Le règne des petits chefs

Gary Victor, Editorialiste.

Gary Victor, Editorialiste.

On part du principe qu’on est dans un système démocratique, l’unique solution est de s’organiser pour remporter des élections afin qu’une autre équipe d’hommes ayant une autre vision plus en accord avec les besoins réels de la nation arrive au pouvoir.

Les manifestations violentes, avec intimidation, casse, n’ont jamais abouti à rien sinon à paver la voie vers le pouvoir à d’autres hommes n’ayant en fin de compte que les mêmes objectifs que leurs prédécesseurs, tout ceci dans un absurde jeu de chaises musicales dont la nation en fait les frais. Car ces manifestations sont souvent manipulées par d’autres secteurs tous aussi anti nationaux, mais qui sont parfois en conflit toujours pour des questions de profits et donc d’argent.

Ce qu’on reproche au Budget ne reflète que le point de vue d’un secteur ayant sa propre manière de concevoir la gestion de la chose publique. Pour ce secteur, des jeeps de luxe qui coutent à l’État à l’unité plus de 60.000 dollars américains sont plus importantes que d’utiliser ces mêmes sommes pour des écoles nationales publiques qui fonctionnent dans des conditions désastreuses.

Un sénateur n’avait-il pas déclaré, de manière menaçante, que si on voulait avoir de l’argent pour l’éducation, il faut gagner les élections ? C’est une manière de parodier le fasciste qui avait lancé « Dès que j’entends parler de culture, je sors mon révolver. » Pour comprendre la nature de cet État et les motivations de ceux qui nous dirigent, on n’a qu’à voir comment sont traités le ministère de la Culture, nos institutions culturelles, et la totale indifférence de nos présidents de la République pour la crise qui secoue l’université alors que garants de la bonne marche des institutions ils auraient dû intervenir et ne pas laisser ce manteau d’obscurité se poser sur une partie de l’UEH.

Et c’est vrai que ce même fasciste utilisera toutes les armes possibles lors des élections. Car étant un passage obligé, il devra les gagner pour qu’il puisse continuer à ponctionner nos ressources dans le sens des intérêts d’un groupe. Mais, il n’y a pas d’autre choix que de s’investir dans une organisation sérieuse dans le but de construire un autre pouvoir avec une autre vision. Car ces armes à la disposition de ce fasciste ne serviront pas à grand-chose si les citoyens sortent de leur torpeur, foulent leur peur au pied et décident de devenir les vrais acteurs de la démocratie comme cela se droit.

On n’obtiendra rien dans le chaos de manifestations violentes qui en fin de compte ne peuvent forcer qu’à des reculades de coquins et déboucher sur d’autres déplorables aventures. Le pouvoir actuel, rappelons-le, est né de telles manifestations, d’un saccage général de la ville des Cayes avec la menace de porter le même chaos à la capitale. Les autres, avant lui, n’étaient pas trop différents.

Alors, il faut casser le cercle. Le budget d’un État est le fruit d’une vision. D’une manière de voir et de comprendre la société. On doit donc construire un autre espace politique avec des hommes capables de faire le sacrifice de se dédier au relèvement de la nation. Pour cela, il sera nécessaire de mettre fin à tous les privilèges pour trouver les ressources devant servir à s’attaquer à nos vrais problèmes. L’éducation. L’environnement. Relancer l’économie pour commencer à diminuer le chômage. La santé.

Il faut finalement que tous les citoyens, ventres vides ou pas, comprennent l’importance du vote, car il est urgent de mettre fin démocratiquement aux règnes de ces petits chefs qui ont mis la patrie dans ce bourbier où elle est.

GARY VICTOR, Le National Haiti

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