Le groupe Disip face à de grands obstacles sur la scène HMI « Haitian Music Industry »

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La vie est faite d’obstacles. Il faut savoir comment les contourner avec efficacité. Les épreuves de la vie sont imprévisibles, mais elles nous aident à évoluer. On doit se rappeler que tout problème traîne toujours derrière lui une solution cachée ou masquée. Le groupe Disip fait actuellement face aux grands obstacles qui se dressent sur son chemin. Malgré la bonne qualité de son dernier disque « Klere Yo », on remarque qu’il n’est pas trop en demande, comparativement à ses compétiteurs immédiats. Certains faits permettront d’expliquer les raisons qui pourraient créer une telle situation.

La réémergence de Disip et la dénaturation de l’univers musical

Tout le monde sait que Disip vient de loin. Il est un réincarné « born again », grâce à son nouvel album. Disip est sauvé des eaux troubles. Gassman Pierre (Gazzman Couleur) et ses disciples doivent maintenant essayer de comprendre les raisons liées aux décisions prises par certains promoteurs qui jurent de n’offrir aucun contrat au groupe Disip. Certains proches de cette formation musicale prétendent qu’il s’agit d’un complot collectif manigancé contre elle. Si cela se révèle vrai, konplo pi fò pase wanga. D’autres, au contraire, croient que Disip paie le prix des fanfaronades (dyòlè) et des plaisanteries de mauvais goût que Gazzman lance toujours dans l’air. Pourtant, ils oublient que le chanteur est un taquin-né. Certains groupes refusent catégoriquement de ne plus jouer en tandem avec Disip.

Les déclarations de Gazzman Couleur le condamnent souvent. Il s’attribue le titre de leader, ce qui ne plaît pas à ses compétiteurs. Sa situation s’est aggravée puisqu’on l’a proclamé champion le soir du face-à-face Nu Look / Disip à New York, après qu’il eut reçu une ceinture de champion d’un individu ne détenant aucune autorité légale. N’est-ce pas là un cas d’usurpation de titre de celui de qui il l’a reçue? D’ailleurs, il ne peut être question de « championship belt » en musique. On aurait compris qu’une plaque lui aurait été décernée, mais pas une ceinture de champion. La « scène » HMI se transforme en un véritable ring de boxe ou de lutte professionnelle aujourd’hui.

Cela n’étonne personne puisque des fois on remarque des photos de gants de boxe sur des cartes promotionnelles annonçant des soirées « double affiche », organisées peut-être sous le haut patronage de la WHMIBA (World Haitian Music Industry Boxing Association). Ka nou grav ! Une source proche de Disip confirme que Gazzman voyage toujours avec la ceinture et l’exhibe aux yeux de tout le monde. On pourrait comprendre un tel comportement en période d’Halloween où tout déguisement est permis. L’artiste s’est peut-être dit : si son compère se promène avec un diadème doré et une toge rouge, se déclarant King, il le croit normal aussi de circuler avec une ceinture de champion.

Gazzman Couleur court le risque de se faire questionner par un agent fédéral des États-Unis au sujet de la ceinture. Cela pourra lui causer des difficultés avec les autorités fiscales américaines (IRS), qui peuvent lui demander de déclarer la valeur du cachet qu’il reçut en qualité de champion et le nom légal de l’organisation qui lui a décerné un tel titre. On doit être très prudent aujourd’hui, surtout avec la nouvelle administration au pouvoir au pays de l’Oncle Sam.

Le principe d’indépendance et la réalité du moment

On note plusieurs écarts de jugement du décideur, chanteur / fondateur de Disip. Est-ce une raison suffisante pour que la majorité des promoteurs punisse l’ensemble aussi sévèrement ? Il faut encourager l’effort et les sacrifices que ce groupe a faits pour remonter la pente raide. On est unanime à reconnaître que le nouveau disque de Disip lui a valu une meilleure position sur l’échiquier musical. Cela ne signifie pas que cette formation musicale ait bousculé le groupe qu’on dit être dominant de la « scène » HMI.

Les fans et les proches de Disip se plaignent du fait que les promoteurs n’engagent pas souvent leur orchestre pour qu’il partage la scène avec d’autres groupes. Ce n’est pas vraiment nécessaire. Légalement, ce sont les artistes qui doivent engager les promoteurs et non le contraire. Les soirées « double affiche » ne peuvent pas résoudre le problème d’un groupe musical, ni non plus celui du konpa dirèk. Au contraire, elles exigent trop des promoteurs en termes de dépenses et de la mise en place de logistique adéquate. Les groupes musicaux réclament toujours un cachet exorbitant des promoteurs dès qu’il s’agit de double affiche. Ce qui provoque une hausse et rend l’admission aux soirées dansantes inabordable aux petites bourses.

Le nombre de participants aux bals a considérablement chuté partout. Cela affecte tous les groupes musicaux sans exception. Ce fait prouve qu’on est en pleine période de vache maigre. Ils ne pensent qu’aux bals. Le mot concert ou spectacle est rayé du vocabulaire des groupes à tendance konpa dirèk. Aujourd’hui, les enfants représentent les plus grands consommateurs de musique à travers le monde. Les musiciens « konpa » ne créent aucune attraction pour eux puisqu’ils ne peuvent pas participer aux soirées. Ces jeunes sont obligés d’adopter d’autres cultures qui leur offrent la possibilité d’apprécier plutôt des talents étrangers. Ainsi, ils boudent la culture de leurs parents. Phénomène naturel !

Les musiciens sont en grande partie responsables de la dégringolade graduelle du konpa dirèk. Ils semblent nier l’existence du marché international. Ils manquent de discipline. Ils commencent les soirées dansantes très en retard et les chanteurs radotent trop au micro. Vraiment, ils racontent des balivernes pour tuer le temps. Ajouté à tout cela, ils offrent toujours le même répertoire au public à chaque soirée. Tout devient fade, lassant et répugnant après un certain temps. Ce qui décourage la clientèle habituelle. Tous les groupes musicaux haïtiens s’adonnent à cette vieille pratique, men m ti bagay la. Voilà en gros les causes qui expliquent qu’on enregistre aussi souvent des soirées « vacuum » en salle vide.

La nécessité d’un changement pour le bien-être collectif

Disip doit essayer de surmonter les obstacles en appliquant les principes fondamentaux de gestion du business de la musique pour mieux défendre ses intérêts et garantir le bien-être collectif. Les responsables de Disip semblent se reposer sur leurs lauriers, pensant que le nouvel album « Klere Yo » pourra leur garantir un long succès sans une bonne promotion et un marketing prometteur.

Actuellement, Disip est confronté à un grave problème d’ingénieur du son. Ce qui explique la pauvre qualité sonore de ce groupe en live aujourd’hui. L’administrateur doit s’assurer que l’ingénieur du son qu’il engage, quand Disip est en déplacement, reçoit son salaire à temps et au complet, pour éviter tout boycottage. Faute de la présence d’un ingénieur de son permanent, la dernière soirée de Disip à New Jersey avait commencé après 1 h 25 a. m.

Disip doit rebattre les cartes. Ses dirigeants se trouvent aujourd’hui dans l’obligation de trouver d’autres stratégies pour que leur formation musicale demeure compétitive et soit beaucoup plus en demande. Le manque de marketing et de promotion de son dernier CD pourra affecter son évolution, si les mesures nécessaires ne sont pas prises maintenant. Sans une promotion agressive et un marketing bien conçu, les chansons populaires « Heartbreak and misery » et « San Manti » ne pourront pas tenir Disip au-delà d’un an. Elles seront épuisées de fatigue. On n’est plus au temps des disques 45 tours.

Auteur(e) Jean-Robert Noel

Source : http://www.radiotelevisioncaraibes.com/nouvelles/culture/le-groupe-disip-face-_-de-grands-obstacles-sur-la-sc_ne-hmi-hait.html

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