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Le contentieux entre les Haïtiens de l’intérieur et les Haïtiens de la diaspora

Par Kerlens Tilus, Editorialiste et Ecrivain.

J’ai beaucoup écrit sur la thématique “diaspora haïtienne”, et je réfléchis beaucoup sur le rôle de la diaspora en général dans la viabilité des pays en voie de développement. Il y a un contentieux entre les Hatiens de l’intérieur et ceux de la diaspora. Nous n’avons pas besoin d’aller plus loin, prenons la République Dominicaine en exemple. Leonel Fernandez a vécu à New York et je crois bien qu’il est citoyen américain, mais il a été président de la République Dominicaine. L’Etat dominicain permet aux ressortissants de la diaspora de voter et ces derniers ont même leurs représentants au parlement. Un nombre important de Dominicains ayant la double nationalité occupent des postes assez importants dans ce pays. Il y a un exercice qui est très dangereux que l’on fait en Haïti et il faut le stopper. Il s’agit d’un groupe de journalistes “machann mikwo” qui mènent une campagne systématique contre la diaspora avec l’alibi que la diaspora n’investit pas en Haïti. Ils invitent des tonneaux vides à leur micro pour supporter leur position. La diaspora haïtienne envoie plus de deux milliards de dollars en Haïti chaque année, ce qui dépasse le budget annuel du pays. Les ennemis de la diaspora disent que cet argent va à la consommation tout simplement. Ce que ces derniers ne disent pas est que l’argent de la diaspora est investi dans l’éducation, dans le système de santé en créant des cliniques surtout dans les villes de provinces. Il y a des coopératives en Haïti qui sont financées par des associations régionales de la diaspora. Je connais plusieurs éléments de la diaspora qui sont retournés en Haiti pour établir de petites et moyennes entreprises.

Les détracteurs de la diaspora disent que nous envoyons de l’argent à nos proches en Haïti et que nous n’investissons pas, ce qui est faux. Mais je vais plus loin. Est-ce qu’on a oublié ce qui est arrivé à Franck Ciné, ancien PDG de la Socabank et de la Haitel? C’est un ancien cadre de la Banque Centrale qui travaillait avec Franck Ciné que la mafia économique en Haïti a payé pour le saboter. L’Etat haïtien a contribué à ruiner Franck Ciné au profit de la mafia économique. Ce que la justice a reproché à Franck Ciné ne tient pas debout. La mafia économique a même utilisé le parlement pour arriver à bout de Franck Ciné. Ils ont cherché toutes sortes de subterfuge pour montrer que Franck Cine était coupable. L’Administration de René Préval et celle de Martelly ont mis Franck Cine à genoux. Prenons encore le cas de Dumas Siméus, multimillionaire qui a eu une brillante carrière aux Etats-Unis d’Amérique. On l’a coincé l’empêchant d’investir dans certains secteurs. Je demande aux détracteurs de la diaspora s’il y a un cadre attractif permettant aux éléments de la diaspora de rentrer en Haïti pour investir. Regarder ce que l’Etat a fait du Ministère des Haïtiens Vivant à l’Etranger. C’est une véritable poubelle. Alors que tous les pays émergents créent des conditions pour permettre à leurs compatriotes de la diaspora de retourner pour mettre leurs compétences au service du pays. Et plusieurs pays ont créé des opportunités dans les pays d’accueil pour leurs ressortissants. En ce sens qu’ils investissent dans la mise en place des entreprises à travers leurs nationaux.

Nous savons que la diaspora n’est pas organisée. Et plusieurs raisons l’expliquent. Le Département d’Etat Américain est l’une des entités qui travaillent pour affaiblir la diaspora haïtienne. L’ancien Colonel Joseph Baptiste indexé dans une affaire de corruption et de trafic d’influence aux Etats-Unis d’Amérique peut en dire long. Les éléments de la diaspora haïtienne n’ont pas tous la vie facile. La majorité des Haïtiens de la diaspora ne sont pas des professionnels. Ce sont des gens qui travaillent très durs, et malgré tout, ils aident leurs proches en Haïti tant bien que mal. Si l’on se réfère aux statistiques, cette catégorie envoie beaucoup plus d’argent que les professionnels en Haïti. Les Haïtiens de la diaspora savent qu’il n’y a que des voleurs au pouvoir en Haïti, alors comment vont-ils fier ces dirigeants pour investir leur argent acquis à la sueur de leur front? Le président de la République n’inspire pas confiance, les parlementaires sont mal vus même par les Haïtiens de l’Intérieur. Il y a un autre aspect qu’il ne faut pas négliger. Les pays qui bénéficient de leur diaspora établissent une diplomatie d’affaire qui est assez efficace. Que font les ambassadeurs et les diplomates haïtiens à l’étranger pour convaincre les Haïtiens en dehors du pays de contribuer au relèvement d’Haïti? Rien. Ce n’est pas à la diaspora de venir avec un plan de développement. C’est à travers une synergie entre l’Etat haïtien, les acteurs économiques et politiques en Haïti et la diaspora qui doit mettre en place un plan de développement et de travailler pour le matérialiser.

Je parle souvent du GRAHN dans mes prises de parole. Les ténors du GRAHN, plus précisément le président, l’ingénieur et savant Samuel Pierre et professeur Ludovic Comeau seront en Haïti où ils présenteront la vision, les réalisations et les projets de GRAHN en Haïti. Nous encourageons les professionnels haïtiens, et les jeunes en particulier à participer à cette rencontre qui sera organisée au Ciné Triomphe aux Champs de Mars, le Mercredi 23 Janvier de 10h30 à 14 heures (2hpm). Vous pouvez vous inscrire en utilisant le lien plus bas.

Le travail que le GRAHN est en train de réaliser c’est de permettre la synergie dont nous avons parlé plus haut de prendre chair au sein de notre société. Le GRAHN est constitué de professionnels haïtiens qui sont un peu partout à travers le monde. «Le GRAHN est une organisation mondiale de vigie citoyenne, laïque et apolitique, privilégiant une approche participative pour articuler un cadre de reconstruction d’Haïti qui va au-delà de la simple réfection des infrastructures physiques. Il préconise une réflexion permanente débouchant sur des actions structurantes et coordonnées en vue de la construction d’une Haïti nouvelle fondée sur le droit, le partage, la solidarité, l’éducation, « le respect de l’environnement et le culte du bien commun. »

La haine de la diaspora est palpable. Il y a certains éléments de la diaspora qui collaborent depuis toujours avec les corrompus au pouvoir en Haïti. Mais, on ne peut pas mettre en cause toute la diaspora. C’est dans le sens du boycott de la diaspora qu’Hillary Clinton et les officiels du Département d’Etat Américain ont placé au pouvoir Michel Martelly qui est un citoyen américain et Laurent Lamothe qui est également un citoyen américain selon les dires d’Emmanuel Roy qui était l’avocat de Michel Martelly. La diaspora haïtienne ne se résume pas à des éléments qui rentrent en Haïti pour profiter de la précarité des gens et les abuser. Il y a des gens sérieux au sein de la diaspora et des professionnels qualifiés, honnêtes et responsables qui sont prêts à servir et aider le pays. Mais, il n’y a pas un cadre pour les accueillir. La diaspora est considérée comme une vache à lait, mais nos frères et sœurs en Haïti ne sont pas reconnaissantes. Comment la diaspora peut contribuer au développement d’Haïti si elle n’est pas intégrée. Parlant d’intégration de la diaspora, je veux dire que les éléments de la diaspora doivent pouvoir jouir de leurs droits civils et politiques. L’Etat haïtien nous considère comme des apatrides. Voilà pourquoi on commence à boycotter les trente propositions soumises par la Commission Tardieu. Quand il y aura des hommes et des femmes sérieux, honnêtes et capables au timon des affaires en Haïti qui ne sont pas au service de la classe dominante et des ambassades étrangères, la diaspora tout bonnement fera ce qu’elle doit faire. Il n’y pas une relation de confiance entre l’Etat haïtien et la diaspora. Tout moun bezwen domi sou dyaspora a.

Je l’ai toujours dit et je le redis: il n’y a pas de salut pour Haïti sans la diaspora. Il n’y aura pas de développement en Haïti sans notre apport. Nous sommes tous Haïtiens et nous ne formons qu’un peuple. Si nous avons laissé le pays, c’est parce que l’Etat ne nous a pas offert des opportunités et a créé des conditions pour nous exiler. Alors, il nous a poussés à partir pour d’autres cieux. C’est ce même Etat qui refuse l’accès au pays à la diaspora. Je me garde de parler du rôle des anciens professionnels de la diaspora qui résident en Haïti dans le boycott des éléments de la diaspora. Nous sommes le Coeur et le Poumon d’Haïti. Je vous garantis, si tous les éléments de la diaspora disent qu’ils ne feront aucun transfert d’argent sur Haïti pendant trois mois, le système “peze souse” s’effondra. C’est ce message que j’essaie de véhiculer au sein de la diaspora. Ann fè operasyon sere boulon. La diaspora est l’une des forces capables de provoquer un changement positif en Haïti. Quand cette diaspora somnolente, se réveillera, les corrompus et les irresponsables en Haïti mettront les voiles. Je sais que j’ai beaucoup d’ennemis en Haïti à cause de mes positions. Mais, je ne suis pas inquiété. Je suis profondément touché par l’état des choses en Haïti. Je reste et demeure Haïtien dans l’âme. J’ai fait des études aux Etats Unis d’Amérique et au Canada, j’ai vécu et travaillé dans ces deux pays, mais je ne me suis jamais intégré pleinement. J’embrasse les valeurs positives de ces pays et j’ai joui des opportunités qu’ils m’ont offertes. Personne ne peut me dire que je ne suis pas Haïtien parce que je détiens un passeport américain. Je ne vais pas entrer dans des réflexions futiles pour dire que je suis plus haïtien que ceux qui vivent en Haïti, mais je porte ce pays dans mon Cœur et dans mon Ame, et je le prouve chaque jour.

Somme toute, nous devons vider le contentieux entre les Haïtiens de l’intérieur et ceux de la diaspora. Cette division nous empêche d’embrasser une vision commune et de mettre en place un projet commun. Les ennemis de la diaspora sont identifiés. Ce sont les pays d’accueil qui profitent de nos compétences et de la main d’œuvre, l’élite économique répugnante, les affairistes de la classe politique, les bons à rien en Haïti et au sein de la diaspora, et en dernier lieu les médiocres et les corrompus qui sont jaloux et aigris. Si nous avons fait le choix de partir, c’est parceque l’Etat haïtien a créé les conditions pour nous chasser ou nous orienter ailleurs. Même étant à l’extérieur, nous avons à Cœur le bien-être du pays. Nous ne jouons pas le jeu des agents de la division. Nous nous souscrivons à la relation donnant-donnant. Jusqu’à date, c’est la diaspora qui donne. Maintenant, nous devons recevoir ce que nous méritons de l’Etat: la reconnaissance de nos droits civils et politiques sans aucune forme de procès. Mon combat est connu. Je plaide pour le recouvrement de la liberté et de la souveraineté d’Haïti et son développement, et aussi pour l’intégration de la diaspora haïtienne. Pour rendre possible l’épopée de 1804, les pères fondateurs avaient fait des concessions et ont fait l’unité dans la diversité. La majorité des Haïtiens ne savent pas s’il y avait des blancs à signer l’acte de l’indépendance en dehors des généraux noirs et mulâtres. Chimen divizyon se chimen mizè ak dezespwa. Haïtiens de l’intérieur et ceux de la diaspora, joignons nos forces et nos flambeaux en faisceaux pour projeter une lueur nouvelle sur l’écran d’Haïti.

Texte de Kerlens Tilus.,  Invitation:

Pour information, veuillez contacter: contact@grahn-monde.org

http://www.grahn-monde.org/index.php/activites/vers-une-haiti-nouvelle-les-semences-de-l-espoir?fbclid=IwAR3q3qNZyiCUqrF-ZXKbGZWw3WGDyTWJVfLgcAqb5aoBQkw8NM2vfUsJ3Ns

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