Pour Stéphane

28 juin 2016, 9:29 

 Source : http://www.lenational.org/pour-stephane/
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La famille de Stéphane et particulièrement sa femme Mica, ses parents, le Dr Baudin Bruno(son père) et son épouse Anne-Marie Arnoux(sa mère), sa sœur Martine, ses frères Alain et Pascal, souhaiteraient exprimer leur gratitude à l’endroit de vous tous rassemblés dans cette église et aussi à l’endroit de tous ceux qui, à un titre ou à un autre, amis, collègues et collaborateurs, ont manifesté leur solidarité et leurs regrets à l’occasion de la disparition subite de Stéphane. Lui, il n’aimait pas qu’on le mette en vedette, et nous n’allons pas le faire aujourd’hui.

Mais le grand public, qui ne le pratiquait pas beaucoup de son vivant, a fait depuis sa disparition amplement connaissance avec lui, à travers les multiples hommages et témoignages diffusés dans les médias et sur les réseaux sociaux. Il a découvert avec un mélange d’étonnement et d’admiration un Michel Stéphane Bruno « passionné de technologie, un visionnaire et un créateur de génie » pour parodier un journaliste qui le suivait de près. Stéphane a en effet eu l’opportunité et le plaisir de prêter son savoir et son savoir-faire aux plus importantes institutions nationales et à plusieurs organisations internationales présentes en Haïti.

Ce grand public a appris que Stéphane  tout en étant un professionnel de haut niveau, était un homme simple et modeste qui n’élevait jamais la voix et qui avait horreur de la violence, pour répéter aussi l’un de ses premiers professeurs qui est devenu son ami, son collègue et un grand admirateur.

Ceux-là qui le pratiquaient en privé et qui entretenaient avec lui des relations de proximité savaient depuis longtemps que Stéphane était un être exceptionnel et un rude travailleur. L’étudiant brillant, avide de savoir, s’est converti en un professionnel émérite, toujours en quête d’excellence. Son sens poussé de l’éthique ne l’inclinait pas à accepter certaines offres pour alléchantes fussent-elles, car comme il le disait lui-même, il n’était pas un homme d’argent. Avide de savoir, il se mettait en situation de formation permanente, étant persuadé que la stabilité de l’emploi en Haïti ou ailleurs était tout simplement la faculté de trouver facilement d’autres emplois, en attendant de pouvoir s’établir à son compte. Il voulait utiliser à cette fin tous les ressorts de son intelligence et exploiter toutes ses ressources intellectuelles et tous les talents de création qu’il possédait. Il professait aussi beaucoup de respect pour ses collègues et pour ses employeurs.

L’homme privé lui, était un bon fils, un bon époux, un bon père de famille, le meilleur ami de sa femme. Le genre de garçon qu’on est ravi d’avoir pour gendre. Et je parle en connaissance de cause. La simplicité, la modestie et la probité intellectuelle faisaient partie intégrante de sa personnalité. Tout comme d’ailleurs de la personnalité de ses parents. Stéphane  mettait un point d’honneur, quand il n’était pas en voyage, à toujours emmener personnellement ses enfants à l’école, accompagner son fils dans ses entrainements de football et sa fille dans ses répétitions de danse. À ces moments — là, il paraissait en extase et était comme transfiguré.

Que va-t-il se passer maintenant ? Eh bien, maintenant, la douleur de la famille de Stéphane est immense et ne s’apaisera pas de sitôt. Cette famille devra apprendre à vivre sans sa présence physique, mais avec des souvenirs puissants, expérimentant dans la vie de tous les jours la véracité de l’adage « qu’un seul être vous manque et tout est dépeuplé ».

Aucun d’entre nous n’était préparé à dire adieu à Stéphane. Surtout pas dans ces conditions. Et il ne méritait pas de mourir de cette façon. Pire, nous ne trouvons pas les réponses aux questions que nous nous posons. D’aucuns, les croyants, se réfugieront dans leur foi, sachant bien que « vouloir ce que Dieu veut est la seule science qui nous met en repos. » D’autres ne pourront que se rappeler que « rien ne s’écroule qui d’abord n’existe et que seul le néant est à l’abri de la destruction ». Pour mourir, l’on doit d’abord exister, l’on doit d’abord vivre. Peu importe la durée de l’existence. En ce sens, Stéphane est mort trop tôt certes, mais il a bien vécu. Son court passage sur cette terre aura  laissé une empreinte indélébile.

C’est notre vœu et celui de sa famille que son éthique, sa quête d’excellence, son sens des responsabilités et ses performances servent d’exemples à nos compatriotes, jeunes et moins jeunes. Haïti a besoin de plusieurs centaines de Stéphane Bruno dans tous les domaines pour cesser d’être un paria et retrouver sa place et sa voix dans le concert des nations. Surtout, il ne faut pas se laisser déprimer ni décourager par la morosité des temps présents et par certaines réflexions que j’ai moi-même entendues, prétendant que « si Stéphane était moins performant, peut-être serait-il encore avec nous ».

Je vous remercie.

Ericq Pierre          

Église St-Pierre de Pétion-ville, le 23 juin 2016.

Pour Stéphane

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