L’état d’urgence neuf mois après l’urgence.

 

Robenson Geffrard, Le Nouvelliste, Editorialiste

Robenson Geffrard, Le Nouvelliste, Editorialiste

Neuf mois après le passage de l’ouragan Matthew qui avait frappé, notamment, le grand Sud du pays, l’administration Moïse-Lafontant a décrété l’état d’urgence sur le grand Sud, le Nord-Ouest et l’état d’urgence environnementale sur tout le pays. Ce qui, selon ce qu’a fait savoir au Nouvelliste Rénald Lubérice secrétaire général du Conseil des ministres, permettra au gouvernement de faire des interventions rapides dans ces zones pendant la saison cyclonique.

L’état d’urgence neuf mois après Matthew. On ne s’y attendait pas. Le président de la République a donc décrété l’état d’urgence sur quatre départements et l’état d’urgence environnementale sur tout le pays. Au cours d’un Conseil des ministres tenu à l’extraordinaire, vendredi, le gouvernement s’est doté d’un cadre « légal » pour faires des dépenses sans se laisser gêner par les barrières administratives et les garde-fous légaux du genre passation de marchés, appel d’offres, entre autres.

« On a des problèmes environnementaux graves dans le pays », a avancé Rénald Luberice. Il a rappelé que la semaine dernière, le chef de l’État avait publié dans le journal officiel Le Moniteur deux résolutions votées par les sénateurs et les députés qui avaient demandé au président de décréter l’état d’urgence. Le secrétaire général du Conseil des ministres a toute reconnu que les résolutions des parlementaires n’étaient pas contraignantes. Mais, a-t-il précisé, les parlementaires connaissent la réalité de leurs régions.

Voler au secours des gens touchés par l’ouragan Matthew en octobre 2016 et surtout régler le problème chronique de l’environnement, les deux principales justifications du Palais national pour décréter l’état d’urgence. Selon l’ancien conseiller stratégique de Jovenel Moïse pendant la campagne électorale, devenu secrétaire général du Conseil des ministres, ce gouvernement n’a pas inventé l’état d’urgence. C’est prévu par la loi, a-t-il dit.

Parce que la population du grand Sud peut être encore frappée par des intempéries pendant la saison cyclonique, il était important pour le gouvernement de prendre des mesures préventives à cette situation, a encore justifié l’auteur de l’ouvrage : « Est-ce que ça dérange, les choix scandaleux des dirigeants haïtiens. »

Interrogé sur les fonds alloués à l’état d’urgence, M. Lubérice a indiqué que le président Moïse a eu un mode d’intervention qui consiste à utiliser les moyens et les fonctionnaires de l’administration publique. Aussi, a-t-il ajouté, l’état d’urgence leur permettra d’aller plus vite, soulignant que le gouvernement puisera dans des lignes budgétaires du budget rectificatif. Selon lui, il peut y avoir des désaffectations. Il faut souligner que le pouvoir a déjà mobilisé 3.5 milliards de gourdes pour la caravane de Jovenel Moïse qui arrivera ce week-end dans le grand Sud.

Parce que les états d’urgence déclarés dans le passé n’ont jamais eu une bonne presse et ont toujours fait l’objet de critiques acerbes, le chef de l’État, selon Rénald Lubérice, était reticent à décréter cet état d’urgence. Selon lui, contrairement aux pratiques anciennes, il n’y aura pas de malversations pendant la période de l’état d’urgence d’un mois renouvelable.

Pourquoi déclarer l’état d’urgence neuf mois après Matthew ? À cette question, le secrétaire général du Conseil des ministres a rappelé que Jovenel Moïse n’avais pas encore neuf mois au pouvoir. Il n’arrive pas à expliquer non plus pourquoi l’administration Privert n’avait pas décrété l’état d’urgence après la catastrophe naturelle causée par le mauvais temps dans sur le grand Sud. « Neuf mois après, les problèmes demeurent les mêmes », a-t-il soutenu. Il faut qu’il y ait des mesures préventives pour empêcher que la population soit victime à nouveau pendant la saison cyclonique », a-t-il dit.

Dans une interview exclusive accordée au Nouvelliste en octobre 2016 après le passage de l’ouragan Matthew, l’ancien président Jocelerme Privert avait déclaré, nous citons : « Oui,nous sommes dans l’urgence. Oui, nous avons des réponses urgentes à apporter. Est-ce que la seule façon d’y faire face, c’est de déclarer l’état d’urgence ? Nous avons déclaré l’état d’urgence en 2010 après le tremblement de terre… Le Palais, la Primature et tous les ministères ne sont toujours pas reconstruits. Les quelques constructions démarrées avec les fonds PetroCaribe sont interrompues. Donc, l’état d’urgence n’a pas permis la reconstruction du pays… »

« Moi, je dis, maximisons sous contrainte », avait répondu Jocelerme Privert à ceux qui réclamaient une déclaration d’état d’urgence. « Respectons les procédures et les règles. Faisons ce que nous pouvons faire avec nos propres moyens. S’il y a la nécessité pour un appel d’offres, on le fera. S’il n’est pas nécessaire, on ne le fera pas. D’ailleurs, la loi sur la passation de marchés permet, en cas de catastrophe naturelle, d’utiliser des procédures célères sans même recourir à la déclaration de l’état d’urgence », avait expliqué l’ex-sénateur des Nippes.

Robenson Geffrard, source Le Nouvelliste Haiti

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