Trump : L’heure de vérité !

Roody Edmé, Photo Alter Presse

Roody Edmé, Photo Alter Presse

Le 20 janvier 2009 Washington, DC., Barak Hussein Obama devint le 44e président des États- Unis. Le monde entier avait les yeux rivés sur la capitale américaine et vivait en direct un moment inoubliable de l’histoire.

Au même moment, selon les journalistes d’investigation du magazine Front Line diffusé sur la sérieuse chaîne publique PBS, un groupe de sénateurs républicains dont le très conservateur Newt Gingrich réfugié dans un bar au bord du Potomac buvait leur défaite jusqu’à la lie. Tout en préparant ce qui devrait être la plus grosse opération de blocage et de « character assasination » du siècle contre un président noir qu’ils n’ont jamais accepté.

Tout a commencé lorsque le président Obama, dans un souci d’apaisement, a voulu rapprocher les gros bonnets de Wall Street avec la foule des insoumis du Main Street. Après avoir tenu un langage ferme envers les chefs des grandes corporations financières, le président n’a pas été aussi loin que le voulaient ses mandants. Il a préféré sauver les meubles en appliquant le « too big to fail », c’està- dire empêcher que le Titanic de la haute finance sombre et avec lui toute l’économie américaine.

Une grande partie de la rue américaine répondit en inscrivant en lettres capitales sur des pancartes : « Too big has failed », une manière ironique de dire que la finance casino avait lamentablement échoué et que les finances publiques n’avaient pas à casquer pour éviter le naufrage.

Il ne fallait pas plus pour alimenter la rhétorique anti-Obama des talkshows qui polluèrent les ondes américaines. Rick Santenelli, Rush Limbaugh, Glenn Beck furent les plus offensifs parmi les éditorialistes qui sonnèrent la charge contre un président qui promettait à tout un peuple : A New Birth of Freedom.

L’unité nationale américaine était ce qui importait le plus pour Barak Obama, qui a souhaité s’élever audessus des considérations raciales, mais qui s’est vu en maintes occasions traiter de « raciste » par les chefs de file du Tea party.

Ce n’est sans doute pas un hasard si les incidents entre policiers et noirs américains se multiplièrent au cours de son mandat ; comme pour signifier à une majorité d’Américains que le corps des noirs était encore captif. Et que l’élection d’un président d’ascendance afroaméricaine ne mettait pas fin à une certaine histoire.

Le retour du balancier

20 janvier 2017, la page est tournée. Donald Trump, incarnation de la riche Amérique, mais expression des fantasmes des blancs pauvres et des classes moyennes malmenés par la crise prête serment au moment où nous écrivons cet article. Le monde regarde cette fois-ci avec angoisse, le slogan unitaire du « Yes we can » est remplacé par celui plus placide de « Make America Great Again » !

Généralement, les différentes administrations américaines fonctionnent selon des schémas préétablis, ce, quelles soient républicaine ou démocrate. Dans le fond, les intérêts supérieurs de « l’empire » ne vacillent nullement, quel que soit le locataire à la Maison-Blanche.

La voie à suivre par tout président américain est généralement bien balisée. Tout chauffeur s’installant au volant de la démocratie américaine fonctionne en quelque sorte sur pilotage automatique.

Il arrive certes que certains chauffards, ivres de puissance, se livrent à des excès et dirigent à tombeau ouvert. Le rêve du grand Moyen- Orient « démocratisé » et occidentalisé de l’Administration Bush a débouché sur des foyers de conflits inextinguibles.

Nous savons désormais que l’Organisation de l’État islamiste est une émanation de l’ancienne armée irakienne, maladroitement démobilisée par les Américains. Des troupes d’élite lâchées dans la nature avec armes et bagages sont devenues des recrues de choix pour le Calife autoproclamé de l’EI.

Les conséquences de l’aventure irakienne se font d’ailleurs encore sentir après deux termes du pouvoir Obama.

Russie Connexion

Cette fois-ci, beaucoup d’incertitudes demeurent et une peur quasi mystique s’installe un peu partout dans le monde. Le président qui prête serment ce matin devant une foule rassemblée sur la National Mall a tendance à faire flèche de tout bois. On ne lui connaît pas de doctrine, sinon un slogan racoleur censé rappeler le passé grandiose de l’Amérique.

Ce qui jette le trouble dans les chancelleries occidentales, c’est sa propension à critiquer vertement les alliés traditionnels des États- Unis. Alors que le Brexit a été vécu par ses alliés européens comme un séisme, le président Trump prédit le départ d’autres pays de l’Union européenne !

Une déclaration qui risque de grossir la vague identitaire qui balaie les côtes européennes.

L’obsession de Donald Trump se nomme Vladimir Poutine, pour qui il semble avoir « les yeux de Chimène ». Le nouveau président ne cache nullement sa fascination pour le style Poutine. Il ne rêve que de faire de bons accords avec la Russie. Il va même jusqu’à critiquer sans nuance ses propres services de renseignement, tout en promettant d’ouvrir largement les fenêtres de la Maison-Blanche pour faire entrer la brise polaire.

Il n’hésite pas à remuer le couteau dans la plaie ouverte de l’alliance atlantique en décrétant à tort ou à raison l’obsolescence de l’OTAN. Il est vrai que les États-Unis assument plus de 70 % du budget de cette Organisation et la promesse de réinvestir ces sommes dans l’économie américaine constitue une douce musique aux oreilles des blancs pauvres du Wisconsin.

Le monde que nous vivons est plombé par la peur de l’autre. Le terrorisme post-moderne et son nihilisme meurtrier font le lit des leaders qui promettent à leurs peuples la sécurité. Les mesures envisagées sont la construction de nouveaux murs et les stigmatisations de groupes ethniques potentiellement dangereux.

Toute chose qui nous éloigne d’un monde apaisé et d’une mondialisation à visage humain.

Il s’agit d’un dangereux retour du balancier que nous espérons avoir surestimé. Qu’il est souhaitable parfois de se tromper !

Roody Edmé, Le National.

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