Que se passe-t-il avec les gangs?

Roberson Alphonse, Editorialiste.  Le Nouvelliste Haiti

Roberson Alphonse, Editorialiste. Le Nouvelliste Haiti

L’affrontement verbal, le week-end écoulé, entre membres de gangs armés et l’étalage via WhatsApp de l’arsenal de Armel, nouveau caïd de Cité de Dieu, ont fait place nette, dimanche, à des rafales, à Cité Plus et dans d’autres quartiers des environs du Théâtre national, au boulevard Harry Truman, au sud de Port-au-Prince. Ces tirs nourris, sans affrontements directs, participent d’un équilibre de la terreur entre gangs rivaux voulant marquer leur territoire, sécuriser leurs intérêts consistant, entre autres, à racketter de paisibles citoyens, en vols dans les lieux d’activités économiques comme les stations de camionnettes.

Lundi 9 avril 2018, le directeur départemental de l’Ouest de la PNH, Berson Soljour, dans plusieurs matinales, a confié qu’il il y avait bien plus que la panique provoquée par les détonations. Un sourd-muet, considéré un indic, pris en filature par des bandits de Cité Plus, a été abattu de deux balles au dos, a-t-il révélé, sur Magik9. Le DDO/PNH, qui a invité la population à vaquer à ses activités, a souligné que la police renforce sa présence dans les points chauds mais n’entend pas faire des interventions pour dénicher les bandits dans leurs retranchements. La stratégie, a-t-il dit, consiste à les prendre en filature et les épingler en dehors de leurs bases. La veille au soir, dimanche, deux bandits du gang d’Armel ont été arrêtés sur la route de Frères, a informé Berson Soljour.

Le député de la troisième circonscription de Port-au-Prince, Printemps Bélizaire, interrogé sur Magik 9, a indique qu’il faut que la police arrête tous les bandits qui nuisent à la population. Par ailleurs, le parlementaire a soutenu que la pauvreté dans les quartiers précaires est un terreau de délinquance et autres déviances. Pour Printemps Bélizaire, il faut aussi mettre les projecteurs sur ceux qui arment les jeunes dans les bidonvilles.

« La seule utilisation de la force ne peut pas résoudre un problème social », a confié off the record une source au journal. Depuis plusieurs décennies, on tue des chefs de gangs. Quand un tombe, il y a dix pour le remplacer, a-t-il poursuivi, soulignant que dans ces quartiers précaires il y a trop de jeunes non scolarisés, sans emploi. Tuer n’est pas la solution. On le voit avec la police militaire brésilienne. Elle n’arrive pas à anéantir les gangs dans les favelas.

« L’une des options pour Haïti est d’investir ces espaces et investir dans ces espaces pour créer des liens, établir le dialogue sur l’intérêt de la paix. L’État, la société civile, le secteur privé, ont tout intérêt à adopter cette approche, tout en renforçant, bien entendu, les appareils de sécurité et de justice », soutient cette source, interrogée par le journal. Ces quartiers chauds ne sont pas des zones de non-droit. Il y a la loi des bases. Elle est respectée, a poursuivi cette source, qui souligne que pour qu’Haïti s’en sorte, après plusieurs décennies d’échec de politiques sociales, il faut se dire qu’on n’ira nulle part sans dialoguer, sans vider les contentieux, les haines séculaires.

« Haïti est comme une équipe de foot composée de joueurs qui refusent de se parler. Le joueur issu de la bourgeoisie de Pétion-Ville refuse de passer le ballon à celui qui est originaire de Cité Soleil. Il est pure folie que cette équipe veuille jouer une Coupe du monde », a illustré cette source qui souligne qu’actuellement Cité Soleil fait une expérimentation intéressante de la paix. C’est une paix précaire, sous perfusion mais c’est une paix. Il faut accepter le fait que l’Etat et le secteur privé puissent trouver des entrées, des moyens d’intervenir dans ces quartiers. La paix retrouvée a du prix. Elle est chérie. Elle devient un nouveau normal, a longuement expliqué cette source qui croit que nous devons agir vite et avec intelligence.

Le Nouvelliste, Haiti       http://www.lenouvelliste.com/public/index.php/article/185829/que-se-passe-t-il-avec-les-gangs

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