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“Pour exister en France, il faut renier sa culture”.

Racisme
Des milliers de personnes ont participé, ce samedi, à la marche contre le racisme, à Paris, à l’initiative du collectif “Marchons contre le racisme”, qui a réuni plus de 100 associations. L’objectif : dénoncer les attaques contre la ministre de la Justice, Christiane Taubira, et la montée des tensions à l’encontre des étrangers.

Ce samedi, la place de la République à Paris est bondée de monde. La musique résonne partout. Près de 25 000 personnes ont répondu à l’appel du collectif “Marchons contre le racisme”, qui réunit plus de 100 associations. Les banderoles des associations telles que SOS racisme, la Licra, le Cran, ou encore syndicats CGT, CFDT, SFU sont visibles partout sur l’emblématique place. Tous ceux qui sont présents à cette marche, à l’initiative du Collectif d’Homme et du CM98, ont été profondément choqués par les propos racistes qui ont été tenus dernièrement contre la ministre de la Justice, Christiane Taubira. D’abord comparée à un singe par une élue du Front National (FN), elle a ensuite été traitée de « guenon », lors de son déplacement à Angers, avant que le journal pro-extrême-droite Minute publie sa Une controversée : “Maligne comme un singe Taubira a retrouvé la banane”.

Face à cette pluie d’insultes contre la Garde des sceaux, « il était important de mobiliser toute la France pour exprimer notre cri de révolte contre le racisme », explique Serge Romana, président du CM98, l’un des initiateurs de ce rassemblement. Il insiste sur pour dire que « cette marche est une manifestation nationale et non pas seulement celles des associations qui luttent contre le racisme. Dans toute la France, des milliers de personnes issues de divers horizons se sont mobilisées aujourd’hui, pour exprimer leur cri de révolte contre le racisme, car des milliers de personnes ont été choquées par les propos qui ont été tenus contre Christiane Taubira ». Selon la porte-parole de SOS racisme, Aline Le Bail Kremer, « les insultes proférées contre Christiane Taubira montrent qu’il y a une augmentation du passage à l’acte des comportements racistes et une libéralisation de la parole raciste ».

A quelques mètres de la jeune femme, les banderoles : “Nous sommes tous des Taubira !”, “Halte au racisme !”… flottent en l’air. Bien que l’ambiance est très festive, Rebecca, originaire des Antilles, toute vêtue de noire, arborant fièrement ses cheveux crépus, a l’air grave et silencieuse. La trentenaire originaire des Antilles, responsable dans une grande entreprise, ne cache pas sa colère face au climat social tendu qui règne actuellement en France. « Je suis choquée que les gens aient mis autant de temps à réagir contre les insultes lancées contre Christiane Taubira ! C’est inacceptable ! », fustige-t-elle. La jeune femme dénonce comme beaucoup « une libéralisation de la parole raciste. On me fait des réflexions par rapport à mes cheveux, mon nom, mes origines antillaises. On n’a rien à prouver, on contribue à la richesse du pays et j’insiste sur cela. On a le droit d’être respecté quand on foule le bitume du sol français ! »

« Le Pen doit être mis dans un asile psychiatrique ! »

A deux pas d’elle, Geneviève Renaud, retraitée, militante à la Mrap et au RESF, tient fièrement une pancarte où il est inscrit : « Quand on Valls avec les racistes c’est l’extrême-droite qui mène la danse ». Pour cette farouche militante des droits de l’Homme, « même avec la gauche, il n’y a pas de changement de politique vis-à-vis des étrangers. Ils sont toujours considérés comme des étrangers, ce qui est inacceptable ! » Or Pour Nicole, 62 ans, qui milite à l’association ATTAC, portant une écharpe rose, marchant près d’une dizaine de membres de son association, « ce n’est pas l’immigré le responsable de la situation de crise actuelle, mais le monde de la Finance. Il ne faut pas se tromper d’ennemi, mais plutôt dénoncer ce climat de racisme qui prend de l’ampleur en France ! », fustige-t-elle. Même son de cloche pour Jean François, particulièrement en rogne. « Le racisme est un danger surtout lorsqu’on voit que le Front National a 30% des intentions de vote en France. Pour moi Le Pen et sa fille (Marine Le Pen) doivent être mis dans un asile psychiatrique ou en prison. Et Le Pen doit être jugé pour crimes de guerre par l’Algérie ! »

Mais pour Kadiatou, étudiante en droit, 18 ans, qui sautille partout, tenant une banderole des jeunesses du Parti socialiste (PS), les 30% du FN ne reflètent pas la société française, qui n’est pas raciste. C’est une minorité seulement qui est raciste. Stéphane, qui tient une banderole kilométrique de la CIMADE, insiste également sur le fait que c’est une petite partie de la population française qui est raciste. Selon lui, « les politiques français sont avant tout responsables du climat tendu en France actuellement. On en a voulu à Taubira, car elle est visible et a un rôle très important. En plus, elle est brillante ! Elle n’est pas revancharde. Elle a beaucoup d’humour, de l’éloquence et ça exaspère surtout ceux qui n’ont pas l’habitude de voir une ministre noire à un poste aussi important. La montée du FN est une stratégie politique de l’UMP, mais c’est un mauvais calcul. Tandis que le Parti socialiste joue avec le feu ».

« La France n’est pas raciste »

Le Président du CM98, Serge Romana, est du même avis. « Si la France était raciste, il n’y aurait pas eu autant d’associations qui ont répondu à notre appel aujourd’hui. Ce n’est pas parce qu’un fruit est pourri quelque part que tout l’arbre est pourri. En revanche, il existe une élite en Europe qui se croit supérieure aux autres et qui profite de la crise pour alimenter les tensions entre les populations ». Pour Josepha, vêtue de rouge aux couleurs de la CGT, « où elle milite depuis près de 20 ans, le rejet de l’autre est accentué par la crise économique actuelle ». Elle se souvient que le climat était aussi tendu lorsqu’elle a quitté sa Pologne natale pour venir en France, alors qu’elle était encore une jeune fille après la deuxième guerre mondiale. « Durant cette période, les Polonais aussi étaient stigmatisés, rejetés et ont vécu un racisme violent aussi. Nous dénonçons toute forme de racisme à la CGT et défendons la diversité au travail, parce que c’est une richesse ». « Le racisme est un poison mortel », estime pour sa part Yves Bonjourno, qui milite depuis 30 ans. Pour le colosse, originaire d’Italie, « on ne peut pas laisser passer les propos tenus contre Taubira. C’est inadmissible ! Le racisme divise. Or, on est plus fort dans le monde du travail lorsqu’on est uni. »

« S’il y a une montée du racisme, c’est parce que la droite est complice avec l’extrême-droite », estime Bangoura, qui marche d’un pas vif au rythme du son des percussions, joués par une dizaine de percussionnistes qui agitent leurs mains sur leurs instruments. Originaire de la Guinée, militant dans plusieurs associations de lutte contre le racisme, après être arrivé en France en 1969, le sexagénaire rappelle que « si les immigrés originaires d’Afrique sont venus en France, c’est parce qu’ils ont été colonisés. Nos parents ont combattu durant les deux guerres mondiales avec les soldats français. Je rends hommage à Christiane Taubira qui s’est battue pour la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité. Il appartient aux enfants d’immigrés nés en France de se battre contre le racisme ».

« Mais comment les enfants d’immigrés nés en France peuvent-ils se sentir bien quand ils se sentent rejetés par la société qui ne leur donne pas les mêmes chances que les autres Français ? », s’interroge Marie, originaire du Bénin, résidant dans une banlieue du département du 93. Pour cette trentenaire, arborant un foulard coloré, « la question identitaire est le principal problème en France. Et tant qu’elle ne sera pas réglée, rien ne changera. En France, nos origines sont broyées. En France, pour exister il faut renier ta culture. Les personnes issues de l’immigration, nées en France, ne sont pas considérées comme Français. Au fond, qu’est-ce qu’un Français ? »

AFRIK.,    http://www.afrik.com/marche-contre-le-racisme-pour-exister-en-france-il-faut-renier-sa-culture

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