RESUME
Dans le bus d’Ă©valuer la valeur nutritionnelle du Moringa Oleifera, nous avons effectuĂ© l’analyse chimique de ses produits (les gousses fraĂźches, les feuilles fraĂźches, les fleurs fraĂźches, la poudre des feuilles). La biodisponibilitĂ© du fer de la poudre des feuilles deMoringa Oleifera ou NĂ©bĂ©day et de plats traditionnels sĂ©nĂ©galais (bouillie de mil, de fonio, Ceere Mbuum) enrichis ou non avec la poudre a Ă©tĂ© aussi dĂ©terminĂ©e.
L’analyse chimique montre que les produits de Moringa Oleifera sont riches en protĂ©ines( feuilles, fleurs, poudre) et que les gousses sont plus riches en matiĂšres grasses et apportent plus d’Ă©nergie que les autres produits du Moringa. L’analyse des minĂ©raux a montrĂ© que les produits de Moringa Oleifera sont riches en calcium pour les macronutriments et en fer pour les oligoĂ©lĂ©ments. La dĂ©termination de la biodisponibilitĂ© du fer de la poudre des feuilles et des plats enrichis avec la poudre montre une faible biodisponibilitĂ©. Ceci montre que le fer contenu dans la poudre des feuilles sĂ©chĂ©es pourrait provenir d’une contamination et/ ou de l’existence d’inhibiteurs de l’absorption du fer. L’enrichissement des plats avec la poudre des feuilles augmente les teneurs en protĂ©ines et en fer (sauf pour la bouillie de mil).
En conclusion la poudre de Moringa Oleifera est riche en protĂ©ines et en fer qui nĂ©anmoins reste peu biodisponible. L’enrichissement des plats avec la poudre des feuilles amĂ©liore les teneurs en protĂ©ines mais influe peu sur le contenu en fer biodisponible.
MOTS-CLES: Moringa Oleifera, Biodisponibilité, fer, enrichissement, in vitro
INTRODUCTION
Originaire du Nord de lâInde, le Moringa Oleifera est dâusage assez courant en mĂ©decine populaire et en alimentation dans les sociĂ©tĂ©s africaines et asiatiques (2). En effet ses feuilles sont communĂ©ment consommĂ©es dans toute lâAfrique de lâOuest. De nombreuses vertus sont confĂ©rĂ©es Ă cette plante (1,2) :
- médicinales (antidiarrhéique, hypotensive, bactéricide, laxative),
- purificatrice dâeau.
Au SĂ©nĂ©gal, les feuilles sont gĂ©nĂ©ralement consommĂ©es cuites sous forme dâune sauce appelĂ©e Mbuum accompagnant le couscous Ă base de cĂ©rĂ©ales composĂ©s de mil, maĂŻs ou riz (cf. recettes du SĂ©nĂ©gal du projet IPGRI LĂ©gumes feuilles). Les feuilles sont utilisĂ©es fraĂźches ou sĂ©chĂ©es et rĂ©duites en poudre. Des travaux antĂ©rieurs ont dĂ©crit la composition nutritionnelle de la plante (1).
En effet Toury et al qui ont analysé des feuilles fraßches de Moringa Oleifera de la région de Dakar donnent la composition suivante pour 100g : eau 74,7%, protéines 8.1%, lipides 0.6 %, glucides totaux 14.1%, cellulose 2,13%, cendres 2,5%, calcium 531mg, fer 11,7mg, vitamine C 220 mg, thiamine 0.23mg, riboflavine 0,77mg, niacine 2,66 mg et un équivalent vitamine A de 5000 ”g/100g. La richesse des feuilles en certains éléments nutritifs, notamment en protéines, en calcium et en fer a conduit à introduire les produits du Moringa Oleifera dans leur programme de lutte contre la malnutrition.
Câest ainsi quâen 1997 une ONG amĂ©ricaine en collaboration avec une ONG sĂ©nĂ©galaise ont dĂ©marrĂ© un projet pilote dĂ©nommĂ© « Projet de rĂ©cupĂ©ration nutritionnelle des enfants, des femmes enceintes et des femmes allaitantes. Une Ă©valuation du projet en 1998, par des tĂ©moignages de la population et dâagents de santĂ© montre une certaine efficacitĂ© de la poudre des feuilles de Moringa dans la prĂ©vention de la malnutrition et dans la rĂ©cupĂ©ration des enfants malnutris. Mais aucune Ă©tude scientifique nâavait Ă©tayer ces faits, dâoĂč lâobjet de cette Ă©tude.
La malnutrition et les carences associĂ©es en particulier lâanĂ©mie constitue lâun des plus grands problĂšmes de santĂ© publique dans les zones les plus pauvres des pays en dĂ©veloppement (3). Les causes de cette affection sont multiples mais surtout nutritionnelles caractĂ©risĂ©e par un faible apport de facteurs hĂ©matopoĂŻĂ©tiques (fer, vitamine B12, folates).
Lâapport en fer des aliments des pays en dĂ©veloppement ne permet pas de couvrir les besoins en fer des populations (7). Le type de rĂ©gimes de ces pays et la faible biodisponibilitĂ© du fer dans lâalimentation liĂ©e Ă la prĂ©sence de facteurs inhibiteurs de lâabsorption du fer tels que les polyphĂ©nols, les phytates et les fibres constitue la principale entrave Ă la couverture des besoins en fer des populations (7-10). La valorisation de variĂ©tĂ©s vĂ©gĂ©tales riches en micronutriments est une stratĂ©gie pour lutter contre les carences en micronutriments.
Lâobjectif principal de lâĂ©tude est dâĂ©valuer la biodisponibilitĂ© du fer dans la poudre des feuilles de Moringa Oleifera et de plats enrichis avec cette poudre.
Les objectifs spécifiques sont :
- Déterminer la composition chimique des feuilles fraßches, des gousses fraßches, des fleurs fraßches et de la poudre des feuilles séchées,
- Evaluer lâapport en fer et en protĂ©ines de plats enrichis et non enrichis avec la poudre de Moringa Oleifera couramment consommĂ©s dans le sud du SĂ©nĂ©gal,
- Mesurer la biodisponibilité en fer de la poudre et des plats.
MATHERIEL ET METHODES
1. Les produits
Les diffĂ©rentes parties fraĂźches (gousses, fleurs, feuilles) de la plante Ă©tudiĂ©es ont Ă©tĂ© rĂ©coltĂ©es dans la rĂ©gion de Dakar sur diffĂ©rents arbres pour avoir des produits frais. Les produits frais ont Ă©tĂ© conservĂ©s Ă +4°C. Les dosages sont effectuĂ©s sur la matiĂšre encore fraĂźche. La poudre est celle prĂ©parĂ©e par les populations de Casamance dans le cadre du projet de lâONG sĂ©nĂ©galaise. Elle est obtenue par pillage des feuilles sĂ©chĂ©es Ă lâabri d soleil, la poudre est conservĂ©e dans des sachets en plastique.
2. Les plats
a. les bouillies
Elles sont préparées avec deux céréales : le mil (Pennisetum thyphoides) et le fonio (Digitaria exilis).
- Bouillie de fonio : 200g de fonio et 100g de poudre dâarachide sont cuites dans 1L dâeau de robinet, 60 g de sucre sont ajoutĂ©s en fin de la cuisson qui dure 20 mn.
Elle est enrichie avec 15g de poudre de feuilles de Moringa Oleifera aprÚs cuisson.
- Bouillie de mil : câest une bouillie Ă base de farine de mil (50 g), de pĂąte dâarachide « DĂ©guĂ© » (50g). Elle est cuite pendant 25 mn avec 600 ml dâeau et est sucrĂ©e (30 g).
Elle est enrichie aprÚs cuisson avec 10 g de poudre de feuilles de Moringa Oleifera
b. Le Mbeulekhé
Câest un plat Ă base de riz et de sauce. La sauce est constituĂ©e de pĂąte dâarachide cuite « DĂ©guĂ© »(340 g) ,de poisson frais( 300 g),de poisson braisĂ©,fumĂ© et sĂ©chĂ© « kĂ©thiakh » et de poisson fermentĂ© sĂ©chĂ© »guedj » (5 g). Lâensemble est cuit avec 1,5 l dâeau additionnĂ©e dâoignon (5 g), dâhuile de palme (10cuillĂ©res Ă soupe, de piment et une pincĂ©e de sel. Elle est enrichie avec 30 g de poudre de feuilles de Moringa Oleifera.
Le riz cuit (1kg de cuit dans 1,5 l dâeau) est mĂ©langĂ© Ă la sauce dans un rapport ÂŒ(sauce /riz). La cuisson dure 55 minutes.
c. Couscous de mil ou Ceere Mbuum en ouolof
Le couscous (ThiĂ©rĂ© Mboum en woloff) est Ă base de mil (Pennisetum typhoides) souvent vendu dans les marchĂ©s sĂ©nĂ©galais. La sauce Mbuum est constituĂ©e de feuilles fraĂźches de Moringa Oleifera (300 g) cuites pendant 65mn avec de la poudre de poisson fumĂ© kĂ©thiakh (200g) et de poudre dâarachide (300 g) dans 2,5 l dâeau. Un cube bouillon et une pincĂ©e de sel sont ajoutĂ©s Ă la sauce.
3. Composition chimique des produits de Moringa Oleifera
Les dosages ont Ă©tĂ© effectuĂ©s selon les mĂ©thodes AOAC (12). Les Ă©chantillons analysĂ©s en triple pour les minĂ©raux (calcium, fer, sodium, magnĂ©sium, zinc, potassium) et en double pour lâhumiditĂ©, les protĂ©ines, les matiĂšres grasses ; les cendres et la cellulose.
- LâhumiditĂ© : lâĂ©chantillon subit une dessiccation Ă lâĂ©tuve Ă 105°C pendant 4 heure et la diffĂ©rence de poids donne le taux dâhumiditĂ© ;
- Les protéines : elle sont dosées par la méthode de Kjeldahl ;
- Les lipides : ils sont extraits par un solvant non miscible (n-hexane) dans un extracteur de type Soxhlet (Unid Tecator, System HT2 1045, SuĂšde). AprĂšs Ă©vaporation du solvant et pesage de la capsule Ă lâĂ©tuve Ă 105°C pendant 30mn ; la diffĂ©rence de poids donne la teneur en lipide de lâĂ©chantillon
- Les cendres : lâĂ©chantillon est carbonisĂ© sur un bec bunsen puis incinĂ©rĂ© dans un four Ă 600°C pendant 6 heures ;
- La cellulose : lâĂ©chantillon bien broyĂ© est mis dans un ballon et on y ajoute 50 ml dâacide sulfurique (H2SO4 0.3N).Chauffer pendant 30mn puis ajouter 25ml de soude (NaOH 1.5N) et chauffer pendant 25mn et ajouter 0.5g dâEDTA (EthylĂšne Diamine TĂ©tra acĂ©tique) maintenir lâĂ©bullition pendant 5mn.A la fin du chauffage, filtrer le mĂ©lange Ă travers un creuset filtrant de porositĂ© 2, laver avec 3 portions de 50ml dâeau distillĂ©e ,25ml dâĂ©thanol et 25ml dâacĂ©tone. Le creuset est ensuite sĂ©chĂ© Ă lâĂ©tuve Ă 130°C pendant 2 heures et refroidi au dessiccateur puis pes Ă©. Il est enfin portĂ© au four Ă 400°C pendant 2 heures pour incinĂ©ration, puis pesĂ© aprĂšs refroidissement ;
- Les minĂ©raux : minĂ©ralisation par voie sĂšche, les cendres obtenues contiennent les Ă©lĂ©ments majeurs (Na, Ca, Mg, K, etc.) et les oligo Ă©lĂ©ments (Fe, Zn, etc.). Ces minĂ©raux ont Ă©tĂ© dosĂ©s par SpectrophotomĂ©trie dâAbsorption Atomique avec un appareil de type Pelkin Elmer (PE 3110, Norwalk USA),
- Les glucides sont calculés par différence,
- La valeur Ă©nergĂ©tique correspondant Ă lâĂ©nergie disponible est calculĂ©e Ă lâaide des coefficients spĂ©cifiques dâAtwater pour les protĂ©ines, les lipides et les glucides.
4. Biodisponibilité du fer
Elle a Ă©tĂ© dĂ©terminĂ©e par la mĂ©thode in vitro de Miller et al. (13) modifiĂ©e selon Kane et Miller (14). Elle consiste Ă simuler les conditions gastro- intestinales pour avoir des indications de lâabsorption du fer au niveau intestinal. La mastication est remplacĂ©e par une homogĂ©nĂ©isation. Il y a une double digestion pepsique et pancrĂ©atique. Les pH stomacal et intestinal sont respectĂ©s par ajustement progressif du pH pour avoir un pH 2 pour la digestion pepsique et un pH 6,7-7,2 pour la digestion pancrĂ©atique. Lâutilisation du bain-marie agitant Ă 37°C permet Ă la fois de simuler les mouvements intestinaux et de respecter la tempĂ©rature corporelle. La surface dâabsorption intestinale est remplacĂ©e par des sacs Ă dialyse de diamĂštre 6000-8000 Çș (Spectra /Por membrane MWCO, California, USA).
a. Préparation des réactifs
Les réactifs utilisés sont :
- une solution dâhydrogĂ©nocarbonate de Sodium (Na HCO3) 0.1N ;
- une solution de hydroxyde de potassium (KOH) 0.5M ;
- une solution de chromagĂ©ne obtenue par dissolution de bathophĂ©nanthroline dans une solution dâacĂ©tate de sodium 2M ;
- un prĂ©cipitant protĂ©ique prĂ©parĂ© avec du TCA (acide trichloroacĂ©tique) et de lâhydrochlorure dâhydroxylamine ; hog stomach mucosa, Sigma, St Louis, Mo USA) et de lâacide chlorhydrique (HCL) 0.1N. ;
- une suspension pancrĂ©atine-bile (rapport 0,16) Les solutions dâĂ©talonnage sont prĂ©parĂ©es Ă partir de la solution mĂšre de fer (1g/L)
- b.prise dâessai et digestion pepsique
AprĂšs homogĂ©nĂ©isation, une quantitĂ© suffisante est pesĂ©e pour obtenir 4 aliquotes de 20g Ă la fin de la digestion pepsique. Pour le blanc rĂ©actif, lâĂ©chantillon est remplacĂ© par de lâeau dĂ©minĂ©ralisĂ©e. Une solution dâHCl 6N est ajoutĂ©e Ă lâaliment jusquâĂ lâobtention du pH 2. Pour la digestion pepsique un volume de la solution de pepsine respectant le rapport 0,5g de pepsine pour 100 g dâaliment est ajoutĂ© dans lâErlenmeyer contenant lâaliment Ă pH 2 puis incubĂ© au Bain-marie agitant Ă 37°C pendant 2 heures . AprĂšs la digestion pepsine ,4 aliquotes de 20g sont prĂ©levĂ©s. Les 3 vont ĂȘtre congelĂ©s pour la dĂ©termination du fer dialysable et le 4Ăšme utilisĂ© pour celle de lâaciditĂ© titrable obtenue par la mesure du volume de KOH nĂ©cessaire pour mener le pH du produit de digestion pepsique Ă 7,5.
c. digestion pancréatique
Dans chaque sac Ă dialyse est introduit un volume dâhydrogĂ©nocarbonate de sodium 0,1N Ă©gal au volume de KOH utilisĂ© pour lâaciditĂ© titrable de lâĂ©chantillon correspondant puis on ajuste Ă 20ml avec de lâeau dĂ©minĂ©ralisĂ©e. Les sacs ont une longueur de 22 cm avec un nĆud Ă chaque extrĂ©mitĂ©. Pendant la prĂ©paration de ces sacs, les 3 aliquotes sont dĂ©congelĂ©s dans un bain-marie Ă agitation Ă 37°C. Les sacs Ă dialyse sont placĂ©s sont placĂ©s chacun dans les Erlenmeyer et mis au bain-marie. A la 30Ăšmeminute ,5ml de la suspension pancrĂ©atine-bile sont ajoutĂ©s Ă chaque Erlenmeyer. AprĂšs 2H, les sacs Ă dialyse sont retirĂ©s Ă lâaide dâune baguette de verre, rincĂ©s et essuyĂ©s. Le volume de dialysat de chaque sac est mesurĂ© Ă lâaide dâune Ă©prouvette de 25ml.
Le traitement pour le dĂ©veloppement de la couleur et la lecture : 2ml de chaque dialysat,2ml dâeau dĂ©minĂ©ralisĂ©e (blanc Ă©talon) et 2ml de chaque Ă©talon sont mis dans des tubes corex de 30ml dans lequel on ajoute 1ml de prĂ©cipitant protĂ©ique. Lâensemble est mĂ©langĂ© au vortex et chauffĂ© pendant 10mn dans un bain dâeau bouillante, puis refroidi. Le mĂ©lange est ensuite centrifugĂ© (4000xg pendant 5mn Ă tempĂ©rature ambiante), 2ml de surnageant sont ensuite mĂ©langĂ©s Ă 1ml de solution de chromagĂ©ne .AprĂšs 10mn, faire la lecture de la densitĂ© optique au SpectrophotomĂštre Ă 535 nm.
De chaque absorbance de dialysat et Ă celle des Ă©talons, il faut soustraire lâabsorbance du blanc rĂ©actif. Le fer hĂ©minique contenu dans la sauce et le Mbuum provenant du poisson est calculĂ© Ă partir des tables de composition alimentaire et soustrait du fer total. La formule suivante donne la biodisponibilitĂ© du fer dans lâaliment considĂ©rĂ©.
Biodisponibilité (%) = quantité de fer dialysable / quantité totale de fer héminique x100
Fer susceptible dâĂȘtre absorbĂ© = quantitĂ© de fer non hĂ©minique x biodisponibilitĂ©
RESULTATS
1. Composition des produits de Moringa Oleifera
Les teneurs en macronutriments et en minéraux des produits de Moringa oleifera sont indiqués dans les tableaux 1, 2, 3 et 4.
Commentaires :
Les produits frais de Moringa Oleifera (feuilles, fleurs, gousses) sont trĂšs riches en eau avec des taux dâhumiditĂ© supĂ©rieurs Ă 73%. La concentration de nutriments est faible dans les feuilles, les fleurs et les gousses fraĂźches. La transformation des feuilles fraĂźches en poudre diminue lâhumiditĂ© et augmente la teneur en protĂ©ines. Ainsi la comparaison des teneurs en macronutriments de 100g de poudre et de 100g de feuilles fraĂźches montre 2 fois plus de protĂ©ines ,5 fois plus de lipides, 2 fois plus de cellulose et 5 fois plus de glucides( Tableau 1)
Lâanalyse des teneurs en nutriments de ces produits par rapport Ă la matiĂšre sĂšche montre que les macronutriments dominants sont les protĂ©ines pour les feuilles ,les fleurs et la poudre des feuilles et les lipides pour les gousses. Les teneurs en protĂ©ines pour les gousses sont multipliĂ©es par 3 par rapport aux feuilles et par 2 par rapport aux fleurs. Les gousses sont trĂšs riches en matiĂšres grasses et en cellulose. La poudre est trĂšs riche en cendres, les taux de cendres des feuilles et celui des fleurs et gousses sont respectivement multipliĂ©s par 5 et 10 dans la poudre (Tableau 2)
Commentaires
Les teneurs en minĂ©raux sont plus importantes dans la poudre des feuilles. Les produits frais nâont pas des concentrations Ă©levĂ©es en minĂ©raux. La transformation des feuilles en poudre permet une concentration en minĂ©raux. En effet, les teneurs en Ca, Na, K, Mg, Fe et Zn dans 100g de feuilles sont ainsi multipliĂ©es respectivement par 13, 3, 12, 13, 3, 6 (Tableau 3).
La poudre est riche en minéraux notamment en calcium, en potassium et en magnésium. La teneur en fer des gousses est trÚs faible par rapport à celle des autres produits. Les teneurs en zinc des différentes parties de Moringa Oleifera sont faibles (Tableau 4).
La poudre de Moringa Oleifera est riche en protéines avec une digestibilité de 56% et malgré sa teneur en fer assez importante, la biodisponibilité en fer est faible (2.2%) (Tableau 5)
2. Composition des plats
Les résultats des analyses sont indiqués dans les tableaux suivants (6,7) :
La teneur en fer et la quantitĂ© de fer biodisponible de la bouillie de fonio enrichie sont 2 fois plus Ă©levĂ©es que celles de la bouillie non enrichie. La biodisponibilitĂ© du fer ne diffĂšre pas entre les bouillies enrichies et non enrichies. Les teneurs en protĂ©ines des bouillies enrichies sont 2 fois plus Ă©levĂ©es que celles de bouillies non enrichies. Les bouillies de fonio sont 5 fois plus riches en protĂ©ines que celles de mil (Tableau 6) Les teneurs en fer de la sauce sont 4 fois et 2 fois plus Ă©levĂ©es que celles du riz et du MbeulekhĂ©. La biodisponibilitĂ© du MbeulekhĂ© est plus Ă©levĂ©e mĂȘme si la plus grande quantitĂ© de fer biodisponible est trouvĂ©e dans la sauce (Tableau 7)
Les teneurs en fer ne varient pas dans le mélange du couscous avec la sauce Mbuum. Cependant on note une amélioration de la teneur en fer, de le biodigestibilité du fer et des quantités de fer biodisponible avec ce mélange (Tableau 8)
Ces feuilles sont caractérisées par des teneurs élevées en calcium et faibles en fer. Les feuilles de Moringa Oleifera riches sont plus en protéines que les autres feuilles (Tableau 9).
DISCUSSION
Le taux dâhumiditĂ© des feuilles est comparable Ă celui trouvĂ© par dâautres auteurs (1), il est de 74.70%. Les teneurs en protĂ©ines des produits de Moringa Oleifera trouvĂ©es dans lâĂ©tude sont le plus souvent supĂ©rieures Ă celles de plusieurs lĂ©gumes et feuilles consommĂ©es en Afrique (14).et fait de Moringa Oleifera une vĂ©ritable source de protĂ©ines vĂ©gĂ©tales. Le fer oligoĂ©lĂ©ment important est prĂ©sent cependant la teneur en fer est faible mais nâest pas diffĂ©rente de celle dâautres lĂ©gumes consommĂ©s en Afrique. Les quantitĂ©s de fer trouvĂ©es dans les feuilles fraĂźches sont infĂ©rieures Ă celles trouvĂ©es par Toury et al.(1) ce qui est peut ĂȘtre dĂ» Ă une diffĂ©rence de mĂ©thodologie de dosage. Les quantitĂ©s de calcium trouvĂ©es dans notre Ă©tude sont infĂ©rieures Ă celles d Ă©crites par Toury et al.,ceci peut ĂȘtre dĂ» Ă une diffĂ©rence de sol de culture de la plante. La poudre est plus concentrĂ©e en nutriments que les autres produits de Moringa Oleifera. Cependant le sĂ©chage entraĂźne souvent une perte importante dâĂ©lĂ©ments nutritifs comme les vitamines (A, C) et de plus de mauvaises conditions de sĂ©chage peuvent provoquer une contamination du produit.
Les bouillies (qui sont trĂšs diluĂ©es) ont de faibles teneurs en protĂ©ines qui augmentent avec lâaddition de la poudre. Le MbeulekhĂ© et le ThiĂ©rĂ© Mbuum ont des teneurs protĂ©iques plus Ă©levĂ©es que celles des bouillies du fait de lâexistence de sources de protĂ©ines animales (poisson) dans ces plats.
La biodisponibilitĂ© du fer a Ă©tĂ© dĂ©terminĂ©e in vitro et la mĂ©thode utilisĂ©e peut permettre la comparaison la biodisponibilitĂ© de divers repas composĂ©s. Câest une amĂ©lioration des premiĂšres mĂ©thodes in vitro basĂ©es sur lâextraction du fer ionisable et cette amĂ©lioration se traduit par un ajustement graduel, progressif et reproductible du pH et une double digestion pepsique et pancrĂ©atique dans des conditions de pH correspondantes Ă celles de lâorganisme oĂč seul le fer soluble est pris en compte. La biodisponibilitĂ© du fer des plats Ă©tudiĂ©s est faible (souvent infĂ©rieur Ă 1%) malgrĂ© certaines teneurs relativement importantes de fer (bouillies de mil, couscous, poudre).
Ceci peut sâexpliquer par lâexistence du fer dit de contamination qui nâest pas biodisponible et qui est frĂ©quent dans les repas des pays en dĂ©veloppement(15),la contamination est liĂ©e aux conditions de prĂ©paration des aliments et peut aussi provenir de la poussiĂšre et du sol. Elle peut aussi rĂ©sulter de longue prĂ©paration du couscous traditionnel mais aussi des ustensiles de cuisine (16).La faible biodisponibilitĂ© du fer peut aussi ĂȘtre due Ă lâaction dâinhibiteurs de lâabsorption du fer (polyphĂ©nols). La meilleure digestibilitĂ© du fer trouvĂ©e avec le MbeulekhĂ© et le ThiĂ©rĂ© Mbuum peut ĂȘtre expliquĂ©e par la prĂ©sence de protĂ©ines animales activatrices de lâabsorption du fer .
Cook et al ont montĂ© que le poisson est un activateur de lâabsorption du fer (17). Les quantitĂ©s de fer susceptibles dâĂȘtre absorbĂ©es sont faibles mais augmentent avec lâapport de produits de Moringa. Lâaddition dâune grande quantitĂ© de Moringa pourrait augmenter cette valeur mais changerait aussi les caractĂšres organoleptiques des plats (couleur, goĂ»t) ce qui peut influer sur lâacceptabilitĂ©.
CONCLUSION
Lâanalyse de la composition chimique des diffĂ©rentes parties consommables de Moringa Oleifera fait apparaĂźtre des particularitĂ©s dâun grand intĂ©rĂȘt sur le plan nutritionnel. Cette plante est une importante ressource alimentaire pour les populations, notamment rurales. Les gousses quant Ă elles sont riches en lipides. Les teneurs en minĂ©raux de Moringa Oleifera sont importantes, surtout en calcium et en fer et sa richesse en potassium, en sodium et en magnĂ©sium augmente ses qualitĂ©s nutritionnelles.
La transformation des feuilles en poudre reste une bonne pratique pour une meilleure conservation du produit mais aussi pour une bonne concentration des nutriments. La biodisponibilitĂ© du fer dans la poudre et dans les plats enrichis ou non avec la poudre es trĂšs faible. Les quantitĂ©s de fer susceptibles dâĂȘtre absorbĂ©es des repas sont la aussi faibles et ne peuvent pas couvrir les besoins des populations mĂȘme si elles augmente avec lâapport de Moringa Oleifera. Nous avons notĂ© un bon apport protĂ©ique et une bonne digestibilitĂ© des protĂ©ines avec lâadjonction de Moringa Oleifera. Lâenrichissement des bouillies par de faibles quantitĂ©s de poudre de Moringa Oleifera nâa pas dâinfluence notable sur la biodisponibilitĂ© du fer
En somme, Lâapport de Moringa Oleifera dans les repas se manifeste par une augmentation des teneurs en fer et en protĂ©ique. Pour faire de Moringa Oleifera un moyen dâenrichissement dâaliment dans la lutte contre la malnutrition et lâanĂ©mie par carence en fer, il faut nĂ©cessairement amĂ©liorer la biodisponibilitĂ© de son fer (par un apport dâactivateurs de lâabsorption du fer tels que lâacide ascorbique, les produits animaux par exemple). Il faut aussi amĂ©liorer la qualitĂ© nutritionnelle des cĂ©rĂ©ales utilisĂ©es (par torrĂ©faction, cuisson, extrusion, fermentation notamment). Une revalorisation des produits de Moringa Oleifera passera nĂ©cessairement par une bonne sensibilisation des populations sur lâintĂ©rĂȘt de la plante et lâexploitation des potentiels nutritionnels des gousses et des fleurs qui sont lĂ peu consommĂ©s. Il faut aussi former les populations en vue dâune bonne transformation et une meilleure conservation des produits de Moringa Oleifera.
La comparaison de lâĂ©tat nutritionnel entre deux cohortes dâenfants ne diffĂ©rant que par la consommation de Moringa Oleifera est nĂ©cessaire pour confirmer les qualitĂ©s nutritionnelles de cette plante. Il est aussi important de dĂ©terminer la composition en acides aminĂ©s des protĂ©ines du nebeday et les teneurs en carotĂ©noĂŻdes.
Bioline., Â http://www.bioline.org.br/request?nd07026
African Journal of Food Agriculture Nutrition and Development, Vol. 7, No. 3, 2007
Moussa Ndong*1, Salimata Wade1, Nicole Dossou1, Amadou T. Guiro2, Rokhaya Diagne Gning2
1FacultĂ© des Sciences Techniques âDĂ©partement de Biologie Animale, Laboratoire de Nutrition- UniversitĂ© Cheikh Anta Diop de Dakar, SĂ©nĂ©gal.Â
2Institut de technologie alimentaire, route des pÚres maristes, BP 2765, Dakar Sénégal.
Corresponding Author: Rokhaya Diagne email:Â [email protected]
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