Pétion-Ville entre tradition et modernité.

Eglise St. Pierre

Eglise St. Pierre

Un jeudi d’avril 2008, un cousin expatrié que j’avais perdu de vue me rend visite. L’attention me fait chaud au cœur. Bavardage. Nous en venons à parler d’un établissement hospitalier déjà quadragénaire. Il m’explique que depuis tout ce temps l’exigüité aurait dû être un souvenir. Là-bas, me dit-il, d’agrandissement en agrandissement, cet hôpital occuperait une plus grande surface et serait doté d’une faculté de médecine. Comment expliquer cette accommodation à l’exigüité (pour emprunter le constat que faisait l’économiste américain John Kenneth Galbraith quand il identifia une accommodation à la pauvreté de masse dans les pays en retard de développement) ? Sans qu’on puisse identifier une propension définitive au gigantisme et à la démesure dans toute l’aire métropolitaine.

Sans être sûr de rien, je lui confie que je crois déceler dans le milieu un penchant pour l’existant. Ce qui existe ne doit pas être touché. Mon cousin ajouta que les propriétaires de ce centre hospitalier sont si peu excusables qu’à l’époque un carreau de terre s’achetait pour une bouchée de pain. C’est une image bien sûr. Là encore, je m’avance à trouver une explication dans le contentement de l’existant. John Kenneth Galbraith avait publié dans les années 1990 un essai au titre saisissant« La société du contentement.» Ce constat sur la société américaine s’applique aussi à nous de ce côté de la Caraïbe. Il est vrai que s’observe à Pétion-Ville l’érection de coquets buildings avec facilités de parking au sous-sol. Malheureusement, l’aspect imposant de ces immeubles contraste avec l’architecture de la ville. Ainsi là où il y a progrès, il y a accroc à l’architecture traditionnelle de la ville qui avait un cachet avec son style fait de maisons basses au milieu d’une végétation luxuriante.

Dès lors, se posait le problème de la liberté du choix, pour reprendre le titre du livre de Milton et Rosa Friedman, sauf que le couple d’économistes entreprenait un plaidoyer pour l’option néolibérale. Ce qui avait fini par arriver avec le président Ronald Reagan et la Première ministre Margareth Tatcher. Ici, il est question d’urbanisme. Sur l’habitation La Coupe a été érigée une ville en hommage à Alexandre Pétion, fondateur de la République dès les débuts de la naissance de la nation haïtienne.

Longtemps lieu de villégiature – on y passait les vacances d’été -, Pétion-Ville prit progressivement un aspect résidentiel. Les maisons basses lui donnaient un cachet. Des connaisseurs avancent une raison de sécurité, vu la fréquence des cyclones qui frappent le pays. En décembre 2016, le gigantisme immobilier naissant résoudrait le problème spatial. Effectivement, avec de hauts buildings on exploite mieux les espaces. Mais est-on pour autant à l’abri des fortes rafales de vent qui accompagnent les ouragans ?

Eh oui ! Les espaces sont mieux exploités mais l’offre (résidentielle) de logement décroît. Puisque des bureaux, des magasins éclipsent les résidences. Ceux qui veulent se loger doivent s’éloigner du centre pour trouver refuge dans la périphérie. Sans doute, cette évolution se produit dans les grandes villes occidentales mais la Caraïbe a son architecture, sa spécificité. Donc, il faut un alliage. Choisir entre l’érection de hauts buildings et la tradition basse. Qu’on ne me dise pas que le coût est moindre. Plus l’immeuble s’élève dans l’air, plus le prix de revient augmente. Mais le coût est d’un apport moindre dans le débat. Il s’agit surtout de conserver le charme de la ville en dépit de la tentation haussière. Dieu merci ! Les gratte-ciel n’ont pas fait leur apparition pour défigurer davantage le paysage et reléguer la beauté de Pétion-Ville au magasin des souvenirs. Ce progrès-là de ce côté de la Caraïbe n’en est pas un !

Jean Claude Boyer  – Carte blanche à Jean Claude Boyer source le nouvelliste

Comments are closed.