Migration : prendre le taureau par les cornes

*Roody Edmé, Photo Alter Presse,

*Roody Edmé, Photo Alter Presse,

L’écrivain et Prix Nobel de la littérature Wole Soyinka est dans nos murs cette semaine. Il participera à toute une série d’activités littéraires, scientifiques et artistiques autour du thème des migrations internationales et de leur impact sur la géopolitique des États. Ces activités qui s’étendront jusqu’au 26 février placent notre capitale au centre d’une problématique vitale pour l’avenir du monde.

Il se trouve en effet que nous assistons à une nouvelle transition démographique qui peu à peu conduira à un « reprofilage » des populations à l’échelle des continents. Les migrations internationales actuelles sous la poussée des conflits régionaux, des catastrophes climatiques et/ou des faillites étatiques ont atteint des proportions astronomiques. Et l’intensité du phénomène migratoire interpelle les États et les gouvernements sur les questions de droit à la mobilité, au travail et au logement pour des populations aux abois frappant aux portes des grandes métropoles du Nord.

Catherine Withol Wenden directrice au Centre d’études et de recherche internationale croit que la nationalité est une des sources de l’inégalité. Selon le pays ou la nationalité que l’on possède, on ne jouit pas du même droit à la mobilité. Certaines nationalités ont un droit presque acquis de se déplacer avec ou sans visa : « On peut circuler librement dans plus de 160 pays si on est Danois et dans 94 pays si on est Russe ». L’actualité récente nous permet d’affirmer que si on est de Norvège, on peut recevoir une invitation à s’installer aux États-Unis sur une base définitive.

Les États des pays développés ne savent pas trop comment répondre à cette « ascension païenne » du Sud vers le Nord. En fait, l’échec des politiques humanitaires destinées aux pays du tiers-monde, le soutien inconsidéré à certaines politiques néfastes qui ont appauvri des populations entières. L’implication occidentale, à travers les services secrets et autres barbouzes, dans des conflits locaux de basse intensité a abouti à des catastrophes humanitaires sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.

Haïti qui a toujours été au coeur de ces politiques axées sur la faillite ne peut faire l’économie de ce genre de débats. Notre pays est forcé de prendre des résolutions pour inverser progressivement la tendance au départ massif de ses filles et fils vers des contrées lointaines. La question migratoire doit être un axe stratégique de tout programme politique qu’il soit du gouvernement ou de l’Opposition.

Nos politiques doivent avoir à l’esprit que nous avons par l’une des diasporas les plus dynamiques au monde. Elle constitue un riche filon financier et académique que nous avons encore beaucoup de mal à exploiter. Prenons par exemple le tourisme, lors du dernier carnaval ce sont les Haïtiens venus de l’extérieur qui ont rempli nos hôtels tant à la capitale que dans nous villes de province. Sans parler du milliard et plus de transferts annuels représentant à peu près 25% de notre Produit national brut.

Il s’agit là de données stratégiques sur lesquels doivent plancher des équipes du ministère des Finances, de la Planification et des Affaires étrangères en vue de dégager des politiques susceptibles de permettre à ce pays de mieux profiter de cette force de travail et de tous ces cerveaux qui attendent même de loin de pouvoir contribuer à l’essor de leur pays d’origine.

Avec les progrès de la technologie, une bonne connexion internet peut par exemple, permettre à d’éminents spécialistes haïtiens travaillant à l’étranger de donner des cours tous les soirs dans nos facultés et écoles supérieures.

Il s’agit d’un exemple parmi tant d’autres. Tout cela suppose la mise au point d’instruments légaux correspondants et une reconnaissance constitutionnelle des droits de nos compatriotes à l’étranger, comme semble vouloir le faire à la Chambre des députés, la Commission Tardieu sur la réforme constitutionnelle.

Il existe des solutions : il suffit de trouver ceux qui, armés de volonté politique, veulent bien les porter et les faire aboutir.

Roody Edmé, Le National Haiti.,.,/   http://www.lenational.org/migration-prendre-taureau-cornes/

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