HAITI : POUR EN FINIR AVEC LE DESPOTISME

HAITI : POUR EN FINIR AVEC LE DESPOTISME

L’histoire de la politique, chez nous, est une galerie où il y a peu d’originaux et beaucoup de copies. Le malheur du temps veut que le pouvoir soit occupé par des hommes aussi grands que leur tâche. Des hommes de petits vices et de vaste incompétence. Ils auraient pu peser d’avantage dans le pouvoir s’ils avaient eu de l’intelligence á proportion de leurs vertus. A bien regarder, ces pouvoirs ne sont pas loin de se montrer désespérant. Ces hommes au pouvoir, dans ce pays, c’est peut-être une tradition ou une coïncidence, sont toujours attirés par la médiocrité : immense tentation qui touche même les enfants. Non seulement ils s’y complaisent, mais s’en réjouissent.

Les malheurs des chefs d’Etat viennent de loin, et souvent l’on prend pour accident de leur destinée ce qui n’est que fatalité de leur nature.

Ah ! C’est bien grand scandale que Dieu a permis, en laissant naître des citoyens si décevant, (Cardinal Périgord). Des partisans jurent de les obéir et d’y croire. Ils jurent une foi en eux. S’il n’y avait pas cette foi, ils seraient mauvais citoyens, ne serait pas citoyen.

Aussi, l’histoire des hommes politiques haïtiens est l’histoire du mal ; ils sont réunis dans le mensonge de l’apparence sociale et par de mauvais desseins. C’est la solidarité du mal ; c’est une des plaies sociales les plus tristes, c’est la plaie sociale par excellence.

C’est pourquoi, á ceux qui s’obstinent de part et d’autre, dans leur camp, le duvaliérisme et la lavalasse, et qui souhaitent un retour au pouvoir, nous leur disons que ces deux doctrines obscurantismes et qui se ressemblent dans la pratique, qui ont marqué la scène politique durant ces cinquante ans écoulés, ne peuvent mener le pays sur la voie du progrès. Nous en avons fait l’expérience et le pays n’a pas fini d’en payer le prix.

Le rapprochement entre ces deux cas peut vous étonner. Á ceux qui s’étonneront de cette affirmation, que ces régimes se ressemblent, laissez-nous tenter le parallèle.

Que le duvaliérisme est le régime fasciste-populiste, la lavalasse est le régime anarcho-populiste, dixit Lesly Manigat.

Que le duvaliérisme a été la théorie la plus antinationale que le pays ait connue, contrairement aux prétentions de ses défenseurs, puisqu’en son principe même, cette politique prétendait réunifier, recentrer la société haïtienne á partir d’en haut : á partir de l’État. Le duvaliérisme a échoué dans la violence même qu’il a employé pour assurer sa pérennité, (läernec Hurbon dans la préface du livre Le pays en dehors de Gérard Barthélemy). De même que la lavalasse.

Qu’en consolidant son pouvoir par la violence et les crimes, Duvalier en approfondissant cet abime, il s’est trouvé infini. Il s’agit maintenant de voir ce que les autres après lui ont creusé dans ce précipice ; dès lors que deux groupes estiment que la violence est une avenue, ils forment une vibration qui n’attend que l’occasion de s’exprimer.

Que ces chefs d’État semblent avoir pour conseiller Staline, leur soufflant á l’oreille cette phrase célèbre : Tuer un homme est un crime ; tuer dix mil est un génocide ; tuer cent mils est de la statistique. Ils condamnaient sans qu’on les vit de colère, et ils portaient le deuil sans larme !

Que Duvalier créa les tontons macoutes pour terroriser le peuple et les opposants, Aristide créa les chimères pour les mêmes raisons.

Que l’absolutisme, où les abus qu’il caractérise, a toujours brillé d’un éclat exceptionnelle ; que les abus régnaient partout et constituaient, pour ainsi dire, la règle générale. L’ordre n’était autre que l’abus règlementé.

Que le chef d’État qui gouverne pour lui-même et non pour le peuple, n’est plus un chef d’Etat, mais tyran. Ces deux-là pouvaient répéter á l’instar de Louis XIV : L’État, c’est moi. Encore que les monarques absolus de cette époque étaient toujours assistés d’un conseiller, d’une éminence grise, qui au besoin pouvaient les empêcher de commettre le pire. Mais, dans ces régimes, rien de semblable, et ils pouvaient dire : Le Président n’a pas besoin de collaborateurs mais de valets.

Que les despotes eux-mêmes ne nient pas que la liberté ne soit excellent ; mais ils le veulent que pour eux-mêmes, et ils soutiennent que tous les autres en sont indignes.

Que d’aucun régime n’aura plus fait pour la démobilisation du citoyen que celui des duvaliers aussi bien que celui de la lavalasse, et leurs invitations permanentes á l’abdication du peuple au profit d’un seul homme, choisit par la Providence, dans les deux cas, et qui donnent intentionnellement á la politique un style fait de secret, de ruse et d’équivoque.

Que ce qui importe dans l’absolutisme n’est pas sa théorie, ni même la forme de ses institutions, mais sa pratique, l’art qu’on la plupart des dictatures pour diviser les hommes afin de les gouverner plus absoluments.

Que l’absolutisme édifie en sous-oeuvre de cet édifice disparâtre une bureaucratie á leur dévotion.

Que l’absolutisme importe moins en effet par l’Etat qu’il a édifié que par ce qu’il a détruit tous les liens d’intégration sociale de la paysannerie : corporation, assenblées d’État. En quel lieu trouve-t-on les haïtiens rassemblées ?

Que ces régimes s’engendrent, que dans la pratique absolutisme s’enracinent le radicalisme réactionnaire dans notre cas, et l’Etat soumis.

Que l’absolutisme a confisqué la nécessaire autonomie du politique pour défendre la grandeur nationale, le parlement d’un parti.

Que ces régimes ont succédé au pouvoir sans aucun programme politique.

Que l’absolutisme résulte d’un sédiment d’expédient financiers ; sans plan préalablement médité á l’avance. Où donc allait Haïti sous la tutelle des despotes ? Á la paralysie et á la misère ?

Que la dictature peut bien relever les salaires, construire des écoles et des hôpitaux, voire séduire par quelque entreprise impérialiste, elle ne saurait se prévaloir de l’idée démocratique puisqu’elle suprime la liberté.

Que l’absolutisme a détruit les virtualités conceptuelles, excluant toute possibilité d’un passage réglé de l’anarchie á la démocratie.

Que l’absolutisme accomplit déjà le destin pour les démocraties de non-liberté : servitude, barbarie et misère.

Que le despotisme est précisément le régime et la société déraisonnable qui portent en elles l’origine de leur propre perte : de la contradiction ne sauraient découler que la mort ou la servitude.

Que le goût qu’on montre pour les gouvernements absolutismes est dans le rapport exact du mépris qu’on professe pour son pays.

Que la duvaliérisation et la lavalassisation de la nation contribuent beaucoup aux ratés de la machine haïtienne, ce qui revient á signifier que ces hommes endoctrinés, fanatisés, coopèrent á une civilisation au contenu hideux, quand il n’est pas ennuyeux. L’homme de 1957 aussi bien que celui de 1991, groupés du côté de l’égoïsme du profit et oeuvrant du côté de l’égoïsme de l’État, ne sont que des parasites.

Que de notre histoire absolutisme, ne compte que la crise sociale qui l’achève, la table rase créée par un despotisme qui fait des haïtiens un peuple individualiste de ses coutumes et volé de ses libertés.

Que toute dictature se nourrit du repli de soi ou de l’incapacité, de l’incompétence des pouvoirs en place. Ces régimes incarnés par le pouvoir d’un seul homme sont toujours, en fait, le fruit d’une décomposition. La dictature nait d’un épuisement de la société. Quant est ruiné l’envie de vivre ensemble. Quand le déchaînement des intérêts particuliers étouffe la volonté générale. Quand enfin, se brouille la vision de l’avenir et, avec elle, une certaine conception de l’être humain, (Denis Jambar).

Qu’en 1971, á la mort de papa doc, baby doc assura la continuité ; qu’en 1998, ti pè assura la continuité en la personne de ti rené -son marassa-, son jumeau.

Toutefois, avouez que tout se ressemble d’une manière singulière, malgré la différence des temps. Ces hommes semblent se donner la main malgré le gouffre qui les sépare. Le temps, qui devrait faire voir á qui la victoire est due, ne fera peut-être que laisser la dispute indécise. Aussi, le silence des victimes a toujours été la grande victoire des tyrans.

Quand les peuples sont mal conduits, ils conçoivent volontiers le désir de se gouverner eux-mêmes. Quand ils se croient libres, ils sont naturellement enclin á se révolter quand on lui parle de tolérance. Ils ne veulent pas voir tolérer á l’avantage de quelques-uns ce que vous êtes contraints de refuser au plus grand nombre. Ils entendent que rien n’est á votre discrétion, qu’il vous est obligatoire de faire respecter toutes les lois, comme d’en observer vous-même et le texte et l’esprit, et qu’il ne vous appartient aucunement de mettre á la place des lois votre bon plaisir, votre gracieuse tolérance.

Un gouvernement de fait, ou bien acceptera d’user á bon escient du glaive de David, la Justice, le Droit, ou bien devra être anéanti par la force du peuple assemblé, en qui seul réside la souveraineté. Mais, la question de la souveraineté du peuple est au fond la même que celle de savoir si un homme peut avoir le droit de gouverner un peuple contre sa volonté ! Or, les masses suivent leurs leaders quand ces derniers adoptent une aptitude conséquente face aux nécessités et aux désirs de celles-ci.

Un dirigeant n’est légitime que s’il emploie la justice au rétablissement et á la défense d’une communauté authentique. Sinon son pouvoir est usurpé , et le droit á l’insurrection est le plus sacré des devoirs du peuple.

Une nation pardonne toujours les préjudices matériels qu’on lui fait subir, non une atteinte portée á son honneur, surtout lorsqu’on emploie la manière d’un prédicateur qui veut avoir raison á tout prix. Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ou il n’est plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. La malhonnêteté dans un gouvernement est un double mal. C’est une trahison á l’État. C’est la destruction de son propre pouvoir.

Le Palais national ne rend-il pas invulnérable ? Quelle blague.

L’Histoire nous enseigne que la dictature, le controle manifeste a toujours une durée de vie définie, parce que, vers la fin, la dictature sera défiée et une rébellion montera contre elle. Nous avons maints exemples.  Et il en sera toujours ainsi, dans ce pays, parce que : Ce que haïssent les peuples fait pour être libre, c’est le mal même de la dépendance.

Mais cette sorte d’amour de l’indépendance, qui ne prend naissance que dans les maux particuliers et passagers que le despotisme amène, n’est jamais durable ; elle passe avec l’accident qui l’avait fait naître ; on semblait aimer la liberté, il se trouve qu’on ne faisait que haïr le maitre.

Pour en finir avec ces régimes absolutismes, il faut s’en rendre aux principes républicains. Quand partagerons-nous cet honneur, avec nos frères, de défendre contre l’absolutisme le Credo républicain qui appelle le peuple haïtien á l’apprentissage de la liberté, á faire son métier d’hommes libres pour arriver á cette conscience individuelle et collective de ses droits et de ses devoirs ?

La République existe ; elle est le gouvernement légal du pays. Vouloir autre chose serait une nouvelle révolution et la plus redoutable de toutes !

Ainsi, il est urgent de redresser la situation afin d’éviter une méfiance pour l’avenir. Les évènements n’attendent pas ; le temps ne s’arrêtera pas pour nous ménager des loisirs ; l’actualité s’impose á nous d’une manière urgente, et nous menace des catastrophes qui entraîneraient parmi nous d’autres malheurs déchirants, l’impossibilité matérielle d’étudier et d’écrire autrement qu’au service des oppresseurs. Que faire ?

D’une manière générale, les aveugles que nous sommes actuellement n’ont guère le choix qu’entre la capitulation et l’aventure, un beau risque á courir.

Mais, les haïtiens montrent en général plutôt le courage de la résignation, que celui de la bravoure, c’est-á-dire la volonté du changement.

Alors, il faudra espérer que l’Haïtien voudra réparer leurs malheurs parce qu’il ne peut s’empêcher de les considérer comme des maux qu’il faut guérir, s’il est vrai qu’un corps politique ne saurait recouvrer toute son énergie tant qu’une plaie profonde altère et mine les sources qui concordent á conserver son existence.

Ainsi, le destin d’Haïti va changer. Le pays épousera le mouvement de l’Histoire et réalisera le rêve de tout un peuple. Contre la soumission.

Cela gênera les tyrans et les démagogues, car ils ont que deux manières de gouverner la société : la ramener en arrière, la contenir dans l’immobilité. Et ne jamais la pousser en avant. Les hommes de progrès, au contraire, refusant de s’accommoder des injustices ou des inégalités, sont toujours á la recherche de transformations. Et malgré quelques transformations, la République est devenue inséparable de son destin national. Or le destin de l’haïtien est entre ses mains. Et il n’y a qu’un seul destin :

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ.

Tel est la devise du régime républicain, l’idéal auquel fait profession de tendre l’État démocratique :

Liberté dans le plein épanouissement de toute les facultés et l’affranchissement de toutes les activités légitimes ;

Egalité dans la participation de tous aux mêmes droits et dans l’obéissance aux mêmes devoirs ;

Fraternité enfin dans l’amour et la confiance réciproque pour l’assistance mutuelle.

Pour nous, il faut s’en prendre aux principes républicains, ne pas confondre avec le parti républicain.

Liberté d’abord ; non pas indépendance, dont la créature sera á jamais incapable ; non pas anarchie ou licence, qui ne sont en fait qu’autant de formes de la tyrannie et de la servitude ; car selon le mot de Bossuet : Où tout le monde est maître, tout le monde est esclave. Non, la vraie liberté suppose l’existence d’une loi et d’un devoir, puisqu’elle consiste essentiellement dans le droit de faire ce que nous jugeons nécessaire ou utile pour l’accomplissement de notre devoir. Or, la raison d’être de la loi et de la société civile est précisément de nous garantir ce droit et cette liberté.

Égalité ensuite. Notons le toutefois, dans la devise républicaine, l’égalité ne vient qu’en second lieu ; c’est la liberté qu’il importe avant tout d’assurer, car l’égal;ité dans la servitude n’aurait aucun prix.

Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Ainsi débute la Constitution. En proclamant l’égalité, la démocratie ne peut vouloir établir entre tous les citoyens une égalité concrête et absolue, aussi contraire au droit qu’á la nature des choses. La vraie démocratie consiste essentiellement en un constant et perpétuel effort de bonnes volontés vers une égalisation progresssive des droits civils et politiques de tous les citoyens. Il est évident, en effet, que sous tous les régimes, les hommes restent fort inégaux en forces physiques, en aptitudes intellectuelles, comme en mérite moral. Aussi bien, si tous les hommes se valaient, les élections n’auraient plus de raison d’être : il suffiraient de tirer au sort députés et ministres.

Elle ne peut pas davantage reconnaître á tous les citoyens des droits réels objectivement égaux : ce serait la négation de toute hiérarchie sociale, et partant, de la société elle-même. La constitution démocratique déclare seulement que les droits de tous, quels qu’ils soient, seront également respectés, également protégés ; que tpus les citoyens seront désormais égaux devant la loi et justifiables du même code. En un mot, elle décrète l’égalité civile.

Dès lors, tous les citoyens sont également admissibles á toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans distinction que leur vertus et leurs talents. Les dignités sociales n’ont plus d’autre fondement que l’utilité commune ; il n’existe plus d’autre supériorité effective que celle du fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions. Bref, la démocratie ne reconnait que des citoyens capables des mêmes droits, et soumis aux mêmes devoirs.

Outre cette égalité civile, la démocratie proclame encore l’égalité politique, destinée á en être le complément et la garantie. Ce qui constitue proprement l’égalité politique, c’est le suffrage universel, en vertu duquel tout citoyen majeur est investi du droit de porticiper au gouvernement de son pays, soit indirectement d’abord, en choisissant ceux qu’il juge les plus dignes et les plus capables de le représenter et de gouverner en son nom, soit directement, si, ayant été élu lui-même, il est appelé á exercer effectivement quelque fraction du pouvoir.

Fraternité enfin, qui constitue la perfection et le but supérieur de toute société. L’État démocratique prétend, par la jouissance des mêmes droits, et l’obserrvation des mêmes devoirs, établir entre tous les citoyens un lien si étroit de solidarité et de réciprocité, qu’ils se considèrent mutuellement comme les membres d’une même famille, comme des frères, sd’aimant les une les autres, toujours prêts á s’entraider et résolus á rester indissolublement unis dans la bonne et la mauvaise fortune pour le plus grand bien de tous et la grandeur de la patrie commune.

Du reste, ne l’oublions pas, en république comme sous tout autre régime, l’autorité, dont on ne parle pas, reste toujours la condition essentielle et le principe de tout ordre et de tout bien social. Sans une autorité respecter, la liberté dégénère promptement en licence et en anarchie ; l’égalité n’est que l’aplatissement de tous dans une même et honteuse servitude ; quand á la fraternité, on n’en connait bientôt plus d’autre que celle de Caïn pour Abel.

Aujourd’hui, pour être efficace, la device républicaine ne doit pas seulement s’écrire sur le flambeau national, retentir dans les discours officiels, figurer sur les pièces de monnaie ou au fronton des édifices publics, mais encore être inscrite és coeurs de tous les citoyens.

Ces principes, un seul régime peut les garantir : La République démocratique.

Aujourd’hui, ce que l’Haïtien demande, c’est que ces dictateurs, ces politicards et la classe dirigeante le laissent la possibilité de vivre humainement. Le nègre d’Haïti n’ignore pas le prix de la liberté, il s’est battu pour elle tout au cours de son histoire. Historiquement plongé dans l’innessentialité de la servitude, il a été libéré par le général Jean-Jacques Dessalines, mais celui-ci n’a pas soutenu la lutte pour la liberté. Le bouleversement n’a pas différencié l’ancien esclave de l’homme libre. Il est passé d’un mode de vie á une autre, mais pas d’une vie á une autre. Tous ses dirigeants ont brisé son ancien monde sans lui en donner un nouveau. Ils ont détruits les bases tribales traditionnelles de son existence et barré la route de l’avenir après avoir fermé la route du passé. La dictature, l’absolutisme, prétend lui interdire de participer á l’histoire moderne en tant que force libre et indépendante. Toutes les formes modernes de gouvernement l’empêche d’échapper á ce fléau.

C’est pourquoi, le peuple haïtien doit cesser de griser d’applaudissement les régimes absolutismes si souvent incultes. Il faut éliminer cette mauvaise copie de l’absolutisme. L’avenir ne se fabrique pas en cultivant les intérêts particuliers : une nation a besoin d’une communauté de destin. Il faut pour celui qui comprend, de ne pas laisser les extrémistes détruire par leur impatience, leur excès et leur ignorance, notre société, comme ils se sont emparés le pouvoir depuis plus de cinquante ans, et nous ont á la fois ruiné et dicté notre destin. Il faut le leur reprendre, le pouvoir, tout cela avec la plus grande correction, sans le moindre esprit de vengeance. Le tyrannicide n’est pas notre fait, comme eux-autres.

L’expérience a beau montrer la loi morale violée, la vertu persécutée, le vice heureux et triomphant. La raison proteste de toutes ses forces ; elle affirme avec assurance que c’est là un désordre qui ne saurait durer ; que tôt ou tard l’ordre sera établi et la justice définitivement satisfaite. Encore une fois, c’est là une nécessité absolue dont la raison seule peut avoir l’intuition. Mais, le service de liberté requiert une conception normative, ou législative, de la raison.

Tout de même, la société existe et invente, elle aussi, la morale sociale ; c’est-á-dire elle invente ce qu’il y faut que les citoyens croient pour que la société : subsiste, se maintienne á un certain niveau ; croisse. Une contrainte proplongée.

Alors, l’oeuvre de régénération qu’elle est-elle ? Où faut-il la chercher ? Dans l’oligarchie militaire et féroce, dans toutes ces démocraties de non-liberté et ces tyrannies envieuses, jalouses et toujours prêtent á s’entre déchirer ? La Liberté n’est pas dans les extrêmes. Cessons d’écrire liberté sur la crosse de nos fusils !

Non, l’Âme de vie de la Patrie n’est pas là ! Elles est dans les Institutions, dans la Justice, Cour Suprême et arbitraire. Dans le grand pouvoir de Justice et de Concorde, en qui seul la Patrie retrouvera son unité aux heures d’héroïsmes et d’abnégations.

Or, la Patrie ne peut se développer et même se soutenir que par le sentiment même qui l’épure, et ce sentiment c’est l’Amour de la Justice, c’est-á=dire du Droit, c’est-á-dire encore de la Liberté.

Dans l’Amour du Bien Public. Ce dévouement qui s’adresse á quelque chose de plus grand que l’homme lui-même : á la Patrie, á la Loi, á l’État.

La Patrie doit être au-dessus de tous, même des Dieux, car elle les contient tous. (Platon)

Maintenant, le pays doit avoir pour intellect une pure doctrine, pour âme une religion plastique et pour corps une Haute Cour de Justice centralisée. Il doit être á l’écoute du message des fondateurs de l’indépendance : Liberté, Égalité, Fraternité. C’est en mettant nos pas dans leurs pas que nous seront sur la ligne de Grandeur d’Haïti, en établissant une morale s’appuyant sur le culte de l’honneur.

Dès lors, la Patrie Haïtienne retrouvera sa vraie valeur.

Nemours Rigaud fils

Août 2015

 

Comments are closed.