Platini ne sera pas candidat

Lefigaro

Le patron de l’UEFA Michel Platini a annoncé ce jeudi qu’il ne briguerait pas la présidence du foot mondial.

Casino royal à Monte-Carlo. Michel Platini (59 ans) ne semblait pas déterminé à miser tous ses jetons sur le tapis pour défier le président de la Fédération internationale (Fifa), Sepp Blatter (78 ans), lors des prochaines élections de l’instance faîtière en printemps 2015. Après une année de poker menteur entre les deux hommes, le président français de l’UEFA a acquis la conviction que le tout-puissant patron suisse du foot mondial, en poste depuis 1998, avait suffisamment verrouillé le système pour assurer une quatrième réélection le 29 mai prochain à Zurich lors du congrès de la Fifa. Dans ces conditions, pourquoi risquerait-il sa position de président de l’UEFA pour se lancer dans une bataille perdue d’avance ?

L’ancien stratège de l’équipe de France a, ce jeudi matin à Monaco, annoncé aux représentants des 54 associations européennes son intention de ne pas briguer la présidence de la Fifa, a confirmé le Belge Michel D’Hooghe. En dépit de sa profonde aspiration à insuffler «une bouffée d’air frais» au sein d’une institution décriée en prenant sa présidence, le triple Ballon d’or s’est résolu au choix de la raison, celui de poursuivre la mission qu’il mène à la tête de l’UEFA depuis 2007. Michel Platini a pu y faire bouger les lignes et mettre ses idées en pratique en faisant adopter à l’unanimité des réformes significatives (création du conseil stratégique, ouverture de la Ligue des champions aux petites nations, mise en place du fair-play financier, valorisation du football de sélection avec un Euro à 24 équipes à partir de 2016 et un autre paneuropéen en 2020).

«Son travail est apprécié par les membres de l’UEFA qui souhaitent le voir briguer un troisième mandat européen. Platini ne se présentera à la Fifa que s’il existe une possibilité de gagner. Mais les Européens sont convaincus que Blatter est prêt à tout pour conserver son poste. Depuis le congrès de Sao Paulo, tout le monde a compris comment fonctionnait la Fifa», révèle ainsi un connaisseur des arcanes. Un euphémisme pour évoquer le clientélisme en vigueur au sein l’institution et donner à comprendre que les dés sont déjà pipés en vue du scrutin présidentiel de 2015.

Rapport de forces
En juin, à Sao Paulo, Blatter avait exprimé, sans pour autant l’officialiser, sa volonté de briguer un cinquième mandat. Le Valaisan avait alors reçu le soutien de cinq Confédérations sur six, seule l’UEFA s’étant opposée à sa réélection. Profitant d’un rapport de forces nettement en sa faveur, Sepp Blatter s’était ensuite présenté comme le seul recours d’une institution ébranlée par une litanie d’affaires de corruption. «Le foot est devenu une entreprise qui pèse plusieurs milliards de dollars et génère parfois des controverses et des situations compliquées. Dans ces temps importants pour la Fifa, le monde change, et le jeu de notre organisation doit changer», avait-il plaidé devant le congrès.

Animal politique mué par un puissant instinct de survie, Sepp Blatter s’est aussi évertué à isoler l’Europe. Un coup tactique payant puisque le foot européen cristallise le ressentiment des autres continents par sa capacité à capter la majeure partie des flux financiers. Seul candidat officiellement déclaré, le Français Jérôme Champagne (56 ans) fait par ailleurs campagne sur le thème du rééquilibrage international. L’ex vice-secrétaire général de la Fifa a reconnu qu’il n’était pas sûr de maintenir sa candidature si Blatter, dont il est proche, se présentait. S’il devait rejoindre le camp du président sortant, sa réputation de probité et ses idées réformatrices serviraient de caution pour un cinquième mandat du Valaisan.

Pris entre le marteau et l’enclume, Michel Platini – qui se voyait pourtant comme «seule personne» capable de «battre Blatter» – a donc fait le choix de passer son tour et attend désormais 2019 pour viser la Fifa. Et aussi consommer définitivement sa rupture avec l’homme qu’il avait aidé à conquérir le pouvoir il y a seize ans. «Je ne soutiendrai plus Blatter, c’est fini. Je l’ai fait en 1998, je ne le ferai pas en 2014. Je lui ai dit», avait-il déclaré à l’issue du congrès de Sao Paulo avec l’amertume de ceux qui se sentent trahis. Les Européens réfléchissent tout de même à présenter une candidature de témoignage pour dénoncer le mode de gestion de la Fifa. Le président de la Fédération néerlandaise Michael Van Praag, qui avait publiquement interpellé Blatter à Sao Paulo – «La réputation de la Fifa est aujourd’hui indissociable de la corruption. La Fifa a un président, vous êtes responsable, vous ne devriez pas vous représenter» -, pourrait endosser ce rôle.

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