Quand l’extrême-droite mord la poussière en France

Hugues Saint-Fort

Hugues Saint-Fort

Ainsi donc, la vague populiste, démagogique et xénophobe de l’extrême-droite française emmenée par Marine Le Pen en France et précédée par les partisans du Brexit au Royaume Uni et les supporters de Donald Trump aux États-Unis a été stoppée net au second tour de la présidentielle française. Je n’attendais pas moins de la part des partisans d’Emmanuel Macron pour faire échec à Marine Le Pen. Ce qui est remarquable dans la victoire de Macron, c’est le formidable écart qui sépare les deux candidats : 65,9 % pour Emmanuel Macron et 34,1% pour Marine Le Pen. Et cela, malgré les agressions, les insultes, les invectives démagogiques de Le Pen telles qu’elles se sont manifestées durant le débat du 3 mai, véritable tournant de la campagne présidentielle. L’extrême-droite française aidée par son alliée américaine a tout tenté jusqu’au piratage des documents d’En Marche et leur éparpillement sur la Toile vendredi soir, soit quelques heures avant la clôture officielle de la campagne sur le territoire français. Mais, elles ont toutes deux échoué lamentablement.

Dans sa défaite, Marine Le Pen a montré le vrai visage de l’extrême-droite : elle a prêché la haine, la xénophobie, le mensonge et le populisme le plus révoltant. Surtout, elle a laissé voir que son parti n’avait pas de projet politique et que l’extrême-droite française était incompétente au plus haut point. Le meilleur exemple était sa position sur l’Union européenne et surtout sur l’euro. Car enfin, comment peut-on avancer sérieusement que la France allait pouvoir fonctionner en Europe et dans le monde avec 2 monnaies : l’euro pour les échanges externes et le franc français pour les échanges internes, c’est-à-dire entre les Français. Elle a révélé ses pathétiques lacunes en connaissances économiques en affirmant que l’écu (European Currency Unit / Unité de compte européenne) était une vraie monnaie qui avait précédé l’euro et que la France devait y retourner. En réalité, selon Wikipédia, « l’euro n’était pas une vraie monnaie mais un panier de valeurs destinées à limiter les fluctuations des taux de change entre les pays membres. »

En insistant sur une possible « cohabitation » entre l’euro et le franc, Marine Le Pen a étalé au grand jour l’incohérence de son programme économique si par hasard elle en avait un, son art consommé du mensonge et de la démagogie (suivez mon regard !), ou le plagiat éhonté d’un discours de François Fillon…

Ceci dit, hâtons-nous de souligner que les choses sérieuses commencent maintenant pour Emmanuel Macron, le nouveau président français. Si la victoire de l’ancien ministre de l’économie de François Hollande peut se lire comme un désaveu cinglant des idées de l’extrême-droite française, il reste à prouver qu’on doit l’interpréter comme un ralliement total aux idées de Macron. Je n’irai pas jusqu’à dire que les Français ont répété ce qu’ils ont fait en 2012, c’est-à-dire voter contre Sarkozy et non pour Hollande, mais en quoi consistent vraiment les idées de Macron qui ont séduit ceux qui ont voté pour lui ?

Les législatives qui auront lieu le 11 et le 18 juin prochain constitueront un test beaucoup plus difficile pour l’ancien ministre de l’économie de François Hollande. D’ores et déjà, se profile un potentiel d’opposition redoutable qui attend Emmanuel Macron : il y a Jean-Luc Mélenchon de la gauche radicale, aigri, hargneux, leader de « la France insoumise » qui refuse d’accepter qu’il n’a pas été élu au second tour. Mélenchon me rappelle Bernie Sanders aux États-Unis car c’est la même aigreur, la même acrimonie, le même refus d’accepter un verdict clair. Il y a pourtant chez Jean-Luc Mélenchon, ancien trotskyste, une épaisseur idéologique beaucoup plus marquée qu’elle ne l’est chez Sanders. Dans la liste des opposants potentiels, il y a aussi certainement Marine Le Pen de l’extrême-droite, qui, forte de ses 34% se positionne comme la chef de file de ceux qui vont tout tenter pour terrasser Macron aux législatives ; François Fillon du centre-droit semble avoir désigné François Baroin pour conduire son parti politique aux prochaines législatives ; finalement, Benoit Hamon du Parti Socialiste (PS) ne voudra pas que son cher PS soit jeté aux oubliettes et fera tout pour se replacer sur la scène politique.

La tâche s’annonce dure pour Emmanuel Macron. Que sera la majorité le 18 juin prochain après cette élimination des partis traditionnels (droite et gauche) qui ont gouverné la France depuis plus de cinquante ans (de 1958 à nos jours) ? Une chose est sûre : Macron ne peut se permettre de faire comme Chirac qui a négligé en 2002, après avoir écrasé l’extrême-droite qui était alors emmenée par Jean-Marie Le Pen, d’exploiter le capital de popularité dont il a bénéficié dans l’électorat en rassemblant les divers groupes politiques qui ont voté pour lui. Cette fois-ci, il doit à tout prix recomposer le paysage politique français en rassemblant autour de lui les insoumis de Mélenchon, le peuple de gauche de Benoit Hamon, les déçus du centre-droit de Fillon, et les partisans les moins extrémistes de Le Pen, si cela existe. Il lui faudra un premier ministre qui connait les règles du système politique mais qui n’a pas encore trempé dans le système. Pour moi, le meilleur pour un tel poste reste François Bayrou, le leader du Modem, le parti du Centre, qui a fait l’impasse cette fois-ci sur une éventuelle candidature présidentielle et s’est  allié avec Macron, il y a quelques mois. Bayrou peut se révéler un formidable collaborateur pour Macron qui pourra construire un véritable parti du Centre. Après tout, n’est-ce pas ce que répète EM depuis qu’il s’est jeté dans la politique il y a environ 13 mois ? Ni la droite, ni la gauche ! Mais la France est-elle prête à se débarrasser de ses vieux démons idéologiques ? L’extrême-droite peut-elle vraiment se retirer même après ce cinglant revers qu’elle vient de subir ? Que va devenir la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon qui semble contenir de plus en plus difficilement son agressivité ?

Hugues Saint-Fort

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