L’image d’Haïti assassinée par ceux chargés de la défendre.

Frantz Duval, Rédacteur en Chef; Editorialiste

Frantz Duval, Rédacteur en Chef; Editorialiste

L’image n’est pas la réalité. Pas toute la réalité. Mais pour beaucoup, il n’y a que l’image. On y accède plus facilement qu’il ne l’est quand il s’agit d’appréhender la réalité. Dans notre monde, l’image devient très vite tout. On n’a que l’image pour juger, de nos jours.

Ces dernières semaines, les images qui proviennent du Chili laissent voir une communauté haïtienne livrée à elle-même. Les nouvelles aussi laissent comprendre que personne ne s’occupe du devenir des dizaines de milliers de nos compatriotes qui ont pris un billet pour Santiago. A l’aéroport international de Port-au-Prince aussi, il est évident que les Haïtiens qui partent pour le Chili, leur sort et leur avenir n’intéressent pas grand monde.

Les compagnies aériennes, après avoir fait leur beurre, se retirent. Le gouvernement haïtien, après avoir facilité l’obtention des passeports, après s’être engraissé grâce aux taxes sur les billets d’avion et les redevances aéroportuaires, ne donne pas l’impression qu’il s’ingénie à mettre les employés et les diplomates de la mission diplomatique en poste au Chili au service des Haïtiens.

L’image de l’Haïtien et celle d’Haïti se dégradent et on n’y prête pas attention.

Personne ne sait, à l’heure où sont écrites ces lignes, qui représentera Haïti à la cérémonie d’investiture du nouveau président du Chili, Sebastian Piñera, qui aura lieu le dimanxhe 11 mars.

Le Chili est pourtant l’un de nos plus grands amis dans le monde, ces derniers temps.

Déjà, nous n’avons pas su profiter de la présidence de Michelle Bachelet pour améliorer totalement les relations entre les deux pays et défendre les intérêts de nos cent et quelque milliers de compatriotes établis au Chili que nous sommes déjà en train de rater l’occasion de prendre langue avec la nouvelle administration.

Pire, le gouvernement, la société civile et le pays continuent d’ignorer ce qui se passe en Amérique latine depuis 2010. Des dizaines de milliers des nôtres, au mépris de tous les dangers et pour soulager l’incapacité de leur patrie à leur offrir des opportunités, sont partis à l’aventure dans de nombreux pays, nous ne les aidons pas. Ni à partir, ni à s’installer, ni à se défendre. Nous ne les défendons pas efficacement, au meilleur de nos capacités et des dispositifs légaux de leurs nouveaux pays d’accueil.

Comme sous les gouvernements anciens, l’administration Moïse-Lafontant laisse les Haïtiens dériver, se perdre, creuser leur propre tombe.

Tout cela abîme l’image du pays, du gouvernement, l’image de chaque Haïtien. Ceux qui sont partis, ceux qui rêvent de partir et ceux qui restent au pays.

Nous sommes minables, incompétents et suffisants dans la construction de la bêtise qui nous tient lieu de politique migratoire.

En ces temps de l’image roi, cela s’appelle un suicide, non un assassinat.

Le Nouvelliste,, Haiti   http://www.lenouvelliste.com/public/index.php/article/184403/limage-dhaiti-assassinee-par-ceux-charges-de-la-defendre

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