URGENCES HAITIENNES : Des idées pour l’émergence

Par Alin Louis Hall

L’un des principaux catalyseurs de l’émergence d’Haïti devrait être la construction de la plateforme logistique de la péninsule du sud. A la croisée des voies maritimes Nord-Sud et Est-Ouest, la péninsule pourrait devenir une porte vers l’Asie, l’Afrique, et l’Amérique pour les compagnies de transport maritime et d’affrètement. D’ailleurs, des baies naturelles en eau profonde ont été repérées sur sa cote méridionale pour la construction d’un port de transbordement de classe internationale et d’un « hub » de correspondance portuaire. La péninsule du sud deviendrait alors idéale pour les industries de messagerie et de distribution internationales et constituerait un élément important dans la chaîne logistique mondiale. Les compagnies de fret aérien pourraient y installer des opérations de consolidation et de tri pour la Caraïbe, l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud.

L’expansion du canal de Panama, prévue pour 2015, va sans aucun doute changer la dynamique de la navigation mondiale en créant une nouvelle voie de circulation le long du canal. La construction d’un nouvel ensemble d’écluses doublera la capacité et augmentera le trafic à travers le canal. Les écluses existantes permettent le passage des navires qui peuvent transporter jusqu’à 5000 EVP(1). Après l’expansion, les navires post-Panamax (2) pourront transiter par le canal, avec un maximum de 13 000 EVP. Pour s’adapter au contexte économique international, une option viable serait de transformer la péninsule en un maillon fort de la chaîne internationale des transports.

Aussi, le port de transbordement peut offrir les services de déchargement. Les frets seront ensuite expédiés en fonction de la destination finale en Amérique, en Europe, en Afrique ou en tout autre point de la Caraïbe et du globe. « Pour la compagnie maritime CMA-CGM (3), qui opère quatre passages hebdomadaires via le canal de Panama, cet élargissement est vu comme une opportunité. «Cela permet, entre autres, de relier l’Asie aux Caraïbes et à la côte Est des États-Unis ou l’Europe à la côte Ouest de l’Amérique latine ou du Nord. Ces marchés sont en croissance, nous y sommes présents et devons les servir au mieux», explique un de ses responsables. »(4)

« Une analyse partagée par les dirigeants de la CMA-CGM: «Certains opérateurs maritimes utilisent les ports panaméens comme ports de transbordement pour desservir les ports de plus petites tailles des pays adjacents. La possibilité de transiter par le canal avec de plus gros navires incitera ces opérateurs à faire escale dans ces hubs qui devront s’adapter pour pouvoir les accueillir.» (5)

A distance raisonnable de raccordement avec le port, l’aéroport international Antoine Simon des Cayes peut être transformé en cette plaque-tournante de consolidation du fret aérien et de correspondance pour le transit de passagers. Du coup, les compagnies aériennes et les fournisseurs de services de logistique voudront y installer des opérations, des tours de contrôle, leur siège et les centres BPO(6).

Un centre de cale sèche (dry dock) pour l’entretien et la réparation de navires peut tirer profit de cette position géostratégique idéale. Pour garantir la sécurité énergétique nationale et un approvisionnement ininterrompu de brut, de gaz, de produits raffinés sur le marché mondial, un terminal pétrolier avec capacités de transbordement, de mélange peut également profiter de cet attribut géostratégique enviable. D’autres installations devront sont à construire pour le stockage en vrac des minéraux, des céréales et d’autres produits de base. Une étape importante pour assurer le transport de marchandises à travers l’île constitue la construction d’un système moderne de transport ferroviaire.

La création de la Zone Economique Spéciale [Sud / Grande-Anse / Nippes] (7) encouragera les industries à s’engager dans des activités à valeur ajoutée aux marchandises en profitant d’une main d’œuvre moins chère que la Chine. Le rôle de l’Autorité de Développement de la Péninsule (ADP)(7) dans le développement de la plateforme logistique sera de fournir un climat des affaires favorable à l’investissement et de jeter les bases de partenariats public-privé (PPP). En ce sens, la promotion de la péninsule pour l’installation d’industries, d’infrastructures et de services de classe mondiale liés aux chaînes internationales d’approvisionnement peut attirer les investisseurs étrangers comme nationaux et les entreprises mondiales comme haïtiennes.

UN TERRITOIRE, UNE AMBITION

Avec une bonne stratégie, la péninsule méridionale peut accélérer l’émergence d’Haïti et son intégration dans sa propre région. Avec des infrastructures bien développées, la péninsule peut devenir l’un des nœuds de la chaine logistique mondiale après Singapour, Dubaï et Rotterdam.

En conséquence, elle doit être réintroduite dans le devenir d’Haïti comme échelle de référence. Son développement doit être planifié en conformité avec les exigences de maximisation durable de son potentiel dans un cadre multidisciplinaire. Plus qu’une simple escale touristique, elle peut devenir une destination favorable à l’investissement. En ce sens, ses qualités géostratégiques lui confèrent un rôle de premier plan, en plus de sa vocation touristique naturelle.

La création de pôles de croissance représente la première étape de l’incontournable décentralisation de l’économie haïtienne en mal de diversification. L’aménagement de ce vaste territoire passe d’abord par la régénération des activités traditionnelles et la promotion des filières existantes. Le développement d’une économie autrefois rythmée par les activités portuaires constitue la première étape. L’activité portuaire, ce sont le port de cabotage, les activités de consolidations et de transbordements, les ports de plaisance et les débarcadères etc… qui représentent beaucoup d’emplois.

CONCLUSION

Il importe de rappeler qu’au début de la période espagnole la primauté des autres régions étaient alors concevable à cause du déficit aurifère du Xaragua, justifiant ainsi la colonisation tardive de la péninsule du sud. Cependant, dans la modernité, la communauté internationale, en rétablissant cette hiérarchisation des régions, alimente la négation permanente du droit à l’avenir de la péninsule méridionale. Ce carcan ne laisse présager aucun lendemain meilleur pour la décentralisation et le désenclavement. Pire ! Même la réalité du déplacement du centre du monde de l’atlantique vers le pacifique leur échappe. Si la péninsule du sud tourne le dos à la mer, par conséquent, Haïti tourne le dos à sa propre région, au commerce maritime international, à l’économie mondiale et à son avenir.

Alin Louis Hall

L’équivalent vingt pieds ou EVP (en anglais, twenty-foot equivalent unit : TEU) est une unité approximative de mesure de conteneur qui regroupe à la fois les conteneurs de 20 pieds et de 40 pieds. On l’utilise pour simplifier le calcul du volume de conteneurs dans un terminal ou dans un navire. Un conteneur de 20 pieds vaut 1 EVP et un conteneur de 40 pieds en vaut 2.

Les navires classés comme Post-Panamax (ou Overpanamax, Postpanamax) ont une taille supérieure à la classe Panamax, c’est-à-dire aux dimensions maximum pour rentrer dans les écluses du canal de Panama. La taille Panamax, qui a longtemps été un facteur déterminant en architecture navale lors de la détermination de la taille d’un navire cargo, a été remise en question dans les années 1990 en raison de l’accroissement constant du trafic maritime et des volumes de marchandises traités. L’augmentation de taille des navires permettant des économies d’échelle.

Le Groupe CMA CGM, abréviation de Compagnie maritime d’affrètement – Compagnie générale maritime, est le 3e armateur mondial de transport maritime en conteneurs et le premier français. Son offre globale de transport intègre le transport maritime, la manutention portuaire et la logistique terrestre.Le groupe CMA CGM est issu de la fusion en 1996 de la Compagnie générale maritime (CGM) et de la Compagnie maritime d’affrètement (CMA).

Le canal de Panama s’agrandit pour rester un carrefour mondial, par Marie Dancer

http://www.la-croix.com/Actualite/Economie-Entreprises/Economie/Le-canal-de-Panama-s-agrandit-pour-rester-un-carrefour-mondial-_NP_-2013-03-17-921337

Ibid.

“Business Process Outsourcing (BPO) consiste en l’externalisation des processus.

HALL Alin Louis, Une zone économique spéciale pour la péninsule du sud, Le Nouvelliste, publié le 17 juin 2013

Ibid.

 

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