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Le chaos c’est maintenant.

Antoine Lyonel Trouillot, Photo Courtoisie RFI, Article du Nouvelliste.

Fou qui, dans cette conjoncture, peut prétendre à lui seul dire ce qu’il faut faire. Ce n’est pas pour minimiser les propositions faites par des citoyens inquiets et des organisations ou regroupements dont il faudra sans doute tirer quelque chose. Mais pas moins fou celui qui n’ose pas voir ou dire ce qu’il ne faut et qu’on ne peut pas faire.

Le marasme que nous vivons aujourd’hui est la résultante du temps long de l’histoire d’une formation sociale qui s’est construite sur un trop-plein d’inégalités incapable d’engendrer une construction républicaine. Et du temps court des années de l’après-Duvalier marqué par une parodie démocratique imposée par la « communauté internationale », surtout sur les dix dernières années. Tandis qu’en surface se développaient de fausses pratiques démocratiques : élections, pouvoir législatif, s’accentuaient en profondeur les écarts sociaux et s’institutionnalisaient la corruption et la prédation. Face à cela, la misère, des conditions de vie abominables, la perte de confiance totale de la population dans les institutions et un mécontentement suffisamment méprisé et réprimé pour tourner à la rage. Concéder. Ou (tenter de) réprimer. C’est le seul choix offert aux classes dominantes et au pouvoir politique aujourd’hui.

Dès lors, ce qu’on ne peut pas faire. Refuser d’admettre qu’il y a ici un système à bout et que toute tentative de le maintenir en l’état ne sera qu’un sursis qui augmentera la rage et aiguisera les antagonismes.

Ce qu’on ne peut pas faire. Transformer la peur d’un plus de chaos en système d’argumentation pour prolonger une mascarade qui n’est plus que chaos et qui ne peut se reproduire que dans le chaos. Ce n’est pas le chaos quand un gouvernement ne peut plus diriger ni convaincre ? Ce n’est pas le chaos quand n’importe qui tire sur n’importe qui ? Ce n’est pas le chaos quand les structures sociales et l’organisation politique de la société ne produisent plus que de la haine et de l’insatisfaction et que les conflits sociaux entrent dans les univers domestiques, les relations de personne à personne, les villes, les quartiers sous forme de violence ? A ceux qui parlent de chaos, l’urgence est d’en sortir.

Ce qu’on ne peut pas faire. Au nom de son petit confort, cautionner par le silence les pratiques de répression qui tournent aux crimes de masse dans les quartiers populaires.

Fou aussi, ou malhonnête envers le peuple haïtien, et peut-être envers le président lui-même, qui l’encouragerait dans ses fanfaronnades et toute escalade répressive au nom d’une légitimité que seules des ambassades semblent aujourd’hui tenir pour vérité.

Pour sortir du chaos, ce qu’on ne peut pas faire : l’autruche, en n’exigeant pas des acteurs politiques des propositions qui répondent de manière concrète et dans l’immédiat aux exigences de la population concernant la sanction de la corruption et l’amélioration des conditions d’existence du plus grand nombre. Sans doute le prix que paiera tel ou tel acteur sera proportionnel à sa capacité de comprendre cela.

Le Nouvelliste, Haiti (  https://lenouvelliste.com/public/index.php/article/195405/le-chaos-cest-maintenant)

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