URGENCES HAITIENNES : Des idées pour la décentralisation

URGENCES HAITIENNES : des idées pour la décentralisation Par Alin Louis Hall

INTRODUCTION

L’aménagement du territoire représente l’ensemble des actions publiques tendant à un développement équilibré des régions et à une organisation de l’espace selon une conception directrice. Le schéma de cohérence territoriale (scot) est l’aboutissement d’une série de dispositifs en faveur de l’aménagement du territoire. C’est un outil de conception, de mise en œuvre et de suivi d’une planification intercommunale dans une perspective de développement durable. Il permet de coordonner les réflexions et de proposer des orientations à mettre en œuvre dans un cadre intercommunal vers la création de pôles de croissance régionale pour rééquilibrer l’économie nationale. Alors que le schéma directeur, procédure que remplace le scot, portait essentiellement sur l’occupation des sols, le scot a pour objectif de renforcer la cohérence entre les politiques d’habitat, d’urbanisme, de développement économique et de transport, le tout, en respectant les principes du développement durable.

Au-delà de la nécessité d’améliorer le cadre de vie et la protection de l’environnement, il y a une urgence de dynamiser l’économie de la péninsule du Sud par le biais d’un plan de développement économique cohérent. La particularité du scot est qu’il rend la concertation et l’enquête publique obligatoires. Comme document de planification globale conçu sur fond de développement durable, il détermine un plan d’aménagement et de développement durable (PADD) qui expose les choix retenus.

DES ENJEUX MAJEURS, DES ESCALES INCONTOURNABLES

Pour mettre le cap sur 2030, il faut trouver l’harmonie entre le développement urbain, une stratégie économique efficace, dynamique, pérenne et soucieuse de l’environnement. Afin de planifier l’aménagement du territoire de la péninsule du Sud, la régénération des activités traditionnelles et la promotion des filières existantes constituent les premières étapes de la réflexion.

Développer une économie autrefois rythmée par les activités portuaires : L’activité portuaire, c’est le port de cabotage, les activités de transbordements et le port de plaisance qui représentent beaucoup d’emplois. Pour s’adapter au nouveau contexte économique international, la péninsule du Sud doit se transformer en une plate-forme nationale et internationale de négoce, de transformation et de distribution pour devenir un maillon logistique de la chaîne des transports.

L’agro-industrie : L’agro-industrie fait partie de notre économie traditionnelle et demeure indispensable. Mais elle joue aussi un poids important dans l’économie par les emplois qu’elle génère. Malgré un enclavement prononcé, les activités économiques dans la péninsule du sud restent dominées par l’agriculture, la pêche, l’élevage et les huiles essentielles.

L’eau : Ça coule de source… Si la péninsule du Sud était une couleur? Du bleu parsemé de vert!

L’image d’un pays passe aussi par la beauté de ses paysages, et la conscience environnementale qu’on en a. Entre la mer, les cours d’eau douce, la péninsule possède de merveilleux attributs!

Le tourisme : Tourisme vert, tourisme nautique ou tourisme culturel, il y a en a pour tous les goûts! Un rôle économique qui ne saurait être abordé que transversalement. C’est donc un sujet où il faudra savoir faire usage de multi-compétences et où les profils d’experts rencontrés seront en double voire en triple compétences.

SAUVEGARDER L’EQUILIBRE DU TERRITOIRE DE LA PENINSULE

La péninsule du Sud possède un atout fondamental: maillé de villes et de bourgs, elle est organisée autour de noyaux qui ont su préserver leur identité et procurent aux habitants un cadre de vie naturel. En ce sens, la proximité de la campagne et la mer représente une caractéristique qui complémente la singularité de la péninsule méridionale. Toutefois les constructions anarchiques et le phénomène d’éclatement spatial des villes pourraient ternir la beauté du paysage et remettre en cause équilibre urbain. Au cœur de la problématique, donc, le logement, l’économie d’espace et les déplacements.

Ainsi, le schéma de cohérence territoriale doit déterminer les conditions permettant d’assurer:

L’équilibre entre le renouvellement urbain, le développement de l’espace rural et la prévention des espaces aux activités agricoles et forestières ainsi que la protection des espaces naturels et des paysages en respectant les objectifs du développement durable;

Une utilisation économe et équilibrée des espaces naturels, urbains, périurbains et ruraux en assurant la maitrise des besoins de déplacements et de circulation automobile;

La préservation de la qualité de l’air, de l’eau, du sol et du sous-sol, des écosystèmes, des espaces verts, des sites et paysages naturels ou urbains, la réduction des nuisances sonores, la sauvegarde des ensembles urbains remarquables et du patrimoine bâti, la prévention des risques naturels prévisibles, des pollutions et nuisances de toute nature.

UNE ZONE ECONOMIQUE SPECIALE : SUD – GRANDE ANSE – NIPPES

Une zone économique spéciale est une région géographique dans laquelle les lois économiques sont nettement plus avantageuses et libérales pour les entreprises. C’est en créant de telles zones qu’on attire les investissements en permettant aux entreprises de réduire significativement leurs coûts d’investissement, de financement et d’exploitation. Ces mesures sont le plus souvent des réductions fiscales, mais peuvent aussi être des aides directes à l’installation ou implantation. Parmi les plus courants, on peut citer les incitatifs suivants: instauration d’une prime à l’investissement, terrains et locaux à prix réduit, création de zone franche sans taxes ni droits de douane, etc…

Au-delà des incitatifs à caractère fiscal et juridique, puisque la péninsule dispose d’une main-d’œuvre abondante et bon marché, d’une grande disponibilité de terrains à prix abordable ainsi que d’une situation géographique enviable, l’investisseur haïtien ou étranger pourra négocier les conditions de son implantation. De plus, cette immense langue de terre lancée bien en avant sur la mer des Caraïbes est idéale pour une plateforme logistique propice à l’importation de matières premières et, par surcroît, à l’exportation de produits finis, en raison de sa proximité à l’une des voies maritimes les plus fréquentées du monde et du Canal de Panama.

La création de cette zone économique aura comme incidence de concentrer les investissements sur un territoire bien spécifique et permettra un meilleur contrôle dans un cadre plus sécuritaire. Ainsi, en plus d’offrir différents avantages fiscaux et un environnement juridique privilégié, de manière à inciter les entreprises à venir y investir, cette zone économique spéciale servira de laboratoire d’essai pour le reste du pays.

UNE AUTORITE DE DEVELOPPEMENT POUR LA PENINSULE DU SUD

Devant des impératifs toujours plus forts d’optimisation de la dépense publique, de recherche d’efficacité au moindre coût, d’action partenariale et consensuelle, ou encore de mutualisation des moyens, les agences de développement économique s’imposent comme les outils territoriaux les plus adaptés pour agir en matière de développement économique.

La création de l’autorité de développement de la péninsule du Sud (ADP) permettrait de:

Rassembler tous les acteurs économiques et institutionnels autour d’une vision commune,

Stimuler l’activité et d’attirer les investissements,

Disposer d’une ingénierie économique et financière capable de mobiliser l’épargne nationale et celle de la diaspora comme levier.

L’autorité de développement de la péninsule serait une entité parrainée par le gouvernement haïtien. Pour implanter le cadre juridique nécessaire, une loi sur le zonage et l’urbanisme créerait le cadre référentiel qui permettra à l’autorité de développement de s’engager dans la planification, la construction, le financement, l’exploitation et l’entretien des grandes infrastructures. L’autorité de développement pourra recourir au partenariat public-privé (PPP) par lequel toute autorité publique fait appel à des prestataires privés soit pour financer soit pour gérer. L’autorité de développement de la péninsule aura cinq composantes principales:

Une Agence de financement,

Une Commission de développement économique,

Une Société de Parcs Industriels,

Une Agence de développement des petites entreprises,

Une Commission Spéciale de Zonage.

Mission

La mission qui serait assignée à l’autorité de développement de la péninsule sera de promouvoir le développement harmonieux et intégré de la région , par la mise en valeur, en commun, dans un cadre régional, des ressources minières, énergétiques, hydrauliques, agropastorales et piscicoles dans sa zone d’intervention.

Stratégies et objectifs

L’élaboration d’une stratégie de développement pour la péninsule devra prendre en compte les changements intervenus dans le contexte socio-économique régional et mondial. Résultant du souci de doter l’autorité d’un cadre de référence dans lequel s’inscriraient toutes ses actions, la création de la zone économique spéciale « Sud – Grande Anse – Nippes » définira son périmètre d’intervention.

En se fondant sur les grandes orientations que sont le développement harmonieux et intégré et la mise en valeur cohérente et en commun des ressources, l’autorité placera le désenclavement au centre de ses préoccupations et en fera un objectif à atteindre.

En tant qu’autorité de coordination, elle assumera, intègrera et unifiera les fonctions des organismes susmentionnés et commissions pour :

atteindre une efficacité maximale des opérations,

éviter la duplication des services, des postes et des responsabilités,

réduire les dépenses pour le personnel, les installations physiques et les opérations et

élaborer des programmes complets pour le développement économique de la Péninsule par l’exercice des pouvoirs et devoirs de tous les cinq entités, en conjonction avec les autres, et dans le cadre de l’objectif global de promouvoir et de renforcer le développement économique de la péninsule.

Ressources financières

Les moyens d’actions de l’autorité seront de deux ordres : les ressources propres et les ressources externes. Les ressources propres seront celles mises à sa disposition pour l’accomplissement de sa mission. Il s’agit:

de la création d’un Fonds pour les études d’identification ou de faisabilité ;

des taxes et impôts prélevés ;

des titres obligataires émis par son agence de financement.

Les ressources externes proviendront des bailleurs de fonds. La coopération avec les partenaires sera aussi diverse que variée, tant du point de vue du mode d’intervention (prêt, don, subvention,) que du point de vue de la nature des actions (études, projets et programmes, assistance technique, appui institutionnel, ateliers de formation).

Ainsi, l’autorité de développement agira en faveur de la transformation de la seule région caribéenne d’Haïti en plate-forme logistique mondiale. A l’instar de ses équivalents caribéens, ses actions consisteraient à:

attirer et aider à l’implantation d’entreprises haïtiennes et internationales,

favoriser l’émergence de partenariats économiques,

accompagner le développement durable d’Haïti en constituant un modèle pour les autres régions.

 

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