L’armée est là ! Laquelle ? On ne sait pas encore.

Frantz Duval, Editorialiste

Frantz Duval, Editorialiste

Les inscriptions pour le recrutement d’une promotion de soldats ont débuté ce lundi, à Gressier. C’est le ministère de la Défense qui a la mission de monter une armée, une force, une bande… on ne sait pas trop.

Si tous ceux qui sont pour la résurrection d’une force armée font référence à la Constitution, aucun responsable ne parle de reformation des Forces Armées d’Haïti. Les FADH, démobilisées entre 1994 et 1996, demeurent à ce jour la seule institution légale avec la Police nationale d’Haïti chargée de défendre, protéger et servir.

Le problème est que les Forces Armées d’Haïti ont laissé la scène politique les mains tachées de sang et l’honneur en lambeaux. De la succession de Jean- Claude Duvalier le 7 février 1986, au retour de Jean-Bertrand Aristide le 15 octobre 1994, les militaires s’étaient fourvoyés et ont échoué à faire la transition de l’armée macoute des Duvalier à l’armée démocratique qu’elle devait devenir.

Dans une interview accordée à Amélie Baron de Radio France Internationale ce lundi, le ministre de la Défense, Hervé Denis, n’a pas caché sa confusion… « D’ailleurs, quand cette institution a commis des exactions, on vivait une dictature », a expliqué le ministre, qui semble oublier que la fin des FADH s’est déroulée sous la présidence démocratique d’un président élu, après des coups d’État contre Leslie Manigat puis contre Jean-Bertrand Aristide et des coups de force entre des militaires-présidents.

Plus loin, le ministre ajoute: « Et c’est pour cette raison que la nouvelle institution que nous présentons… Vous voyez que c’est à dessein que j’utilise très peu le mot « armée »… C’est parce que je voulais que les gens comprennent que c’est une institution d’un nouveau genre que nous voulons créer. Que ce soit une institution qui accompagne le pays dans sa quête vers le développement. »

Le ministre parle d’institution d’un nouveau genre.  Quel genre ?  On le saura plus tard.

Pour le moment, si la nouvelle force recrute des soldats, il n’y a encore ni académie pour former les officiers, ni état-major pour prendre le commandement effectif, ni règlement, ni doctrine.

Bien entendu, on peut reconstruire une nouvelle force sur les ruines des FADH. Reprendre l’histoire avec l’Armée d’Haïti d’avant Duvalier. Relancer la Garde d’Haïti que les Américains avaient laissée après l’occupation. Remembrer une force à l’image de l’Armée des baïonnettes comme au XIXe siècle. On peut même ressusciter l’Armée indigène. Le problème, les aventures de notre armée, sous l’une ou l’autre de ces appellations, se sont toutes mal terminées pour la population comme pour les militaires.

Il faut donc une vraie nouvelle institution. Faire attention à ne pas lancer une concurrence Armée/Police dans le pays. Éviter de créer un simple corps armé partisan. Ne pas survendre cette affaire de force dédiée au développement.

Une armée est composée d’hommes animés par un esprit de corps. Elle a besoin de buts, de commandement, de moyens. Et avant tout, un corps armé a besoin d’ennemis. De position à défendre. D’objectifs à conquérir.

Dans le budget 2017-2018, le ministère de la Défense disposera de 514 millions de gourdes, si la loi de finances est votée telle que déposée au Parlement. En 2016-2017, son allocation était de 430 millions de gourdes. Quelle armée, quelle force, vers quelle aventure allons-nous avec 84 millions de gourdes?

Le Nouvelliste, Haiti

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