L’ANMH et l’AJH condamnent les menaces de mort.

Gabriel Fortuné, Photo Nouvel Pam.

Gabriel Fortuné, Photo Nouvel Pam.

À la suite des déclarations faites par l’édile des Cayes, Jean Gabriel Fortuné, concernant le journaliste Jean Nazaire Jeanty, correspondant de Radio Télévision Caraïbes (RTVC), l’Association nationale des médias haïtiens (ANMH) et l’Association des journalistes haïtiens (AJH) ont, toutes deux, dénoncé énergiquement, dans une note de presse, les menaces de mort proférées à l’encontre dudit journaliste.

L’ANMH, dans sa note de presse rendue publique ce mardi 8 août, signée de Frantz Duval, président de cette structure, a exprimé sa « stupéfaction ». Elle estime que « rien ne peut ni expliquer ni justifier les menaces de mort du maire à l’encontre du journaliste, qui ne fait que son travail ». Une façon de fustiger le maire qui a affirmé que le journaliste « mérite la mort » pour son reportage où il dépeint l’état d’insalubrité de la plage de Gelée.

Pour sa part, l’AJH  « condamne avec force les menaces de mort du maire principal de la ville des Cayes, Jean Gabriel Fortuné », dans une note signée de son secrétaire général, Jacques Desrosier.

L’ANMH a fait part aussi de ses inquiétudes vis-à-vis du « silence des autorités judiciaires devant  le comportement inqualifiable du premier citoyen de la ville des Cayes ». Il est à rappeler qu’une plainte a été déposée, le lundi 7 août 2017, au parquet près le tribunal civil de la ville des Cayes contre le maire principal par le journaliste. « J’ai déjà déposé une plainte au parquet des Cayes pour les menaces », avait annoncé auparavant le journaliste Jean Nazaire Jeanty.

Par ailleurs, l’association a fait un pic de rappel aux personnes concernées que « la démocratie que nous construisons patiemment depuis la fin de la dictature ne peut en aucune manière ériger des services secrets ou autres officines comme bras criminels des autorités pour rétablir la paix des cimetières sur le pays en faisant disparaître journalistes ou simples citoyens dont les idées, pensées ou déclarations déplairaient aux puissants du jour ».

Même son de cloche dans le camp de l’AJH. « Bon nombre de familles haïtiennes pleurent encore la disparition des leurs, enlevés par les escadrons de la mort et les soi-disant services secrets, pour ne plus revenir à leur maison. Ces menaces viennent saigner à nouveau les plaies laissées par cette époque, difficiles à cicatriser », poursuit la note parue en date du 8 août.

« À travers  ces menaces, le maire Jean Gabriel Fortuné exprime une certaine nostalgie d’une époque que nous croyons révolue et assez triste de l’histoire récente d’Haïti où les pouvoirs, par l’entremise des services secrets, décidaient de la vie ou de la mort des citoyens », a prévenu, pour sa part, Jacques Desrosiers, signataire de la note de l’AJH.

Tout en apportant « son total appui moral et sa solidarité à Jean Nazaire Jeanty, à tous les journalistes des Cayes et à la RTVC », l’ANMH a tenu à renouveler « à tous ses membres, à tous les médias exerçant dans le pays et à tous les journalistes l’assurance de son support dans leur travail d’information et de construction d’une société haïtienne démocratique où tous jouissent des acquis de l’État de droit ».

Que dit le code pénal en la matière ?

Les menaces sont traitées par les articles 250 à 253 du code pénal haïtien. Les peines applicables en la matière varient des situations dans lesquelles se sont proférées les menaces. Ainsi, une peine  de «travaux forcés à temps » pourrait être prononcée dans le cas où quelqu’un aurait « menacé, par écrit anonyme ou signé, d’assassinat, d’empoisonnement, ou de tout autre attentat contre les personnes, qui serait punissable de la peine des travaux forcés à perpétuité » et que « la menace aurait été faite avec ordre de déposer une somme d’argent dans un lieu indiqué, ou de remplir toute autre condition ».

Cependant, dans le cas où « cette menace n’a été accompagnée d’aucun ordre ou condition, la peine sera d’un emprisonnement d’un an au moins, et de trois ans au plus » et « si la menace faite avec ordre ou sous condition, a été verbale, le coupable sera puni d’un emprisonnement de trois mois à un an ». De surcroît, dans ces cas « le coupable pourra de plus être mis, par le jugement, sous la surveillance spéciale de la haute police de l’État, pour trois ans au moins et neuf ans au plus ».

Jhuan Vladmir Hans Mombrun, Le Nouvelliste Haiti

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