Trump ou le retour de l’Amérique à ses vieux démons : le racisme d’État anglo-saxon

 Le racisme d’État anglo-saxon. Par Gesler Jean-Gilles.

Le racisme d’État anglo-saxon. Par Gesler Jean-Gilles.

Le poète-compositeur québécois, Gilles Vigneault, chante : mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver; une façon de déplorer le rude climat qui forge la personnalité et définit le canadien-français. Pour le président des États-Unis, Haïti n’est pas un pays, c’est un “shithole country”. Les mots français correspondant sont fosse d’aisance et latrine. Le président des États-Unis est un homme très riche que dessert un manque évident d’éducation et de culture, du genre de ceux que l’Amérique produit à profusion.

Pour le dire crument, de l’avis de ce sinistre personnage, qui se trouve être le président d’un pays soi-disant ami, Haïti est une latrine et les Haïtiens, du plus pauvre au plus riche, vivent dans un espace où pas un être vivant ne pourrait rester longtemps; sauf quelques bactéries tentant de transformer la dégoutante matière en engrais naturel ? N’étant pas “bayakou” (comme nous disons en Haïti de ces hommes qui font le dur métier de curer les latrines), nous ne rejoindrons pas le président des États- Unis dans la position scatologique dans laquelle il souhaite nous entrainer. Nous ne le dérangerons pas dans cet environnement dégoutant où il semble se sentir bien.

Nous n’opposerons pas non plus au racisme qui avilit une partie de l’opinion publique en Amérique du Nord comme en Europe, le parcours exceptionnel d’un groupe d’anciens esclaves qui s’est opposé à l’ordre esclavagiste et colonialiste barbare. Nous sommes avant tout une grande nation qui a conclu la Révolution française en donnant la liberté, non seulement aux blancs, mais à tous les hommes quelle que soit leur couleur. Ce n’est point nécessaire de le brandir à tout bout de champ et pas certainement dans la situation actuelle. Trump aurait dû le savoir.

Le président des États-Unis considère les Haïtiens pires que les rats. C’est le propre des gens de haine, les Nazis au premier chef, de nier à l’autre son humanité, d’animaliser ceux qu’ils détestent, de les dénigrer. Donald Trump est le prototype de ces gens auxquels les polygénistes, inventeurs de la race et du racisme, ont pu faire croire qu’il n’y a pas une espèce humaine, mais plusieurs races au sommet desquelles trônent naturellement les Aryens (Scandinaves et les Germains dont descendent les Anglo-Saxons), qui seraient nantis d’une supériorité physique, morale et intellectuelle, les prédestinant à diriger le monde.

En proclamant publiquement sa préférence pour une immigration en provenance de la Norvège, Donald Trump souhaite revenir au bon vieux temps de la suprématie anglo-saxonne en Amérique. Le gouvernement des États-Unis, dès la fin de la guerre de Sécession, en 1865, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, avait favorisé une politique d’immigration ouvertement raciste, où seuls les immigrés en provenance des pays de l’Europe du Nord et des iles britanniques étaient acceptés; ces contrées peuplées d’hommes parmi les plus blancs de la planète, au teint laiteux, les cheveux blonds et les yeux bleus.

En 1921, la loi Immigration Act a été promulguée pour limiter l’arrivée des Européens du Sud et des groupes dits de couleur, dans le but de blanchir davantage la population américaine et d’effacer toute trace du métissage entre les anciens colons anglais, les anciens esclaves et les amérindiens. Les Irlandais, les Franco-Américains, les Amérindiens, les Afro-américains, les Latinos, les Italiens, ont vécu dans leur chair ces discriminations jusqu’aux années 1950.

C’est un racisme d’État qui visait à préserver la race? Anglo-saxonne, contre l’arrivée des barbares, incapables de se fondre dans la civilisation américaine autoproclamée blanche, anglo-saxonne et protestante. Charles E. Woodruff, du Corps médical des armées des États-Unis, déclarait au début du XXe siècle que : si l’Amérique doit être à la pointe de la civilisation, il faut qu’elle soit constamment nourrie en apport de sang provenant d’Europe du Nord, pour remplacer le stock nordique dégénéré par l’immigration venant des pays de l’Europe centrale et méditerranéenne. Un peu plus loin, Woodruff brandit le spectre de l’abâtardissement de la population américaine par le flot d’immigrants non anglo-saxons (L’invention de la race, p. 286, éditions La Découverte, Paris, 2014).

Le président des États-Unis et surtout ceux qui l’ont porté au pouvoir sont issus pour la plupart des groupes extrémistes haineux et violents, enclins au néonazisme, parmi les plus pauvres, ceux qu’on appelle les petits blancs, autrement dit les laissés-pour-compte de la mondialisation.

Si l’Américain blanc d’origine non anglo-saxonne est accepté comme l’égal de l’Anglo-Saxon, il n’en est pas de même des Afro-américains et des communautés hispaniques, qui sont la cible continuelle des groupes de haine et de violence. Ces groupes de choc composés du Ku Klux Klan, des milices d’extrême droite, des Néo Nazis et autres, que viennent grossir quelques éléments des ex-racisés blancs non anglo-saxons, prennent peur de l’éventualité d’une Amérique non blanche et sont prêts à toutes les formes de violence pour tenter de freiner l’angoissante dynamique tendant à les rendre minoritaires dans la nouvelle société américaine. C’est la motivation principale qui a fédéré les petits blancs, pauvres ou riches, nostalgiques de l’ancien ordre sur le point de s’effondrer, autour de la candidature de Donald Trump, l’un des leurs, en vue de rendre à l’Amérique sa grandeur, sinon sa blancheur.

Gesler Jean-Gilles, Le National Haiti.,    http://www.lenational.org/trump-retour-de-lamerique-a-vieux-demons-racisme-detat-anglo-saxon/

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