La grève des médecins au paroxysme de la nausée.

 

“Au moment où il reçoit son diplôme, le jeûne docteur revêt la robe virile d’une profession qui ne ressemble à aucune autre ou mieux encore celle d’un Ordre laïque voué aux sacrifices et à la bienfaisance” Amédée Dechambre.

 medical-symbol-free-vector-l   Dans son premier ouvrage, titré la Nausée, une œuvre qui constitue la figuration romanesque de l’existentialisme, le philosophe engagé, Jean Paul Sartre, a exprimé un dégoût de la vie à travers le personnage, son héros, Roquentin. Un roman de la contestation et de la dérision des actions de certaines valeurs d’une frange du corps sociétal de l’époque. Les médecins, eux aussi, n’ont pas échappé au satire et au rire de la société à cause de certaines de leurs actions,  jugées inutiles et ridicules. 

Dans la comédie de Jean-Baptiste de Poquelin, dit Molière, le malade imaginaire, les médecins étaient démasqués et caricaturés dans la société française pour leurs comportements risibles et saugrenus face aux malades . Ils subissaient des attaques sans retenue et un humour sans concession pour le plaisir des spectateurs qui s’amusaient de ses incompétences et de ses habitudes grotesques. Les médecins devraient parler le latin.

  Les docteurs en médecine n’avaient qu’un seul traitement pour toutes les maladies ” Clysterium donare, postea saignare, ensuita purgare”, utiliser le clystère, puis saigner et enfin purger. La société se riait du comique des reponses des médecins. Nous ne sommes plus au 17ème siècle, nous avons dépassé le temps de la saignée. La comédie de Molière essaie de combattre les vices par le rire, il soulève également plusieurs thèmes de controverse qui sont toujours d’actualité de nos jours. 

  Les médecins résidents sont entrain de provoquer par leurs attitudes intransigeantes et extrémistes le réflexe nauséeux de la société haïtienne. La nausée est un symptôme qui provoque une sensation de malaise et d’inconfort qui accompagne l’éventuelle approche des vomissements. Si la grève, à son début, attirait la sympathie des différents secteurs du pays, aujourd’hui, c’est la répugnance la plus totale à cause du côté démagogique et invraisemblable des demandes des médecins. 

Le secteur privé, par la voix du Dr Reginald Boulos, dénonce la grève et rappelle aux médecins que ” leur vocation est au-dessus des besoins matériels”. Il recommande la levée de la grève et la prise en charge des griefs du corps médical. 

 Le président de la commission de santé à la chambre des députés, le député Sinal Bertrand,qualifie ” d’intransigeants et d’irresponsables les médecins grévistes”, qui ont laissé la table de discussion au détriment des patients. Le parlementaire assure que le budget du prochain exercice fiscal tiendra en compte les demandes des médecins grévistes, qui a la vérité, sont sous-payés et maltraités par l’état haïtien. 

Un état totalement irresponsable qui ne s’est jamais intéressé au mieux-être de sa population. Le concept d’un bio-pouvoir, formulé par le philosophe Michel Foucault, n’a jamais été une priorité pour nos chefs, et la vie dans ses préoccupations. Ce pouvoir s’exerce en prenant compte de l’homo sapiens en tant qu’un être vivant, par leur milieu de vie et leur condition d’existence. 

 L’association des hôpitaux privés d’Haiti (AHPH), lance un appel pour ” un dénouement rapide et souligne à l’attention des grévistes qu’un hôpital est un havre humanitaire et une vitrine devant faire honneur à la médecine”. 

  Par ailleurs, des centaines de personnes ont déjà manifesté leur mécontentement et désaccord par un sit-in devant les locaux de l’hôpital de l’université d’Etat, sur la méthodologie de la lutte et l’attitude irrationnelle et comateuse du mouvement revendicatif. Les graffitis et les pancartes des manifestants sont interpellants et condescendants, “les médecins doivent penser aux pauvres et à ceux qui ne peuvent pas payer un centre hospitalier privé”.

 Le gouvernement par la voix du ministère de la santé publique a beau recherché une entente négociée avec les grévistes. Les officiels ont proposé une augmentation salariale allant de 50% jusqu’à 60% aux médecins, ce qu’ils n’ont pas accepté…

Cette inflexibilité et implacabilité des médecins poussent plus d’un à penser que la grève aurait des motivations politiques et déstabilisatrices contre le gouvernement provisoire du president Jocelerne Privert. Les mêmes problèmes ont toujours été présents alors que, les médecins n’ont jamais initié un mouvement aussi draconien et cinglant, comme ce dernier. Donc, je dirais un doute légitime…

  Cette grève est entrain de passer de la phase nauséeuse à celle du vomissement. Les confrères sont entrain d’être moqués par la société. Ne vous laissez pas tourner en dérision chèrs confrères, même si Molière, Languichatte et Maurice Sixto ne sont plus, mais j’assume et je présume que très bientôt, ce sera le tour de Tonton Bicha et de Jessifra de vous exposer à la face du monde. 

  Je vous invite, messieurs les médecins grévistes, à reconsidérer votre position jusqu’au-boutiste, la science médicale, c’est l’équilibre, la compensation et la pondération. Le père de la médecine nous conseille d’être des modérés, car ” l’excès en tout nuit”.

 Votre comportement serait plus stoïcien, populaire et humanitaire, si vous retournez à la table de dialogue. Le peuple, au lieu de vous rire et maudire, comme Argon, le héros du médecin imaginaire, vous applaudirait et vanterait de votre sagesse et votre sens utilitariste grandissant.

Messieurs, la profession à laquelle vous vous glorifiez et avec fierté d’appartenir, est celle peut-être qui demande le plus de sacrifices et d’aptitude spéciales d’intelligence, je voudrais dire les cicatrices positives d’une vocation médicale. Dans sa vision de la médecine, le Dr Lucien Nass, dans son œuvre, “pauvres docteurs, moeurs médicales”, nous dit que, c’est la vision infernale de l’hôpital qui conforte le médecin dans sa mission sacerdotale. On dénote dans la vocation du médecin, une forme d’ordination laïque.

L’état doit commencer aujourd’hui même à satisfaire les revendications des médecins, et la grève doit être levée dans l’immédiat, pour le bonheur et le bien-être des malades et de la société. 

Par cette attitude qui suppose un manque de compassion et de commisération, vous n’aurez jamais, un bene, Bene, du jugement divin et vous serez condamnés par le tribunal humain. 

Je ferais mieux de me taire, comme plusieurs…. Je vais finir par m’attirer des ennuis et me prendre une avalanche de haine de la part de mes collègues médecins. Mais cependant, je dois dire à haute voix que le silence est plus parlant que bien des révoltes. « Ceux qui se taisent, les seuls dont la parole compte » (Péguy).

Dr Jean Ford Figaro, MsC-HEM

Expert en gestion des urgences de santé publique.

Boston University!

jeanfordfigaro@gmail.com

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