d’un titre qui n’a sa valeur originelle que dans les écrits d’Athènes au siècle lointain. Aujourd’hui, être Sénateur, Député, Président,  Magistrat, Chef section, Docteur, Ingénieur et j’en passe une fois de plus, pour la majorité des cas c’est une insulte à ceux qui lisent et/ou réfléchissent, qui proposent des choses pour une perspective d’avenir radieux pour le collectif, et qui sont prêts à ne faire aucun compromis pour une réussite personnelle et le m’as tu vu.

Voilà ma vision des choses! Écoutez cher(e)s ami (e)s, si j’en aurai encore après avoir lu mes propos, au moment où je vous écris, beaucoup de dirigeants et ceux qui aspirent à l’être sont dans cette catégorie de personnes  que je viens d’évoquer. Ils oublient que celui qui est spécialiste de tout n’est spécialiste de rien, et “ne savoir pas tout” ne veut pas dire que l’on soit ridicule et  ne saura plus jamais.

Je ne suis pas un entrepreneur de la morale mais je vous invite à une réflexivité. Personne n’est parfait à partir du moment que l’on reconnaît sa propre imperfection, bref ses limites. Ceci permet à ce que nos pairs et notre société puissent  nous accorder un peu de crédits  et de pardon à la limite quant à cette imperfectibilité. Maintenant, s’agit-il de se questionner sur cette notion de “société” qui représente un mot valise dans laquelle tout y est, comme celle du bien être de tous.  En me limitant à l’une de ses dimensions, non pas strictement celle de citoyenneté qui est basée sur l’exclusion étant donné que seuls les dominants puissent en jouir pleinement, j’aborde ici un sous-aspect de notre manière de poser les problèmes de notre pays.

Moi,  je dis ce qui suit:   nous menons  tout le temps des débats stériles et stérilisants sur la nécessité d’avoir un peuple éduqué, gage de souveraineté pour certains et développement pour d’autres; l’intention est bonne, mais on se pose  très peu  de questions sur la  dimension  réflexive de  cette éducation.  Autrement dit, nous avonsappris à accuser l’autre sans nous poser la question de comment nous participons nous-mêmes à notre propre destruction en renforçant ce processus par nos actes, nos gestes et propos. Vrai ou vrai? Chacun veut s’appuyer sur le nouveau statut de l’individu, sur certains articles de la constitution et le contexte de l’élection pour rappeler la culpabilité historique déjà avérée de l’occident, ce qui n’est pas faux.  Mais presqu’aucun d’entre nous ne se pose la question de l’esprit de ces textes de lois. Qu’est ce qu’elles sous-tendent? Qui en sont les vraies victimes? A qui profitent-elles?

Je nous  invite à faire un arrêt sur image, une photographie de notre propre personne dans l’espace social où que nous soyons  (Afrique, Haïti, France, Etats-Unis, etc.). Pensez- vous que nous  avons besoin de cette forme d’éducation dont vous et moi faisons l’objet dans notre pays? Ce n’est pas impertinent de revendiquer une éducation à l’haïtienne ou  d’Afro-descendant, cependant ce ne serait pas moins pertinent de revendiquer une éducation qui nous invite à nous remettre en question nous-mêmes quelque soit le statut social. C’est consternant de voir que nos sociétés produisent des règles qui oppriment notre propre peuple pour avantager certains et c’est aussi consternant de voir que  certains haïtiens se laissent aveugler par un patriotisme rétrograde et qui s’enorgueillie contre l’autre (occident ) par le simple fait que ce dernier leur rappelle qu’ils ne représentent rien à ses yeux aujourd’hui, qu’ils sont prêts à signer n’importe quoi avec n’importe qui  pour asseoir leur position de dominant.

Au regard de mes propos, pour vous rassurer de ma position, je dis: celui qui réclame la libération de Guy Philipe  n’est pas plus patriote qu’il en a l’air que celui-là qui est content de son arrestation et extradition. C’est quoi le patriotisme sans la justice, avec l’impunité et le bien pour un et le mal pour tous? De quel patriotisme et nationalisme dont nous parlons quand  nous savons que beaucoup des nôtres sont armés non pas d’une culture politique critique mais des savoirs autodestructeurs (pièges en herbe pour leur propre pays)?

Arrêtons de nous plaindre, reformons nos structures de pensée, réfléchissons sur l’esprit de nos lois, accords et conventions, réformons nos administrations publiques (jusqu’à nos Ambassades), ne les fermons pas comme beaucoup l’ont voulu, si l’on se base sur ce cas : le Consulat d’Haïti  au Bénin. Pour en  finir, la justice haïtienne doit pouvoir être en mesure de juger tous les contrevenants qui circulent encore dans le  pays comme  à l’étranger. C’est cela le véritable patriotisme, la souveraineté. L’accusé Guy Philippe comme d’autres doivent répondre à la “justice haïtienne” des actes qui leur sont reprochés. Maintenant, qui sont ceux et celles qui sont prêts  à participer à ce renouvellement  politique et social? Je vous parie, seuls les incapables répondront affirmativement qu’eux seuls puissent le faire, sans cette réflexivité dont je vous parle précédemment.

MERCI D’AVOIR PRIS VOTRE TEMPS POUR LIRE CE MORCEAU DE TEXTE

Paris, le 08/01/2017, Jimitry ANNEXILE

Spécialiste de science d’éducation et de politique sociale

Actuellement étudiant en Master 2 Recherche Études du Développement  à  l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

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