La Chambre des députés renvoie Jean-Henry Céant et son gouvernement.

Ceant, Photo PIKLIZ.com

L’inévitable clash entre la Chambre des députés et le Sénat de la République à propos de l’interpellation du Premier ministre Jean-Henry Céant a eu lieu le lundi 18 mars 2019 au Parlement haïtien. Cette journée a été marquée par deux séances, l’une avortée au Sénat faute de quorum, et l’autre à la Chambre des députés ou 93 députés ont voté pour le renvoi du gouvernement dirigé Jean-Henry Céant.

Les employés et contractuels du Sénat de la République sont tombés des nus ce lundi 18 mars 2019 en arrivant sur les lieux de travail : Le Premier ministre Jean-Henry Céant, tel à un rendez-vous dans une ambassade, s’est présenté au Parlement bien avant les employés. La cause, il est interpellé à la fois par le Sénat de la République qui a choisi une tranche d’heures partant de « 00 :00 à 9h00 du matin » et la Chambre des députés qui l’interpelle pour 10h.

Par pure stratégie politique, le Premier ministre se range du côté du Sénat où sa chance d’obtenir un vote de confiance paraissait plutôt une garantie, contrairement aux farouches députés qui l’ont comblé de pas moins de sept reproches dans leur lettre de demande d’interpellation.

Dans la salle de séance des sénateurs, l’espoir d’une séance prend chair : Neuf sénateurs sont dans la salle. Dans l’équipe de Jean-Henry Céant, on croise les doigts espérant la présence de 8 autres sénateurs pour constater le quorum, commencer la séance et mettre la Chambre basse hors d’état de nuire.

Ce rêve prend l’eau rapidement au bord de mer quand à 9h55 le président de la Chambre basse Gary Bodeau, à la tête du bureau, traverse la cour du Parlement en direction de la salle de séance des députés. À 10 h 01, se voyant devant une salle pleine à craquer, il demande aux députés de prendre place et ordonne qu’on passe à l’appel nominal. Le député Sinal Bertrand tente de perturber l’atmosphère en saisissant les cahiers d’appel de secrétaires sténographes. D’ailleurs, le député de Port-Salut a en main un mégaphone, prêt à semer le trouble. Gary Bodeau l’appelle « pour consultation ». Les cahiers saisis ont fini par aboutir sous les aisselles du député Printemps Bélizaire qui effectue des tours de salle pour mobiliser ses pairs contre la tenue de la séance.

Pendant ce temps, le Sénat reçoit une nouvelle bouffée d’air avec l’arrivée de deux autres sénateurs. À ce stade, les journalistes sont surpris de voir le Premier ministre Jean-Henry Céant et ses deux ministres prendre place dans la salle sans qu’aucun appel nominal n’ait lieu et que le quorum n’ait pas été constaté. C’est contraire au protocole mais on a vite compris que le Sénat était comme une ambassade pour le Premier ministre qui ne voulait pas se laisser prendre par les députés.

Le Sénat stagne en attendant le quorum. On dirait que les élus sont frappés d’une maladie qui les contraint de se fixer sur l’écran de leurs téléphones : Des coups de fil, des messages pleuvent dans la salle. Rien de tout cela ne parvient à faire bouger la ligne qui affiche la présence désormais de 13 sénateurs. Finalement le sénateur Rony Célestin fait son apparition. On se frotte les mains, surtout quand on sait que Gracia Delva et Onondieu Louis viennent d’annoncer qu’ils sont en route.

Cette réalité pousse les sénateurs de l’opposition à encourager leurs collègues députés de l’opposition à maintenir Gary Bodeau sous la pression afin que la séance du Sénat puisse commencer bien avant celle de la Chambre basse. Superbe stratégie jusqu’à ce que le sénateur Rony Célestin ne s’impatiente en laissant la salle en direction de son véhicule. Le sénateur Youri Latortue, grand manitou de la séance, se voit dans l’obligation de convaincre le sénateur de rester. Il le poursuit jusqu’à son véhicule. Là, hanté par l’odeur de la victoire au Sénat et un vote de censure à la Chambre basse, le Premier ministre Jean-Henry Céant viole le protocole et se précipite avec Youri Latortue et Carl Murat Cantave à la poursuite du sénateur Rony Célestin qui s’en va malgré les supplications des uns et des autres.

En apprenant la scène d’un Premier ministre en panne de supporteurs qui vient de se faire ridiculiser en présence des curieux et employés du Parlement, les députés de l’opposition décident de lâcher Jean-Henry Céant. Le cahier d’appel est remis aux secrétaires et pour une troisième tentative d’appel nominal, le bureau parvient à avoir la présence de 95 députés dans la salle. Certains acclament cette présence.

Après un cours débat sur l’ordre du jour, le président Gary Bodeau s’empresse de former une délégation devant aller chercher le Premier ministre et les membres de son gouvernement. Ils sont revenus bredouilles, car le chef du gouvernement attend plutôt le quorum au niveau du Sénat.

À ce point, malgré une lettre du groupe GPEP/OPL et alliés lui reprochant les irrégularités ayant entaché la séance du jour, le président « constate l’absence du gouvernement à la séance d’interpellation » et passe le turbo en mettant au vote le motif d’interpellation des députés. Sans surprise, 93 ont voté pour le renvoi du gouvernement 6 ont voté contre et 3 abstentions.

Après ce coup des députés, les sénateurs interpellateurs se livrent à un vrai exercice de charme dans la cour du Parlement ; ils réunissent journalistes et curieux pour des justifications. Alors que les sénateurs interpellateurs se jettent dans une quête de sympathies, le Premier ministre se retrouve vraiment seul en pleine salle de séance, puisque les deux ministres qui l’accompagnaient jusque-là ont choisi de vider les lieux.

Samuel Celiné, Auteur  (Extrait du Journal Haitien en ligne.  Le Nouvelliste)

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