LA « CLASSE POLITIQUE » DONT ON PARLE…

Marvel Dandin, Editorialiste, Radio Kiskeya Haiti

Marvel Dandin, Editorialiste, Radio Kiskeya Haiti

Alors que la barque nationale sombre chaque jour davantage, des dirigeants politiques ne trouvent pas mieux à faire que de tirer leurs marrons du feu en percevant une subvention d’Etat.

Haïti a-t-il les moyens de financer des partis politiques, comme on le fait ailleurs ? Les partis politiques en question disposent-ils du minimum d’organisation susceptible de leur permettre de bénéficier de cette injection ? Ne faut-il pas de préférence craindre leur déstructuration accélérée avec les « conflits d’argent » qui risquent de les exploser ? On a pour exemple ce qui s’est passé dans de nombreux partis politiques lors des dernières élections au sujet de l’allocation fournie par le gouvernement.

L’aspect le plus critique de ce dossier réside dans le fait que la façon dont la distribution est opérée ne respecte pas la Loi sur le financement et le fonctionnement des partis politiques. Un véritable cirque donc. Dans lequel les acteurs nous jettent de la poudre aux yeux. Ils se régalent de nos sous. Comme le font les grands commis de l’Etat. Il n’y aura aucune structuration de partis. Ils demeureront ce qu’ils sont. Aujourd’hui. Comme hier. Point barre.

Pour recevoir régulièrement la subvention, les partis doivent éviter de « renverser » le gouvernement. Car, malheureusement, le gouvernement, chez nous, c’est l’Etat. Point barre. Et le principe de la continuité de l’Etat n’existant pas, un autre gouvernement n’ira pas forcément dans la même direction. D’où, la nécessité de ne plus remettre en question le mandat de « JOMO ». Le faire, c’est prendre le risque de ne plus émarger au budget de la République. Et alors, l’opposition apprendra à mettre des sourdines à ses « protestations ».

Ceux des partis qui n’en auront pas reçu subiront également les effets pervers de cette subvention. Car, n’ayant pas d’os à tendre à leurs « abolochos », ces derniers iront vers ceux qui en disposent. Mais, il n’y en aura pas pour tout le monde. Finalement, il y aura des problèmes partout. Voilà donc la chronique annoncée de la dislocation totale de la « classe politique » dont on parle.

Mais, pas tout à fait, rassurez-vous. Le parti au pouvoir qui va tout rafler en raison de sa prépondérance au parlement a les chances de se consolider. En plus des caisses de divers organismes publics qu’il détient déjà, le parti au pouvoir mettra du beurre sur ses épinards. Quelle fantastique opportunité de devenir encore plus riche ! Avec le concours des partis politiques dits de l’opposition…

Certains auront le toupet de soutenir que la subvention est légale et constitutionnelle. Mais, il est tout aussi légal et constitutionnel qu’elle aille vers les partis représentés au parlement, que les partis rendent compte de l’utilisation de l’argent aux fins auxquelles il est destiné.

Entretemps, la corruption fait rage. La misère s’aggrave. Déficit budgétaire. Déficit de la balance commerciale. Inflation galopante. Nouveau cycle de dépréciation de la gourde par rapport au dollar. Risque de nouvelle augmentatation des prix des produits pétroliers.Folle et coûteuse caravane dite du “changement”.

Dans cette atmosphère d’apocalypse, des partis déposent “les armes”. Ils partent plutôt à la recherche de subvention. D’autres se mettent la main au collet l’un l’autre. Combat de leadership sans leader ni vision, ni programme. Au moment où le grand patron américain nous humilie. Au moment où nos jeunes fuient le pays par milliers pour des rives plus clémentes.

Il peut résulter de l’ensemble de cette situation que le peuple revendicatif se sente bafoué de partout. Il en voudra alors à tout le monde. La colère risque d’être aveugle et dévastatrice. A peine si les plus justes seront sauvés. « Lavman jilèt » en perspective. « Labouyi a ap tounen » avait déjà annoncé Maurice Sixtot dans « Léa Kokoye ».

Marvel Dandinm  28 janvier 2018    http://www.radiokiskeya.com/spip.php?article10964

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