Ramener les citoyens à la vie politique

Gary Victor, Editorialiste.

Gary Victor, Editorialiste.

Ce n’est pas seulement en Haïti qu’on a l’impression que les politiciens souffrent d’autisme. Mais, chez nous, avec un quotidien aussi difficile pour les citoyens, on se demande s’il est correct de parler d’autisme. Peut-être faudrait-il mieux se référer à la mauvaise foi et à la malhonnêteté des acteurs politiques. On en entend souvent beaucoup pérorer sur les ondes des stations de radio en réclamant le respect du vote de la population. Quand on sait quelle chapelle ils défendent, on est perplexe sur l’utilisation du mot population et ensuite, bien sûr, ils n’osent pas trop parler de ces plus de 75 % qui ont sanctionné ceux qui font la politique en n’allant tout simplement pas aux urnes.

Ramener les citoyens à la vie politique est une chose plus que nécessaire, mais on n’y arrivera pas si on n’étudie pas les raisons qui expliquent leur abstention, leur dégout des acteurs sur le terrain. En 1987 puis en 1991, ils étaient des millions dans les rues. Le taux de participation reflétait le désir de tous les secteurs de la vie nationale à prendre un autre chemin, celui d’une démocratie véritable pour la construction d’un État qui irait vers une distribution équitable de la richesse nationale et un début de satisfaction des besoins de base de la population. On a vu surgir des politiques qui ont récupéré dans leurs discours les rêves des citoyens pour prendre le pouvoir et rapidement s’asseoir à la table des traditionnels décideurs afin de continuer le même jeu de mise à sac de la nation. Pire, s’abîmant dans les profondeurs d’un populisme abject, ils ont continué à affaiblir l’État, et fait en sorte que bon nombre de gens dans une société déjà rongée par la précarité en viennent à croire que la médiocrité, le vol, la violence, l’indécence, le mensonge, étaient et sont des voies royales vers la réussite. Aujourd’hui, nous sommes au summum de la comédie avec un État presque pris en otage par certains individus qu’une justice véritable devrait questionner avec une extrême rigueur.

Redonner confiance aux citoyens ne sera donc pas chose facile d’autant plus que le pouvoir semble être aux mains de ceux qui justement tirent profit de la situation. Pourtant, malgré tout, baisser les bras devant cette catastrophe serait encore plus suicidaire. Comme nous l’avons dit maintes fois, la société civile devra se séparer de ces imposteurs qui l’ont trop souvent utilisée pour pouvoir penser d’autres types d’organisation devant dégager des forces suffisantes sur le terrain afin de faire obstacle aux loups. Il faudra s’atteler à reprendre le pouvoir politique au bénéfice de la population, de la nation dans le but d’arriver à une situation normale où tout un chacun pourra vivre en sécurité, prospérer, faire des affaires sans craindre les monopoles, et construire un avenir qui nous ramènera effectivement dans le concert des nations.

Les propositions pour penser, repenser, dégager des pistes de solution sont donc les bienvenues. Comme celle émise par Valéry Numa journaliste à Vision 200 qui propose que personne ne doive être autorisé à occuper un poste dans la fonction publique sans avoir prouvé qu’il ait voté. Il y a des candidats à des fonctions électives qui n’ont voté pour la première fois que lors des élections auxquelles ils participaient. On peut discuter l’idée du journaliste, mais il est choquant, quand on y pense, à la somme de gens qui vocifèrent, manipulent, magouillent, prétendent à un dédain de la chose politique et qui s’empressent de monter dans le train du gagnant pour se trouver une bonne position alors qu’ils n’ont jamais déposé un bulletin dans une urne. Ce sont comme des urubus qui planent dans le ciel et attendent de fondre sur leur proie.

Bref, voici toute une nation à la recherche d’un Hercule, ou même de plusieurs, pour nettoyer les écuries d’Augias.

Gary Victor, Le national Haiti.

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