Le contexte n’est pas favorable à la mise en place d’une nouvelle armée, estime le mouvement social

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Plusieurs organisations sociales et de droits humains ont manifesté leurs inquiétudes par rapport au lancement des opérations de mise en place d’une nouvelle armée « dans un contexte social plutôt précaire ».

Étant donné les nombreux problèmes auxquels fait face Haïti, la création d’une nouvelle armée ne devrait pas être prioritaire, pense le coordonnateur exécutif de Tèt kole ti peyizan ayisyen (Union des petits paysans haïtiens), Rosnel Jean-Baptiste.

Pour lui, « Le mot armée reflète une mauvaise image aux yeux des paysans et la population », qui gardent un mauvais souvenir des anciennes Forces armées d’Haiti (Fad’H), dissoute en 1995, après un parcours semé de coups d’État et d’exactions diverses.

Les fonds envisagés pour la création de la nouvelle armée devraient être utilisés pour rendre plus professionnelle la Police nationale d’Haïti (Pnh), encourage-t-il.

Le Ministère de la défense a lancé le recrutement d’une classe de soldats pendant la période du 17 au 21 juillet 2017.

Avec un maigre budget d’environ 535 millions de gourdes pour l’exercice 2017-2018, il ambitionne de « reconquérir notre souveraineté nationale » à travers l’exécution de ce projet.

« Cette nouvelle force armée n’a même pas un état-major puisqu’elle a été dissoute », souligne la militante féministe Danièle Magloire, dirigeante de l’organisation Kay Fanm (La Maison des femmes).

Elle a exprimé un ensemble de préoccupations concernant la finalité de cette armée, sa formation et son effectif, entre autres.

En plein 21e siècle, l’armée ne peut plus se faire de la même manière qu’autrefois. Jusqu’à maintenant, l’État haïtien ne peut même pas donner à la Pnh les moyens nécessaires à un fonctionnement normal, fait-elle remarquer.

Il n’y a pas eu assez de consultations avec la population à propos du rétablissement de l’armée, regrette le coordonnateur du Collectif Défenseurs plus, Antonal Mortimé.

Toutefois, il reconnait que l’armée c’est une institution constitutionnelle au même titre que les autres.

Il souhaite qu’il y ait un dialogue avec tous les secteurs de la vie nationale ayant des opinions contraires ou similaires sur la question.

La mise en place d’une nouvelle force militaire devrait susciter des inquiétudes chez tous les citoyennes et citoyens en Haïti, affirme, de son côté, le coordonnateur général de l’Union nationale des normaliens et éducateurs d’Haïti (Unnoeh), Georges Wilbert Franck.

Les opérations se font de manière unilatérale, en dehors de tout débat, critique-t-il, craignant que cette armée ne devienne une milice au service des intérêts particuliers au détriment de ceux de la collectivité.

Le coordonnateur général de la Coordination nationale des ouvriers haïtiens (Cnoha), Dominique St Eloi, estime que c’est une bonne initiative puisqu’un pays ne peut avoir d’autonomie sans une armée.

Toutefois, il dit craindre que cette armée ne reproduise pas les mêmes erreurs du passé en fomentant des coups d’état.

Il plaide en faveur d’une armée professionnelle, disposant d’un corps de génie militaire et capable de contrôler les frontières aériennes, souterraines et maritimes d’Haïti.

Alter Presse, Haiti/USA

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