Haïti – Faux chèques – Électricité : Une vache à lait intarissable (1ère partie)

Max Dorismond

Max Dorismond

En Haïti, la corruption n’est pas génétique. Elle est systémique et occupe toutes les sphères des institutions étatiques et sociétales, moins les banques. Mais, dans les dernières nouvelles du mois d’octobre 2017, suite à la lettre du Ministre de L’Économie et des Finances, J.A. Patrick Salomon, au Ministre de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales, Max R. St-Albin, concernant les nombreux chèques du MICT encaissés deux fois sous les mêmes numéros à la Banque Centrale, on se questionne à savoir si les gangsters n’ont pas déjà embrayé en 4ème vitesse. Les banques étaient la dernière frontière qui protégeait la population contre cette pandémie. Si ces brigands arrivent à franchir aussi allégrement ce « Rubicon », nous pourrons dire : « Adieu veaux, vaches, cochons ». C’en est fait de la nation !

Le dossier de l’électricité chez les Sénateurs

Revenons au sujet en titre ! Je ne suis pas en possession des contrats des compagnies E-POWER, SOGENER, HAYTRAC et autres. Mais le visionnement de la vidéo de la commission sénatoriale, dans laquelle l’élu Pierre François Sildor décortique, avec beaucoup d’emphase et de sarcasmes, ces documents outrageants, à effets préjudiciables pour la nation, chiffonne.

Je n’ai aucun problème avec ces entrepreneurs qui ont frappé le jackpot. Sauf les imbéciles auraient refusé d’entrer dans cette caverne d’Alibaba, créée de toutes pièces par et pour les petits amis des régimes en place, depuis une dizaine d’années. C’est un théâtre de l’absurde dont on ne verra jamais la fin.

Haïti : Île fantôme non détectable la nuit par les Astronautes

Et, malgré cette manne, l’électricité a presque raté son rendez-vous avec nos congénères. C’est au compte-gouttes qu’ils la reçoivent, entre 2H00 et 3H00 du matin, notamment pour les insomniaques. C’est à cette heure indigne, par exemple, que les soudeurs gagnent leur pain quotidien. Entre 19H00 et 21H00 pour d’autres, dans certains quartiers. 95% du pays évoluent dans le black-out, ce que j’ai ainsi décrit dans un de mes articles sur la corruption : « Haïti est la seule île de la Caraïbe, invisible la nuit à vol d’oiseau. Elle est une île fantôme ». Le Sénateur Sildor en a fait écho durant sa présentation.

L’absence d’électricité est si criante dans la capitale, qu’à certaines occasions des chirurgies dans les hôpitaux ont été terminées à la lueur d’un téléphone cellulaire… Point n’est besoin d’énumérer tous les drames collatéraux résultant de cette carence. Nous n’apprenons rien à personne. D’ailleurs, la malice populaire, détaillant le libertinage ambiant, en a fait ses choux gras dans des comédies à quatre sous ou dans des chansons grivoises, telles que : « Bam ti blackout moin manman / Poum fè ti magouy moin manman ».

Quelques détails croustillants des fameux contrats

Achat de diesel -Haïti prête de l’argent aux entrepreneurs, fournisseurs d’électricité, pour l’achat du diesel. Elle garantit en premier lieu les achats de ces derniers auprès des grossistes internationaux pour 13 millions de dollars US déposés dans une banque étrangère. Si ces montants sont engagés, le gouvernement haïtien a l’insigne obligation de les renflouer. Et c’est arrivé très souvent. Il met, entre autres, ses terrains et usines à Vareux à la disposition de E-POWER.

Vente d’électricité – Le contractant vend son électricité à Haïti, qui enregistre des pertes de 20% lors de la distribution aux consommateurs. Mais le gouvernement offre encore une autre garantie en or, au nom poétique de « Garantie souveraine » à ses gentils petits amis. Et cette souveraine garantie sera aussi renflouée à chaque fois que l’heureux grossiste aura à l’utiliser aux fins de ses transactions.

Par exemple, quand ce dernier fournit pour 30 millions de dollars US d’électricité à l’État durant le mois, il doit obtenir son dû immédiatement. Sinon, dans les 24 heures qui suivent, il fait jouer la partition de la clause « souveraine » et passe au cash en brandissant sa lettre de crédit pour empocher ses 30 millions à la Banque Centrale, grevant ainsi le budget de fonctionnement du pays, sans se soucier de la capacité des institutions de l’État d’honorer leur responsabilité face aux fonctionnaires, policiers, médecins, infirmières, etc… La banque Centrale lui refile ses millions sans poser de questions, sans preuves que le service ait été fourni. Un coup de fil suffit. C’est un véritable scandale à tiroirs où chaque compartiment réserve son lot de surprises et d’incrédulités.

Autres avantages et non des moindres

On apprend encore que les actionnaires-investisseurs de ces compagnies jouissent d’un avantage extraordinaire et illimité leur procurant une franchise douanière, leur ouvrant la voie à l’importation ou à l’exportation de n’importe quelle marchandise. Imaginez-vous investir un certain montant dans E-Power, par exemple, et le lendemain, vous commandez 50 voitures, 1000 TV, 3000 chambres à coucher, etc…, sans payer un sou de frais de douane. Ah ! Le ciel est toujours plus bleu dans ce pays où il fait vraiment bon vivre pour certains.

Triste colère ou grimaces de singe d’un sénateur

Lors de son intervention à ce sujet, le Sénateur Nawoum Marcellus est sorti de ses gonds pour dénoncer cet état de fait et lancer des menaces apocalyptiques. J’ai souri un petit peu en essuyant aussi une larme de crocodile tout en demandant en mon for intérieur si ces fameux contrats du siècle n’ont jamais été validés par le Parlement. Sinon, où étaient tous ces contrôleurs officiels lors de la signature de ces aberrations collectives ?

Par Max Dorismond Mx20005@yahoo.ca

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