La barbarie urbaine !

*Roody Edmé, Photo Alter Presse,

*Roody Edmé, Photo Alter Presse,

Depuis quelques semaines, nos différents éditoriaux mettent l’accent sur l’état de délabrement du paysage urbain. Il s’agit pour nous dans ce journal d’insister sur l’importance de l’environnement dans tout projet de reconstruction nationale, mais aussi, et surtout sur l’amélioration urgente de la qualité de vie du citoyen haïtien. Les signes du renouveau doivent se matérialiser à travers la propreté de nos rues et un relèvement même progressif de l’habitat urbain. Toute chose, qui aura pour vertu de bien exposer aux yeux des nationaux et étrangers que ce pays est administré et qu’Haïti n’est pas un vaisseau fantôme. Ces derniers jours, dans certains quartiers populaires, des bandes armées ont voulu s’accaparer du monopole de la violence légitime réservé aux forces constitutionnellement établies. On a eu droit sur les réseaux sociaux à la manifestation triomphante de l’impunité. Des chefs de gangs ont échangé des menaces à visages découverts. Ils ont de leur propre gré, et sur la puissance de leur artillerie, effectué un découpage géographique de leurs territoires et indiqué clairement les frontières sur lesquelles ils entendaient faire régner leurs propres lois.

Une situation qui est venue rappeler au citoyen lambda combien fragile était le climat sécuritaire. Ces évènements à la fois tragiques et ubuesques ont un impact certain sur l’économie du secteur informel et sur les bourses les plus vulnérables qui vendent et s’approvisionnent au portail sud de la ville. Entre temps, les forces de police ont su reprendre en main la situation qui demeure fragile. Le silence des armes et le retrait apparent des caïds ne sont, cependant, que brume trompeuse d’un retour à la normale.

La Police nationale récemment confrontée à une vague de réprobation, suite à une intervention musclée d’une de ses unités dans la zone de “Gran ravin”, doit trouver un modus operandi entre la répression ferme du grand banditisme et le respect des droits humains. Aussi, l’intervention de la force publique dans ces quartiers doit-elle se faire dans le cadre d’une politique globale de sécurité qui prend en compte le caractère dangereux et hautement volatile de telles opérations de pacification, et les risques de dommages collatéraux.

Les interventions de la PNH tout en étant dissuasives et déterminantes doivent aussi s’efforcer de gagner les coeurs et les esprits des riverains. Les citoyens n’ont pas à choisir entre bavures policières ou passivité des forces de l’ordre. La société civile réclame de l’action et de la fermeté de la part des pouvoirs publics dans le respect des normes de l’État de droit. Dans cet ordre d’idées, les règles d’engagement doivent être claires pour éviter toute confusion sur les théâtres d’opérations. Les manifestations des habitants de ces quartiers réclamant la paix et la sécurité constituent un appui sans condition au règne du droit et un précieux support aux forces de police.

Toutefois, la situation dans ces archipels de la misère réclame beaucoup plus que la simple répression. Une approche multidimensionnelle, impliquant le ministère de l’Intérieur et celui de la Sécurité publique, la Mairie et les Collectivités territoriales, est nécessaire pour corriger les inégalités criantes qui font le lit du grand banditisme.

Le relèvement des habitats ; un appui pédagogique et matériel aux écoles structurellement sinistrées de ces quartiers populaires ; la création de centres culturels ; la promotion d’activités solidaires et citoyennes ; les opportunités d’ emploi et les investissements dans des activités pro-croissance sont des facteurs pouvant contribuer à l’ intégration de ces populations exclues qui habitent une ceinture de feu autour de la ville, et qui sont forcées de vivre en marge de la loi.

La reconstruction ne peut plus attendre et les appels à un nouveau départ doivent déserter le discours des politiques pour s’incarner dans la transformation progressive de nos villes et campagnes. Nos villes deviennent des lieux d’entassement qui affaiblissent chaque jour le lien social.

Il y a sur cette question du paysage urbain, célérité dans l’urgence pour répéter après un ancien ministre.

Roody Edmé, Le National Haiti.,   http://www.lenational.org/la-barbarie-urbaine/

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