Des chefs et la Toussaint

Des chefs et la Toussaint

Le Nouvelliste | Publié le : 31 octobre 2013

En ce long week-end de la Toussaint, hôteliers, tours opérateurs, restaurateurs et petits artisans à travers le pays se frottent les mains. Ils auront sans doute, avec ou sans forfaits, plus de clients, dans un contexte de « petit boycott » du tourisme chez nos voisins dominicains dont le racisme a atteint ces jours-ci le seuil du scandale et de l’inacceptable.
Sur les routes, à la plage, loin du devoir de mémoire, du recueillement sur les tombes fleuries et les déhanchements des « guédés », ces vacanciers laisseront derrière eux des politiques. Des sénateurs « préoccupés » qui ne veulent pas lever le pied. Certains, proches de l’exécutif, sont engagés dans « un dialogue pour sortir le pays de la crise » à un moment où les appuis au Sénat valent de l’or pour éviter que le gouvernement Lamothe ne soit amputé de trois ministres importants.
Le dialogue entamé, louable, ne déchaîne pourtant pas grand optimisme. C’est la politique « as usual » en Haïti, pays où les chefs croient être les maîtres du temps. Souvent, ils n’ont pas toujours les bons instruments pour analyser la météo politique. Pour le moment, on s’accorde encore sur un fait : les nuages, amoncelés semaine après semaine dans notre ciel, sont épais.
Sur les élections, rien n’est simple même si des partis politiques proches du pouvoir Tèt Kale s’inscrivent un à un en vue de participer à ces joutes qui divisent bien avant leur tenue. Le bras de fer présidence versus Sénat sur l’élection des nouveaux conseillers de la CSC/CA perdure. Les protagonistes sont allés si loin que les sceptiques se confortent dans leur pessimisme. Ici, où les ego sont plus gros qu’un boeuf, le dépassement de soi n’est pas pour demain. D’autant que le président de la République persiste dans le non-respect de la Constitution sur ce dossier.
A partir du 7 novembre, dans les rues, à Pétion-Ville cette fois, cela va probablement donner de la voix. Une voie est tracée par les manifestants : celle du départ du président Michel Joseph Martelly du pouvoir. Le béton se radicalise. Rien n’est simple, à mesure que le sablier emporte l’année 2013. Et nos chefs, en dépit de quelques avancées, sont parvenus à décevoir même ceux qui n’attendaient rien de bon d’eux.
Mais faut-il pour autant jeter l’éponge, s’allonger dans le lit de la confrontation rangé par les faucons nichés dans les deux camps, les pseudo-amnésiques qui réécrivent sur les pages déjà bien remplies de la chronique de nos bêtises ? Non. C’est évident, même s’il devient de plus en plus clair que nos leaders auront besoin d’aide. Celle de la providence. De tous les saints pendant la Toussaint pour qu’ils se rappellent l’essentiel : l’indispensable consensus entre les pouvoirs pour sortir le pays du gouffre.
Dans le cas contraire et quand cela se gâte, ils recevront toujours une autre aide. Un avion et une petite phrase : « C’est le temps de tirer les conséquences des inconséquences». Ce n’est ni un « gede » ni un chiromancien ou une chiromancienne au cimetière pendant la Toussaint qui leur rappelleront cette option, résultat des confrontations aussi stériles qu’initiles.
Roberson Alphonse
robersonalphone@lenouvelliste.com

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