Près de 5 millions d’Haïtiens sont sous-alimentés, selon la FAO et l’OPS

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Un rapport de deux agences internationales donne Haïti complètement larguée dans la lutte contre la faim constituant l’objectif numéro 2 des 17 Objectifs de développement durable (ODD). « Éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable », c’est l’intitulé complet de cet objectif qui paraît pour l’instant hors d’atteinte vu la contre-performance enregistrée par Haïti ces dernières décennies.

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) viennent de publier un rapport accablant pour Haïti en matière d’éradication de la faim, domaine dans lequel les deux institutions internationales constatent les retards plus qu’importants enregistrés par le pays. Selon ce rapport, intitulé «Panorama de la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Amérique latine et dans les Caraïbes 2017 », Haïti présente le taux le plus élevé de sous-alimentation de la région Amérique latine et Caraïbes. Contrairement à des pays comme le Brésil, Cuba et l’Uruguay qui comptent moins de 2,5% de personnes sous-alimentées.

Il existerait près de 5 millions d’Haïtiens sous-alimentés, ce qui équivaut à près de 47% de la population incapable de répondre à ses besoins alimentaires minimaux. Ces chiffres représentent environ les deux tiers des personnes touchées dans les Caraïbes où la prévalence est pourtant de 17,7%, ce qui en fait de la sous-région la détentrice de la plus grande prévalence. Loin derrière l’Amérique du Sud où la faim est passée de 5% en 2015 à 5.6% en 2016 et l’Amérique centrale où la faim a affecté 6,5% de la population en 2016.

Pour la FAO, l’un des événements les plus préoccupants a été l’ouragan Matthew, qui en octobre de l’année dernière a fortement affecté Haïti en touchant plus de 20% de la population, laissant plus de 1,5 million de personnes en situation d’insécurité alimentaire et 280 000 personnes en situation d’insécurité alimentaire sévère. Un grand nombre de cultures destinées à l’autoconsommation ont été endommagées et la disponibilité de viande et de produits frais a été affectée. En outre, des pertes importantes ont été enregistrées dans la production agricole et, dans certaines des régions les plus touchées, les cultures ont été endommagées ou ont entraîné des pertes, créant des difficultés pour la consommation humaine et animale.

S’agissant de réduction du taux de malnutrition chronique, la République dominicaine et Haïti affichent une baisse significative de la proportion d’enfants ayant un retard de croissance, passant respectivement de 7,1% (en 2013) à 21.9% (en 2012) contre 21,2% et 40% d’enfants dominicains et haïtiens respectivement touchés par la malnutrition chronique au début des années 1990.

Toutefois, la FAO et l’OPS observent qu’en 2016, si la malnutrition aiguë a touché 1,3% des enfants en Amérique latine et dans les Caraïbes, une prévalence inférieure à celle observée dans le monde entier, en Haïti, cette prévalence est de plus de 5%. Et Haïti ne serait pas le seul pays à se retrouver dans ce mauvais pas. En effet, parmi les pays les plus touchés par ce phénomène, la FAO et l’OPS citent la Barbade, la Guyane et Trinité-et-Tobago.

Le nombre total de personnes affectées par la faim en Amérique latine et dans les Caraïbes a donc augmenté, inversant ainsi des décennies de progrès. En ce sens, la FAO et l’OPS signalent que la faim a augmenté dans six pays et affecte maintenant 2,4 millions de personnes dans la région. En même temps, le surpoids continue d’être un problème de santé publique en Amérique.

Alors que l’obésité constitue un phénomène de plus en plus répandu dans la région, Haïti, au contraire, enregistre les taux les plus bas, avec 11% de la population confrontée avec cette situation d’inconfort. Selon les derniers chiffres, 24 pays d’Amérique latine et des Caraïbes ont une proportion de personnes obèses de près ou de plus de 20% de la population. À Antigua-et-Barbuda, en Argentine, à Trinité-et-Tobago et en Uruguay, par exemple, environ 29% de la population est obèse; le Chili, quant à lui, atteint 30%; Bahamas, 32%. D’une manière générale, au niveau régional, précise le rapport, tous les pays ont augmenté leur taux d’obésité entre 1980 et 2014, ce phénomène étant plus répandu chez les femmes.

Par ailleurs, environ 42,5 millions de personnes au total n’avaient pas assez de nourriture pour leurs besoins caloriques quotidiens en 2016, souligne ce rapport rendant compte des progrès réalisés par les pays de la région en vue d’atteindre les Objectifs de développement durable, pour la première fois depuis l’approbation de l’Agenda 2030 concernant le développement durable. Il fournit également aux décideurs les informations nécessaires pour proposer et faire progresser les politiques et les programmes qui contribuent à lutter contre la faim, la malnutrition chronique et à prévenir la propagation rapide de l’épidémie d’obésité.

Le Nouvelliste, Haiti.

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