Un des plus grands échecs de la présidence de Martelly

edh

Dans son intervention sur radio télévision Caraïbes la semaine dernière, l’économiste Kesner Pharel a fait savoir que l’état lamentable du secteur de l’énergie électrique en Haïti aujourd’hui témoigne de l’ « un des plus grands échecs » de la présidence de Michel Joseph Martelly dans ce pays. La non-diversification de ce secteur est l’une des causes de cet état, poursuit-il.

La non-diversification du secteur de l’électricité en Haïti

Le secteur de l’énergie électrique en Haïti est essentiellement alimenté par le pétrole depuis toujours. Ce qui fait qu’à chaque fluctuation des prix de ce produit sur le marché international, puisque le pays n’en produit pas bien sûr, correspondent de graves conséquences sur les entreprises, sur le fonctionnement de l’administration publique, sur le coût du transport ayant ainsi un effet d’entrainement sur les autres produits de première nécessité sur le marché local, sur les ménages, etc.

Avec le programme PetroCaribe, dont Haïti est l’un des pays bénéficiaires de la Caraïbe aujourd’hui, l’abaissement du cours du pétrole sur le marché international n’a pas vraiment de bonnes répercussions sur le pays, dans la mesure où le pourcentage de fonds que le Venezuela doit percevoir de celui-ci dans un temps relativement court augmente tout à fait, au contraire de ce qu’il avait été avant que ce pays lui en devienne le principal fournisseur.

Selon Kesner Pharel, les centrales électriques offertes par le Venezuela, dans sa bonne foi, dit-il, constituent vraiment un « cadeau lourd » pour Haïti dans la mesure où ce pays ne peut pas vraiment les alimenter, tenant compte de sa faiblesse en matière de financement surtout.

Jusqu’à présent, les autres sources d’énergie comme l’énergie éolienne, l’énergie solaire, l’énergie hydroélectrique, l’énergie géothermique ne sont pas encore envisagées par les dirigeants du pays. C’est-à-dire, elles ne font pas encore l’objet d’une politique publique pensée et mise en œuvre par l’État en vue d’alimenter le pays en énergie électrique. Ce qui aurait pu aider à réduire le coût de l’énergie électrique en Haïti, mieux desservir les consommateurs et réduire, du coup, la pollution dont fait montre l’électricité produite à partir de l’énergie fossile comme intrants (le pétrole par exemple).

La diversification du secteur de l’énergie électrique dans quelques pays de la Caraïbe

D’autres pays de la Caraïbe font des efforts considérables dans le but de diversifier leur secteur de l’énergie électrique en vue de ne pas être dépendants de la fluctuation des prix du pétrole sur le marché international, et prônent ainsi les énergies renouvelables dans une perspective de l’« économie verte ». C’est le cas de la Guadeloupe par exemple. Selon la Banque mondiale, cette île plus petite qu’Haïti d’ailleurs, a une centrale géothermique bouillante qui génère 15 MW d’électricité de manière quasi ininterrompue tout au long de l’année.

Ces genres d’initiatives se font également sur d’autres îles comme Aruba. Depuis janvier 2015, la Banque mondiale avait déjà fait une projection sur le secteur de l’électricité de ce pays qui marche à grands pas. Au début de 2015, la BM projetait qu’Aruba allait utiliser près de 50 % d’énergies renouvelables. Mais l’objectif de ce pays est d’atteindre 100 % d’énergies renouvelables en 2020, comme l’a fait remarquer la BM.

Au mois de mai 2016, la Jamaïque a fait la une avec son parc éolien produisant 36 mégawatts financés à hauteur de 63 millions de dollars par la société financière internationale de la Banque mondiale et d’autres donateurs. Et ne parlons même pas de la République dominicaine, avec qui Haïti partage l’île, qui vient de construire ce mois d’avril 2016 « le plus grand parc d’énergie solaire de la Caraïbe » produisant environ 200 mégawatts au total.

Tout cela en vue de dire que des pays de la Caraïbe, qui sont des fois plus petits qu’Haïti en terme de superficie, se révèlent plus dynamiques qu’elle en ce qui a trait à la diversification de leurs secteurs d’énergie électrique. À part le pétrole, en vue de l’éradiquer même des fois, ils essaient de produire de l’électricité à partir d’autres intrants.

Les effets multiplicateurs d’un secteur de l’électricité robuste

Ce n’est pas pour rien que les pays qui se respectent investissent dans leurs secteurs d’énergie électrique. C’est un secteur transversal. Il supporte tous les autres secteurs de l’économie. Du secteur agricole au secteur industriel en passant par les petites et moyennes entreprises (PME), le secteur d’énergie électrique constitue un instrument fondamental dans la réduction des coûts de production des biens et des services. Une telle initiative en Haïti aurait contribué ainsi à la réduction des prix sur le marché haïtien, avec tous les bienfaits que cela aurait sur le salaire réel des travailleurs et sur leurs conditions de travail en général.

Mais tout cela requiert une économie régulée par un État qui établit des prix plafonds et des prix planchers, qui intervient dans les jeux économiques et protège les entrepreneurs comme il protège les travailleurs ! Pas un État irresponsable et affaibli comme le nôtre en tout cas.

Harrios Clerveaux source NATIONAL

http://www.radiotelevisioncaraibes.com/nouvelles/haiti/un_des_plus_grands_checs_de_la_pr_sidence_de_martelly.html

Comments are closed.