Élections puis référendum ou référendum et ensuite élections, Jovenel Moïse mise sur toutes les options.

Publié le 2020-10-27 | Le Nouvelliste

Après son message solennel à la nation vendredi et sa mise au point de samedi, on croyait avoir bien compris que le président Jovenel Moïse avait fait son choix : le pays doit se prononcer par référendum sur une nouvelle constitution et ensuite aller aux élections quelle que soit l’issue du référendum.

C’était un peu compliqué, mais cette mainmise sur le calendrier de la vie politique du pays s’inscrivait dans une perspective simple : celui qui a tous les pouvoirs décide de tout.

Le président Jovenel Moïse est bien ce maître du jeu politique, ce maître du temps électoral et ce grand maître du temps constitutionnel. Il a raflé ces derniers mois toutes les manettes et cumule de fait tous les pouvoirs et tous les droits depuis que le Parlement et les maires élus ont disparu du décor et que les oppositions se chamaillent sur tout et ne s’entendent sur rien.

Quelle fut la surprise ce mardi de lire un tweet du président Moïse : « Je me suis entretenu, ce mardi 27 octobre, avec les membres du nouveau CEP. Les discussions ont porté sur l’opérationnalisation de la machine électorale. Les conseillers électoraux ont réaffirmé leur engagement pour des élections libres, inclusives, honnêtes et transparentes. #Haïti ».

Le président est-il déjà en train d’inverser le calendrier et va-t-il demander à son Conseil électoral de tenir les élections avant le référendum ?

Le président est-il en train de mettre plusieurs fers au feu pour avoir toutes les cartes en main ?

Parler d’élections après avoir parlé de référendum, est-ce une tactique pour apaiser les craintes de la communauté internationale ?

Aujourd’hui, il n’y a personne en Haïti qui réclame des élections ou un référendum sur une nouvelle constitution sous la direction du président Moïse. Personne. Ni les opposants. Ni les alliés du président Moïse. Personne.

Les seuls qui semblent pressés sont les États-Unis d’Amérique et l’Organisation des États américains. Les USA et l’OEA se rendent compte qu’ils ont un allié qui fait pire que le Venezuela, pays catalogué aujourd’hui comme principal ennemi de la démocratie sur le continent.

Selon un article de la journaliste Jacqueline Charles publié dans le Miami Herald, un porte-parole du Département d’État américain a déclaré que les États-Unis s’attendent à des élections en Haïti au plus tard en janvier pour renouveler l’ensemble de la Chambre basse, les deux tiers des 30 membres du Sénat et tous les bureaux locaux, y compris les maires.

« Nous soutenons l’évaluation de l’OEA selon laquelle les élections peuvent et doivent avoir lieu au plus tard en janvier 2021 », a déclaré le porte-parole du Département d’État cité par le Miami Herald.

Dans les prochains jours, autant qu’on s’approchera de l’échéance du 7 février 2021, il faut s’attendre à beaucoup de revirements et de manœuvres. Chacun va essayer de tirer son épingle du jeu, de placer ses pions, de ne pas perdre la face, de remporter la bataille.

Rien ne dit que qui que ce soit va se soucier du sort d’Haïti et des Haïtiens.

Frantz Duval

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