Quelle surprise nous concocte le Conseil électoral ?

Frantz Duval, Editorialiste

Frantz Duval, Editorialiste

Jusqu’au moment de mettre sous presse mardi soir, aucune estimation du taux de participation aux élections du 9 août n’était rendue publique. En principe, le CEP a en main tous les procès-verbaux des 96% des centres de vote où, comme le claironnait dimanche Pierre-Louis Opont, tout s’est bien passé.

Par voiture et même à dos d’âne, à cette heure, tous les procès-verbaux devraient être en possession des Bureaux électoraux communaux, des Bureaux électoraux départementaux ou du Centre de tabulation. Pourquoi ce retard dans la publication d’une si importante information comme le taux de participation?
Vu la faible affluence constatée dans les bureaux de vote, faire l’addition des voix sur le territoire ne devrait pas demander de recourir à la NASA ou d’acheter de supers calculateurs. Quoiqu’on ne sache jamais ce que requièrent les calculs complexes de nos faiseurs d’élections…

Comment un Conseil électoral qui a pu nous dire dimanche soir le pourcentage des bureaux de vote ouverts au plus tard à 10h a.m, le pourcentage des bureaux de vote affectés par la violence, le pourcentage des bureaux de vote équipés de matériels et de documents électoraux à l’ouverture, le pourcentage des bureaux de vote qui avaient plus de trois mandataires et même la répartition des mandataires par parti politique, comment ce CEP peut-il être incapable de nous dévoiler L’une des statistiques essentielles de toute élection : le taux de participation ?

D’ailleurs, quelle est la méthode, le miracle, le tour de magie opéré par Pierre-Louis Opont pour savoir, avec autant de précision, les statistiques, même partielles, qu’il a débitées à la nation, dimanche ?
Pour crédibiliser son discours au moment de la conférence de presse de clôture de la journée de vote du 9 août 2015, le CEP disposait de deux armes : quelques statistiques et une accusation contre un des cadres du Conseil qui aurait emporté équipements et mandats pour les mandataires, après avoir boycotté la fabrication des fameux mandats.

Tout cet échafaudage de cartes est-il en train de s’écrouler ?

Le cadre accusé d’avoir fait capoter la fabrication des mandats dément Pierre-Louis Opont et présente depuis dimanche soir ses preuves à lui pour sa défense. Qui pis est, un membre du CEP, Me Néhémy Joseph, accuse depuis dimanche le PNUD de n’avoir pas fourni à temps le matériel pour la fabrication des mandats. Où est la vérité ?

Pour les statistiques, à moins d’être Dieu, personne ne pouvait disposer avec précision de celles détenues par Pierre-Louis Opont, dimanche, à 7h du soir. Le CEP, qui a prêté serment et dispose de moyens pour organiser les elections, ne peut emprunter des statistiques venues de source autre que ses services. Et pourtant…

Quand ce mardi le compte Twitter du CEP a publié des documents produits par l’Observatoire Citoyen pour l’Institutionnalisation de la Démocratie (OCID), dimanche matin à 10 h 47, on constate que les chiffres de l’OCID ont une grande similitude avec les fameuses statistiques d’Opont. Sauf que ce qui était vrai avant 11h a.m. dimanche, ne l’était plus à la fermeture dans de nombreux bureaux de vote. Nous a-t-on donné du chrysocale pour de l’or ?

Quand on constate que les évaluations de OCID et du CEP divergent avec celles de la coalition composée du Réseau national de Défense des Droits Humains (RNDDH), du Conseil national d’Observation (CNO) et du Conseil haïtien des Acteurs Non Etatiques (CONHANE), on devient encore plus perplexe.
RNDDH, CNO et CONHANE avaient déployé sur le terrain un total de mille cinq cents (1 500) observateurs. OCID en avait entre 1500 et 1700. Pourquoi ne sont-ils pas arrivés à des conclusions proches ?

Pour OCID, « Parmi les irrégularités observées dans le processus du vote, il convient de citer : interruption du processus de vote dans 14.22% des bureaux de vote, incidents de violence enregistrés dans 9.71% des BV, irruption de personnes armées dans 6.07% des bureaux de vote. »

Pour la coalition RNDDH, CNO et CONHANE « Dans au moins 50 % des centres de vote, des actes d’intimidation, de violence et de fraudes électorales ont été enregistrés ».
Dans l’un ou l’autre cas, sommes-nous dans la cinquantaine de centres de vote sur 1 500 et plus dont a parlé Pierre-Louis Opont, dimanche ?

Dans son communiqué publié mardi, la Mission d’Observation Electorale de l’Union européenne (MOE UE) parle de la présence des mandataires dans les bureaux de vote. Pour les observateurs de l’Union européenne, « les mandataires étaient présents dans 97% des bureaux observés : le PHTK l’était dans 78% des bureaux, Vérité dans 61%, et Fanmi Lavalas dans 53%. L’OPL, KID et Renmen Ayiti étaient représentés dans 50%, 49% et 44% des bureaux observés, respectivement. »

Ces statistiques ressemblent à celles du CEP de dimanche.

La Mission d’Observation Electorale de l’Union européenne (MOE UE), dirigée par Mme Elena VALENCIANO, comporte 60 observateurs. « Le jour du scrutin, les observateurs de la MOE UE ont visité 253 bureaux de vote (2 % du total) dans les 27 circonscriptions du pays pour y observer l’ouverture, le vote, le dépouillement et la transmission des résultats. »

Dans la conclusion de leur communiqué, les observateurs de l’UE précisent : « Les premières réceptions au Centre de Tabulation des Votes (CTV) indiquent que l’emballage des procès-verbaux et autres matériaux sensibles aurait été incorrect dans un nombre important de bureaux de vote et, en conséquence, la tâche du personnel du CTV sera plus difficile qu’anticipé. »

Au final, en attendant la prochaine sortie de Pierre-Louis Opont, la divulgation du taux de participation, les annonces de sanctions contre plateformes, partis et candidats fautifs et la publication des résultats des élections de dimanche, on peut se demander qui croire quand les chiffres parlent.

Frantz Duval Editorial du Nouvelliste

http://www.radiotelevisioncaraibes.com/opinion/quelle_surprise_nous_concocte_le_conseil_lectoral.html

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